Cultures  L'anti-Routard de Lyon 

Connaissez-vous la « sculpture de la honte » à la gloire du G7, à Lyon ?

actualisé le 13/11/2014 à 21h11

Érigée en 1996 à l’occasion du G7 à Lyon, la sculpture monumentale qui représente un monde limité aux sept pays les plus riches du monde est devenue un lieu symbole pour les mouvements altermondialistes du début des années 2000.

Non loin de l’entrée du parc de la Tête d’Or, à quelques encablures de la Cité Internationale, trône cette massive sculpture de bronze : sept personnages sont en train de soulever ou de soutenir (on ne sait pas trop) le globe terrestre.

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La sculpture monumentale du G7 dans le parc de la Tête d’Or. ©Laurent Burlet/Rue89Lyon

Un samedi au parc, en tendant l’oreille, nous avons entendu des promeneurs pressés expliquer à leurs enfants que cette sculpture représentait la construction européenne ou bien encore les sept pays qui font avancer le monde.

L’anti-guide du Routard de Lyon, participez !
Rue89Lyon a commencé l’exploration d’une autre face de Lyon. Nous vous convions à emprunter les chemins qui ne figurent pas dans le Routard ou pour lesquels les guides touristiques ne font que de pauvres mentions. Outre le fait que ces lieux insolites, décalés, méconnus (choisissez le qualificatif) doivent raconter une histoire, nous avons fixé comme seul critère qu’ils doivent être accessibles au public ou, au moins, être visibles de l’extérieur. Partagez vos idées.

Tout le monde n’a semble-t-il pas eu la chance de se payer le petit train qui fait le tour du parc. Sans quoi ces promeneurs auraient écouté le chauffeur-guide raconter qu’il s’agit d’une sculpture offerte à la Ville de Lyon, à l’occasion du G7 qui s’est tenu du 27 au 29 juin 1996.

Si le promeneur est curieux, il peut même lire les indications sur un petit panneau en bronze. On y découvre le nom de l’oeuvre « ENSEMBLE pour la PAIX et la JUSTICE » et le nom de l’auteur Xavier de Fraissinette à qui on doit d’autres sculptures monumentales de ce type.

On apprend également que la sculpture été offerte à la Ville de Lyon, dont le maire était alors Raymond Barre, par une série de mécènes (banques, assurances, biotechnologies,…) dont les noms restent gravés.

 

Un symbole de la mondialisation

En prenant une minute de plus, le promeneur remarquera que sur le globe ne figurent que les sept pays les plus riches en 1996 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada). La Russie n’est pas représentée. Invitée en 1996, elle rejoint officiellement le G7 un an plus tard qui devient G8 pour en être exclue cette année.

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Le globe de la sculpture du G7 ne représente… que les pays du G7. Ici le Japon. ©Laurent Burlet/Rue89Lyon

Il n’en fallait pas plus pour que les altermondialistes lyonnais fassent de cette sculpture un symbole de la mondialisation capitaliste.

Un des membres lyonnais des premières heures d’Attac (‪Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne‬), Roland Calba, nous livre son interprétation de la sculpture :

« On limite la planète aux sept pays dominants en occultant les autres. Tout en considérant que ce sont ces sept pays (représentés par les sept personnages) qui font avancer le monde. C’est exactement le symbole d’une mondialisation qu’on ne veut pas. C’est honteux et choquant ».

 

Peinture rouge et motivation pour les contre-sommets

A la fin des années 1990 et jusqu’au milieu des années 2000, à l’apogée du mouvement altermondialiste, les rendez-vous se sont multipliés à Lyon en écho aux contre-sommets du G8 et aux différents Forums Sociaux Mondiaux. Attac culminait alors à plus de 30 000 adhérents en France et à un peu plus d’un millier à Lyon.

Débats, conférences, étaient régulièrement organisés notamment dans le cadre de festivals comme les Rencontres pour une Autre Mondialisation (RAM). Des manifs ou des actions également. Il fallait alors trouver des lieux symboliques.
Bien sûr, il y a le McDonald’s. Mais il y a aussi ce monument en hommage au G7 qui tient une bonne place. Roland Calba d’Attac se souvient :

« Au retour du contre-sommet de Gênes en 2001, des membres du « Collectif Gênes » avaient barbouillé le sculpture de peinture rouge ».

Cette action faisait suite à la mort de Carlo Giuliani, le militant altermondialiste tué par les carabiniers lors d’une manif contre le G8 qui se tenait dans le port italien.

La Ville de Lyon a rapidement nettoyé le monument souillé.

Ce « Collectif Gênes » regroupait des militants d’organisations comme le syndicat SUD ou la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) et des individus non-encartés.

Nous avons rencontré un de ses anciens membres. Sous couvert d’anonymat, il raconte une autre action :

« Avant le G8 à Gênes, on avait organisé un rassemblement devant le monument pour motiver les personnes à participer à la manif. On avait alors déguisé les sept personnages qui soulèvent le globe pour en faire des gens du peuple. »

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La plaque en bronze indiquant les chefs d’Etat présents lors du G7 de Lyon. ©Laurent Burlet/Rue89Lyon

« Une caricature que nous-mêmes aurions pu imaginer »

Après le G8 de Gênes, le collectif a perduré et s’est renommé le CLAG (Collectif lyonnais après Gênes), constitué essentiellement de jeunes militants.

C’est eux, avec d’autres collectifs d’un même genre tel que Vamos  à Paris, qui ont organisé le « Village Intergalactique » à Annemasse à l’occasion de l’anti-G8 d’Evian (Haute-Savoie) en 2003.

Et pour inciter les Lyonnais à rejoindre le village, un pique nique avait été organisé lors d’un festival intitulé « Traboulons le G8 ».

Cet ancien membre du CLAG se féliciterait presque de la présence de ce monument :

« Pour dénoncer la domination des grandes puissances, ce monument est parfait. Si nous-même avions imaginé une caricature, nous aurions peut-être imaginé cette sculpture. C’est une véritable caricature : un monde où seul compte les pays les plus riches en évacuant les autres, notamment les pays du Sud ».

Après Evian, les G8 se sont tenus encore plus éloignés des grands centres urbains. Le mouvement altermondialiste fait de contre-sommets et de forums sociaux mondiaux perd sa dynamique, particulièrement en France. A Lyon, Attac organise peu d’événements et le CLAG n’existe plus.

Cet été s’est déroulé l’Université d’été européenne des mouvements sociaux, à l’initiative des Attac d’Europe qui a réunis « 2000 personnes de 44 pays » (selon l’organisation). De quoi remotiver les militants.

« Tentative de hacking »

Un mois après la publication de l’article, un riverain nous a envoyé une photo de sa « tentative de hacking », comme il nomme sa démarche. C’était en 2004.

Une tentative de hacking de la sculpture en 2004. ©DR

Une tentative de hacking de la sculpture en 2004. ©DR

Contacté par Rue89Lyon, il nous a expliqué sa démarche dans un email :

« Je suis un Lyonnais qui fait son jogging au parc et qui trouve cette « sculpture » aussi moralement que plastiquement répugnante. Représenter une planète ne faisant figurer que les 7 pays les plus riches sur les 192 reconnus à l’époque me révulsait. J’ai édité sur du A3 les noms des 30 pays les plus pauvres en PIB, j’ai collé le tout (avec une carte, je suis mauvais en géo) sur le globe. Juste histoire de faire quelque chose et de pouvoir continuer à courir… »

> Article actualisé le 13 novembre à 21h après l’ajout de la « tentative de hacking ».

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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