Société 

Inégalités hommes/femmes : l’ouest du Grand Lyon mauvais élève

actualisé le 22/10/2014 à 13h44

Sur une carte produite par l’Insee dans une récente étude portant sur la qualité de vie dans les territoires, Lyon forme une petite tâche rose qui a attiré notre attention. Plus précisément, il s’agit du Nord-Ouest du Grand Lyon, c’est à dire la zone englobant Fontaines-sur-Saône, Champagne-au-mont-d’or, Ecully et Limonest, la qualifiant entre autre comme « dense et riche », et « présentant d’importantes disparités femmes/hommes ».

L’Insee (‘Institut national de la statistique et des études économiques) a publié début octobre une étude sur la qualité de vie en France. Elle se place dans la continuité de la Commission Stiglitz, dont le but était, entre autre, d’élaborer de nouveaux indicateurs de richesse et de développer une « réflexion sur les moyens d’échapper à une approche trop quantitative ».

Elle se base sur une trentaine d’indicateurs volontairement très larges. Choisis selon leur pertinence, leur disponibilité et leur couverture nationale, ils concernent autant l’accessibilité à la culture, que le niveau de diplôme, le taux de chômage ou encore la qualité de l’environnement. Ils ont ensuite été appliqués à l’échelle de 2677 lieux de vie de France métropolitaine, afin d’avoir un résultat à la fois précis et national.

Au niveau régional on remarque que Rhône-Alpes se distingue par sa grande diversité puisqu’on y retrouve les huit types de territoires mis en exergue par l’étude.

Rhône-Alpes selon les critères de qualité de vie de l'INSEE.

Rhône-Alpes selon les critères de qualité de vie de l’INSEE.

Nous avons interrogé les deux auteurs de l’étude, Robert Reynard et Pascal Vialette afin d’en savoir plus sur ces fameuses disparités hommes/femmes qui concernent la zone Nord-Ouest de Lyon.

« Des difficultés à trouver des indicateurs »

Lorsque s’est posée la question d’étudier la qualité de vie au quotidien, il a bien fallu se demander sur quels critères se baser. Celui concernant l’égalité hommes/femmes était essentiel, encore fallait-il trouver des indicateurs représentatifs. Robert Reynard explique la démarche adoptée :

« Se référer à des indicateurs qui touchaient à l’emploi nous semblait pertinent puisque c’est une dimension importante de la qualité de vie. »

C’est donc sur l’écart entre le taux d’emploi des femmes et celui des hommes pour les 25-54 ans et l’écart relatif entre le salaire net horaire moyen entre femmes et hommes que les deux auteurs se sont appuyer. Mettant ces chiffres en rapport avec le découpage territorial pré-établi, on arrive donc à un résultat plutôt étonnant au niveau régional.

« Des bassins plutôt favorisés »

Même si très peu se posent la question d’une corrélation entre catégorie sociale et inégalité des sexes, un constat ressort très nettement de cette étude de l’Insee : les quartiers qui se démarquent sur ce point là sont ceux où le niveau de vie est le plus aisé. Robert Reynard préfère parler de :

« bassins plutôt favorisés en terme d’indicateurs sociaux ».

Selon les auteurs, deux facteurs pourraient expliquer cette particularité géographique :

  • d’une part le constat qu’il est objectivement difficile d’accéder à un emploi proche du lieu de résidence dans cette zone de la région,
  • d’autre part la réalité quant au fait que si le revenu global du foyer est déjà élevé, grâce au revenu d’une des deux parties de la famille, l’autre membre n’a pas nécessairement le besoin financier de travailler.

Bien sûr l’Insee n’explicite pas pourquoi c’est plus souvent l’homme qui travaille et la femme qui concède à ne pas exercer de métier, ou à percevoir un salaire moins important que son conjoint.

Si on prend en compte tous les indicateurs, la ville de Lyon se comporte comme toute métropole française : une densité importante, une richesse indéniable, un accès aux équipements facilité mais des difficultés sociales et d’accès à l’emploi. Le seul point sur lequel elle se démarque concerne donc cette question d’inégalité hommes/femmes.

Inégalités femmes/hommes : une étude à venir

Mais là encore les auteurs ont souhaité nuancer les résultats :

« C’est une approche qui dépend vraiment du découpage. A Lyon on remarque une concentration de cette zone plutôt aisée, qu’on retrouve d’ailleurs également à Paris, alors que dans d’autres agglomérations c’est plus diffus, ce qui rend difficile le fait de les isoler. »

Ce serait donc le découpage utilisé qui ferait ressortir cette distinction étonnante, une division par communes aurait probablement donné d’autres résultats.

L’Insee travaille sur une nouvelle étude plus spécifique à la thématique « inégalités hommes/femmes », à paraître le 8 mars 2015 (pour la « Journée de la femme »). Selon Pascal Vialette et Robert Reynard :

« Il y aura des travaux publiés le 8 mars prochain, avec un dossier assez fouillé sur ces questions ».

Et même si l’étude actuelle est la première qui met en exergue le rapport entre disparités hommes/femmes et le niveau social, en y ajoutant une dimension territoriale forte, elle ne précise cependant pas au préjudice de qui l’inégalité se fait. Mais Pascal Vialette concède que c’est plus souvent la femme qui en pâtis. Ce que nous pourrons donc vérifier dans la publication à venir.

« Nous n’avions pas la volonté de faire un palmarès »

Cette étude de l’INSEE, déjà reprise maintes fois dans la presse, n’avait cependant pas pour but d’établir un hit parade de lieux où il ferait bon vivre en France. Les deux auteurs souhaitaient surtout faire prendre conscience que :

« La qualité de vie ne se résume pas au niveau de revenus, même si c’est un facteur important, elle recouvre une multitude d’autres dimensions, et la liste de nos indicateurs n’est pas exhaustive ».

C’est avec un ton apaisant que Robert Reynard conclut :

« Notre volonté était de montrer les différences, faire valoir le fait que chaque territoire a ses atouts et ses handicaps. Cette étude est une première ébauche, et c’est intéressant de voir les réactions que cela suscite auprès des collectivités notamment, cela démontre une volonté de prolonger et d’alimenter cet observatoire ».

Pas un palmarès, certes, mais de quoi alimenter les conversations dans les cabinets des maires.

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L'AUTEUR
Juliette Briand
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