Un pied dans la botte
Un blog transalpin lyonnais. Et pourquoi pas ? Audrey Chabal auteure du blog "Un pied dans la botte", s'intéresse à l'actualité de nos voisins italiens. Ciao ciao.
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Roberto Saviano ou la demi-victoire contre les mafieux de Gomorra

Sous escorte depuis huit ans, l’auteur de Gomorra, Roberto Saviano, avait saisi le tribunal de Naples à l’encontre de deux chefs de clan pour « menaces aggravées à des fins mafieuses ». Les juges ont rendu lundi une décision ambiguë : les mafieux de la Camorra sont ressortis acquittés du procès ; leur avocat a écopé d’un an de prison avec sursis. « Une demi-victoire » pour Roberto Saviano.

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Une fois n’est pas coutume, on peut dire que, selon l’adage, la plume a prouvé qu’elle est plus forte que l’épée. En tous cas, elle a fait peur. Et pas à n’importe qui, à la Camorra, la tentaculaire et puissante mafia napolitaine, qui depuis 2006, tremble.

En cause, un livre : « Gomorra, voyage dans l’empire économique et dans le rêve de domination de la Camorra ».

Son auteur est alors un tout jeune journaliste napolitain. Dans son ouvrage, devenu pièce de théâtre, film et série télé, Roberto Saviano s’attaque au « système » de la Camorra. Ces rouages qui enrôlent des gosses de quartiers pauvres, les clans, l’illégalité, la violence et les trafics.

Avec ses écrits, l’auteur a fait vaciller la mafia. Et elle a répondu avec ses arguments : des menaces de mort.

 

« Je suis en cellule, et eux sont libres »

En septembre 2006, lors d’une manifestation à Casal Del Principe, Roberto Saviano dénonce les affaires du clan des Casalesi et de ses boss : Francesco Bidognetti, Francesco Sciavone (aujourd’hui en prison), Antonio Iovine (aujourd’hui repenti) et Michele Zagaria. Un mois après, alors qu’il reçoit quotidiennement et depuis la sortie de son bouquin des menaces de mort, Roberto Saviano est placé sous protection policière. En 2008, il s’exile.

Lundi, devant le tribunal de Naples, se concluait le procès de cette histoire vieille de huit ans : Roberto Saviano et la journaliste –aujourd’hui sénatrice- Rosaria Capacchione avaient saisi les juges pour « menaces aggravées à des fins mafieuses ». Des faits imputés aux chefs Francesco Bidognetti et Antonio Iovine.

Lundi, donc, le tribunal a rendu une décision ambiguë : les deux mafieux ont été acquittés et leur avocat a été condamné à un an de prison avec sursis. L’avocat avait été contraint à proférer les menaces… La plume fait trembler, mais toujours moins que la mafia, apparemment.

Une victoire en demi teinte car, même si les parrains n’ont pas été accusés, Roberto Saviano s’avoue satisfait, « un peu », car :

« La menace a été reconnue par la justice », a-t-il déclaré durant l’émission Ballaro’ au lendemain de la sentence.

Mais c’est avec amertume que l’écrivain aujourd’hui âgé de 35 ans a donné sa véritable impression :

« Je reste en cellule, tandis qu’eux sont libres. »

En exil, sous escorte, Roberto Saviano ne séjourne en Italie que dans des casernes.

« Réveil à la caserne. Pour moi, Naples c’est cela depuis huit ans : caserne et tribunal. »

 

Le journaliste (et l’homme) de plus en plus contesté

Rapidement, Saviano est devenu une icône de la lutte contre la mafia. Une figure de courage, de droiture humaine et journalistique. Tellement jeune, tellement persécuté, tellement persévérant.

Après le succès planétaire de Gomorra, Roberto Saviano a été invité partout. Partout. Le roman a été traduit en 52 langues. Roman ? C’est bien le problème, l’ouvrage du journaliste est qualifié de roman non-fictionnel… En somme, qui rapporterait des faits réels romancés.

Ou encore Roberto l’écrivain, Saviano le journaliste.

L’auteur assume les critiques et présente son dernier livre, sorti en octobre, « Extra pure, voyage dans l’économie de la cocaïne » (« Zero, zero, zero », pour le titre en italien) comme étant un essai. Et de donner l’illustre référence de Truman Capote (qui, avec de Sang froid, avait fait le récit véridique d’un meurtre et le portrait détaillé mais malgré tout romancé de l’homme reconnu coupable.)

Invité dans tous les médias pour ses ouvrages, Roberto Saviano écrit toujours sur son pays, dont il est de fait exclu, dans les colonnes de La Repubblica et de L’Espresso. Il est également très présent sur les réseaux sociaux, Twitter et Facebook en tête, où il se met régulièrement en scène : Roberto dans sa voiture blindée, Roberto en route pour le tribunal, Roberto en vedette à une conférence…

 

Lutter, toujours, contre la Mafia… « par vengeance » aussi

Et si Saviano peut agacer par son omniprésence ou être critiqué pour sa ligne trouble entre fiction et réalité qu’il aime à transgresser, l’auteur ne lâche pas sa lutte contre la mafia.

En 2010, il animait avec le journaliste Fabio Fazio l’émission Vieni via con me sur Rai3. Record d’audience. L’émission n’est pas renouvelée après la première saison. « Trop politique ». Saviano proposait à chaque numéro un monologue : l’Aquilla, la N’drangheta, la Constitution italienne, le scandale de l’amiante… Et la mafia.

Avec son nouvel ouvrage, il ne lâche pas la mafia et avoue même écrire par vengeance contre ces boss qui ont fait de sa vie un isolement permanent, un enfer. Dans « Extra pure » c’est même un trafic mondial qu’il dénonce. Et peu importe les conséquences.

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Audrey Chabal
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