Société 

Au procès des huit militants d’extrême droite : « ce n’était pas un combat politique mais ça l’est devenu »

actualisé le 26/09/2014 à 16h35

Mardi a débuté au tribunal correctionnel de Lyon le procès des huit agresseurs présumés d’un couple repéré comme « antifasciste » et « d’ultra gauche ». Chez certains des prévenus accusés de violences aggravées, on observe la trajectoire de jeunes paumés, trouvant dans ces groupes d’extrême droite radicale une forme de « cocon ». Et si l’un d’eux a déclaré être « fier d’être blanc », l’idéologie et la politique n’ont pas été au centre des débats.

 

« S’il y avait eu infirmité ou mutilation, vous seriez devant la Cour d’assises. »

Pour souligner le caractère extrêmement violent de l’agression, la présidente du tribunal, Dominique Devigne, interpelle les prévenus. Ils sont huit sur le banc des accusés. Huit jeunes hommes qui n’ont pas trente ans.

Ils comparaissent devant le tribunal correctionnel de Lyon ces mardi et mercredi pour avoir lynché un couple, qu’ils pensaient « antifasciste » et d’extrême gauche, le 15 janvier 2011, sur le parking d’un Carrefour, à Villeurbanne.

Ce soir là, Anne-Cécile et Léo rentrent d’un concert à Villeurbanne. Se dépêchant pour ne pas manquer le dernier métro à la station Gratte-Ciel, ils décident de couper par le parking. Sans un mot, peu avant minuit, neuf personnes leur tombent dessus, armées de batte de base-ball. Ils les laissent pour morts une minute plus tard, selon les images d’une caméra de vidéosurveillance.

Avant de laisser le couple dans une mare de sang, l’un des agresseurs aurait lancé : « C’est de la part des Faf’ ».

Au second jour du procès, le parquet a requis des peines de prison ferme, allant de un an à 5 ans.

 

Appartenance à une organisation néo-nazie

L’un des agresseurs, mineur au moment des faits, a été jugé en juillet dernier et condamné à six mois de prison avec sursis, et à cent heures de travaux d’intérêt général. Tous les prévenus, âgés de 23 à 25 ans, ont reconnu avoir été présents sur les lieux.

Certains ont revendiqué leur appartenance à une organisation issue de l’extrême droite violente, néo-nazie entre autres. D’autres, qualifiés de « hooligans » ou « supporters ultras » sont interdits de stade, suite à des violences. Lors des débats de ce premier jour d’audience cependant, l’affiliation à cette mouvance n’a été que survolée. Alors même que l’un des prévenus a reconnu :

« Au départ, cette soirée du 15 janvier, ce n’était pas un combat politique mais ça l’est devenu. »

A chaque fois que le sujet de l’idéologie d’extrême droite est abordé, l’atmosphère s’échauffe, la présidente tente d’éluder. Comme lors de l’allusion aux tatouages des prévenus : « ACAB » (All cops are bastards – tous les flics sont des salauds, que l’on attribue aussi parfois aux codes d’extrême gauche), « White pride » (fierté blanche), ou encore « SS ».

 

« Ils auraient agi de toutes façons parce qu’ils étaient chauds »

Un autocollant des ultras de Lyon. Crédit : Rue89Lyon.

Un autocollant des ultras de Lyon. Crédit : Rue89Lyon.

Cette expédition punitive trouverait son origine dans le début de soirée. Anthony et David, deux des accusés, auraient essuyé « un caillassage » de la part d’un groupe « menaçant », « habillé ultra gauche ». La voiture du premier garde les stigmates de cette attaque : une fissure sur le rétroviseur.

Un proche du dossier confie, sous couvert d’anonymat, que d’anciennes agressions et ce jet de cailloux peuvent expliquer leur geste :

« Mais quels que soient les événements de ce soir-là, ils auraient agi de toutes façons et seraient sortis pour frapper des personnes qui assistaient au concert. Parce qu’ils étaient chauds. »

Selon cette même source, le premier coup aurait été donné par Anthony : il a atteint la femme a la tempe à l’aide d’une batte en bois. Sans ordre, trois autres se seraient acharnés sur le couple. David à l’aide d’une ceinture, Malko à coups de poings, Loris à coups de pied. Les autres auraient assisté à la scène sans ciller.

Le silence semble avoir été choisi pour défense par la plupart des accusés. Si deux des prévenus ont décidé de parler, les autres plaident une mémoire défaillante, voire une accusation à tort.

 

« Un confort », « une bulle de confiance » dans un groupe violent

Ces quatre des prévenus comparaissent pour violences aggravées par trois ou quatre circonstances. Depuis l’agression, les relations entre eux sont tendues. Peu de détails en revanche sur l’histoire de leur rencontre, sur leurs habitudes ensemble.

Les profils des quatre jeunes hommes sont relativement variables. Ils ont tous un casier judiciaire et des condamnations pour des faits de violence, avec arme. Ils portent tous un regard diffèrent sur l’agression qu’ils ont commise ce 15 janvier 2011.

David est le seul à formuler des excuses aux victimes. Il revient sur son adhésion « au groupe », lorsqu’il avait 17 ans :

« J’avais trouvé une certaine sérénité, un confort, une bulle de confiance. »

Puis l’impulsivité, la colère, la consommation d’alcool et les agressions. L’expert psychiatrique qu’il a rencontré au début de sa détention provisoire notait dans son rapport que le jeune homme voulait se venger, que ce drame était la réponse à un lynchage subit deux ans auparavant.

David tente de faire comprendre au tribunal que son incarcération  l’a changé, qu’il a coupé les ponts avec les autres prévenus, qu’il en a fini avec la violence. Sans pour autant renier son idéologie nationaliste.

 

« On fait notre justice nous-mêmes »

Une personnalité proche de celle de Loris, qui lui aussi exprime des remords, et tente aujourd’hui de passer à autre chose. A l’audience, il est le plus prolixe de la bande. Complexé par sa petite taille, il aurait essuyé de nombreuses moqueries et humiliations dans sa jeunesse.

Dans le groupe, il a trouvé une place et une confiance en lui jusque là inconnue, développant une haine pour « l’ennemi suprême fantasmé » de l’ultra gauche. Avant sa détention provisoire, Loris a expliqué au psychiatre l’acte de violence dont ils sont accusés :

« On fait notre justice nous-mêmes et on n’aime pas passer par la justice des hommes. »

Anthony semble être le meneur de la bande. A 24 ans, il a déjà été condamné à six reprises pour des faits de violence avec arme ou détention de stupéfiants. Dernière condamnation en date : quatre mois de prison ferme pour avoir tenté de mettre en place un projet d’évasion avec sa mère (condamnée à quatre mois avec sursis), lors de son année de détention provisoire. Un jeune homme taiseux, agressif, aux épaules carrées, crâne rasé, qui revendique fièrement son idéologie extrémiste, inscrite sur sa peau par le tatouage « White pride » :

« Ouais, je suis fier d’être blanc. Et alors ? »

Sur l’affaire, il nie en bloc :

« Je n’ai rien fait. Je n’ai pas participé aux violences et j’ai perdu une situation stable. On m’a tout pris. »

Même son de cloche du côté de Malko, qui nie toute participation. Il a commencé son année de détention provisoire à la maison d’arrêt de Villefranche sur Saône par 15 jours d’isolement. Motif ? Lors de l’entretien d’entrée avec le chef d’établissement, il aurait revendiqué son appartenance à un groupe néo-nazi, fasciste et aurait déclaré qu’il n’aimait pas les Arabes. Le rapport psychiatrique indique que le jeune homme souffre de troubles importants de la personnalité depuis son plus jeune âge.

En état de récidive, ces quatre jeunes hommes encourent jusque 20 ans de prison ferme. Le procès se poursuit ce mercredi avec les personnalités des quatre autres prévenus (renvoyés pour non assistance à personne en danger et abstention volontaire d’empêcher un délit). La décision sera mise en délibéré.

> Mise à jour mercredi 24 septembre à 14h avec les réquisitions du parquet.

 

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