Société 

A Vénissieux, les élections municipales invalidées par le tribunal

actualisé le 08/10/2014 à 15h29

A Vénissieux, un retour aux urnes des électeurs pour désigner leur maire est très probable. Le tribunal administratif vient d’invalider la totalité des élections municipales de mars 2014 de cette commune de l’Est lyonnais, estimant que la liste d’extrême droite menée par l’ultra Yvan Benedetti n’aurait pas due être entérinée par le préfet.

Benededetti - Gagon - Gabriac

Estelle Gagon, n°3 de la liste « Vénissieux fait front » entourée d’Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac. Crédit : Aude David / Rue89Lyon

Le rapporteur public avait noté dans ses conclusions de graves irrégularités, dont un « défaut de consentement de certains membres de cette liste ‘Vénissieux fait front' ».

Plusieurs colistiers -et notamment des personnes âgées- auraient été abusés et inscrits sans leur accord. Christophe Girard, candidat Divers droite à la mairie de Vénissieux, avait déposé un recours dans la foulée des résultats qui le plaçaient en seconde position derrière Michèle Picard (30,40% des voix contre 37,64% pour la maire sortante communiste).

Si Michèle Picard n’a jamais exprimé d’affection particulière pour les deux conseillers municipaux d’extrême droite, Yvan Benedetti et Estelle Gagon, elle s’est étranglée en apprenant la décision de justice ce mardi, parlant dans un communiqué outré d’« injustice » et d’une « profonde incompréhension ».

Pour elle :

« La liste identitaire d’Yvan Benedetti est sanctionnée à juste titre, mais elle permet à la droite de rejouer la partie ».

Pourtant, le juge relève que les 1335 voix d’Yvan Benedetti, obtenues à l’issue du premier tour des élections, est nettement supérieur aux 955 voix séparant les deux candidats arrivés en tête après le second tour (la maire PC et Christophe Girard, Divers droite). De autorise à rejouer la partie, en effet.

Déjà repartie en campagne, Michèle Picard a encouragé les vénissians à se mobiliser en sa faveur.

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Michèle Picard, maire PC de Venissieux. ©Capture d’écran du site de campagne

 

La campagne légèrement FN d’Yvan Benedetti

Yvan Benedetti se sent au moins tout aussi directement attaqué, voire persécuté, rappelant dans un tweet que son organisation xénophobe l’Oeuvre française a été dissoute en juillet 2014 par Manuel Valls (alors ministre de l’Intérieur) :

Yvan Benedetti a été exclu du Front National lorsque Marine Le Pen en a pris la tête, pour s’être ouvertement déclaré « antisémite, anti-sioniste et anti-juifs ». C’est sous l’étiquette de ce parti qu’il avait été élu conseiller municipal à Vénissieux en 2008.

Le FN, prétendant ne plus rien avoir à faire avec l’ultra mis au ban, n’avait toutefois pas présenté de liste sur la commune de Vénissieux lors des dernières élections, lui laissant la voie libre. Yvan Benedetti était même allé jusqu’à faire campagne avec une liste baptisée de la même façon qu’en 2008 : « Vénissieux fait front ».

Le préfet du Rhône, Jean-François Carenco, avait songé à entamer une action entre les deux tours. Avant de renoncer, estimant ne pas avoir d’éléments suffisamment. Finalement, il a également déposé un recours devant le tribunal administratif à l’issue du second tour, s’appuyant sur l’enquête de police, pour les mêmes motifs que le candidat de droite Christophe Girard :

  • des personnes trompées sur la nature de leur engagement : elles pensaient apporter un simple soutien à un parti politique mais pas figurer sur une liste aux élections municipales.
  • des personnes trompées sur la nature de la liste « Vénissieux fait front » : la police a relevé que, pour 17 colistiers, les militants nationalistes qui faisaient du porte-à-porte se sont fait passer pour des candidats du FN.

 

De prochaines élections « plus régulières » ?

Un autre candidat déçu n’a pas manqué de réagir sur les réseaux sociaux, Lotfi Ben Khelifa, ne voulant pas voir dans la décision du tribunal administratif une opportunité personnelle :

« Cette situation est regrettable pour Vénissieux et les vénissians. Elle déstabilise la municipalité en début de mandat alors même que les discussions avec le Grand Lyon doivent s’ouvrir pour négocier le pacte de cohérence métropolitain. »

Pour la première fois depuis 80 ans, une liste socialiste se présentait sur le chemin des communistes qui ont fait de Vénissieux un bastion conservé, menée par cet ancien cantonnier, originaire du quartier des Minguettes de Vénissieux. Il en a aussi profité pour renvoyer dos à dos l’actuelle maire et les deux élus invalidés :

« C’est aussi un revers pour l’extrême droite et la municipalité communiste qui avaient tous les deux contesté le bien fondé des recours. »

Sans crier sa joie, Lotfi Ben Khalifa a opportunément modifié sa photo de profil Facebook, ce mardi soir, pour remettre celle du candidat.

Christophe Girard, quant à lui, estime que les vénissians vont enfin avoir droit à « des élections régulières ». Reste à savoir quand ; la mise en place de nouvelles opérations de vote pouvant être retardées par un éventuel appel de la décision.

Les déçus ont un mois pour déposer un recours devant le Conseil d’Etat qui, au regard des délais classiques, peut rendre sa propre décision au bout de six mois. Le préfet du Rhône a ensuite trois mois pour ré-organiser des élections. Il y aura ensuite un dépôt de candidature classique, auquel Yvan Benedetti rendu inéligible pour un an ne pourra pas prétendre.

 

> Mise à jour de l’article ce mercredi à 10h avec les précisions de la préfecture sur la probable mise en place de nouvelles élections municipales à Vénissieux.

 

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