Économie  Société 

Chômage : comment Clémentine a obtenu l’abandon de sa radiation de Pôle emploi

actualisé le 07/09/2014 à 19h40

Avec le renforcement des contrôles, les chômeurs ont été mis sur le devant de la scène lors de cette rentrée. Mais ce vendredi, c’est une autre histoire qui a attiré les médias. Clémentine Lafon, sans emploi depuis plusieurs années, a obtenu in extremis l’abandon de sa radiation de Pôle emploi. Récit d’une opération coup de poing devant l’agence du 8ème arrondissement de Lyon.

 

Clémentine Lafon

La joie de Clémentine Lafon après l’annonce de l’abandon de sa radiation © Laura Steen / Rue89Lyon

C’est avec les larmes aux yeux et un large sourire aux lèvres que Clémentine Lafon s’adresse à la douzaine de personnes rassemblées devant l’agence Lyon Albert Thomas de Pôle Emploi ce vendredi midi :

« Je suis tellement soulagée, merci beaucoup, merci à tous d’être venus. »

Elle vient juste d’obtenir l’abandon de la procédure de radiation (la quatrième depuis un an) qui planait sur sa tête depuis le 29 août. Le collectif Unitaire 69, dont l’association Recours radiation fait partie, a décidé jeudi soir d’une « action de dernière minute », pour lui venir en aide.

 

Malgré ses 20 heures de travail, elle reste demandeur d’emploi

Clémentine Lafon, 44 ans, est mère de deux filles, de 12 et 16 ans. Après un parcours de vie personnelle et professionnelle confus, comme elle le dit elle-même, elle s’inscrit à Pôle emploi en août 2008, espérant « pouvoir rebondir ». Depuis cette date, elle est officiellement en recherche constante. Dans les faits, elle a mis un pied dans le système scolaire et les vacations depuis trois ans et demi. Elle travaille donc. Mais en tant que vacataire, elle est obligée d’être inscrite au Pôle emploi et donc… de chercher du travail. Une « incohérence » selon elle :

« J’ai un emploi d’EVS (Emplois vie scolaire), j’ai un CDD de 10 mois, renouvelable. Je travaille 20 heures par semaine mais quand on est EVS, on reste demandeur d’emploi. »

Après un entretien avec son conseiller pendant lequel on l’a, selon ses mots, « traitée d’assistée », Clémentine Lafon a reçu un avis de radiation le 29 août, alors qu’elle attendait une réponse positive pour son contrat d’EVS – délivré le 1er septembre.

Motif de la sanction ? Manque « d’actes positifs de recherche d’emploi ». Paniquée à l’idée de se retrouver sans revenu, elle a donc fait appel au collectif Unitaire 69.

 

« La pression et le flicage des chômeurs »

Nicolas, un étudiant en droit public, âgé de 21 ans, s’est rendu sur place, au rassemblement de soutien, pour Clémentine et pour ses amis qui sont directement concernés par les nouvelles mesures relatives au chômage. Il se dit déçu par le Parti socialiste en général et François Hollande, en particulier. :

« Je ne suis pas mécontent qu’il y ait des discussions avec les patrons mais la pression et le flicage des chômeurs sont inadmissibles ! »

Il fait allusion aux déclarations du ministre du Travail, François Rebsamen, sur Itele ce mardi, qui souhaite que Pôle emploi renforce les contrôles sur les chômeurs.

 

Un échange avec la directrice sur le trottoir

Hasard du calendrier ? Ce vendredi était inauguré le nouveau fonctionnement de l’agence Pôle emploi du Cours Albert Thomas (Lyon 8e), restée fermée pour l’occasion. A l’intérieur, plusieurs personnes discutaient tandis qu’à l’extérieur, les manifestants commençaient à toquer aux vitres :

« Posez vos petits-fours, on veut discuter ! On veut un emploi ! »

Rose-Marie Pechallat de l'association Recours radiation reproche au Pole emploi son hypocrisie et son manque de souplesse © Laura Steen / Rue89Lyon

Rose-Marie Pechallat de l’association Recours radiation reproche au Pole emploi son hypocrisie et son manque de souplesse © Laura Steen / Rue89Lyon

Nathalie Halot, directrice territoriale déléguée Rhône Centre, a fini par sortir des locaux pour parler, sur le trottoir. Une rencontre animée. Rose-Marie Pechallat, de l’association Recours radiation, l’a averti : ils ne partiront pas tant que le processus de radiation ne sera pas annulé.

Alors que la directrice territoriale est retournée à l’intérieur pour examiner le dossier de la requérante, les forces de l’ordre ont tenté d’éloigner le groupe afin de fermer les grilles de l’agence. Un bref moment de bousculade a agité la rue.

 

« Radier les chômeurs n’est pas un objectif »

Nathalie Halot est finalement ressortie quelques minutes plus tard, avec deux documents pour calmer les esprits, dont un annonçant l’abandon de la procédure de radiation. Pour elle :

« Radier les chômeurs n’est pas un objectif. Les avertissements sont automatisés mais les personnes ont droit de nous faire parvenir leurs remarques et justificatifs. Et 90% des avis sont abandonnés. En aucun cas les radiations se font de manière automatique. »

Clémentine Lafon, Nathalie Halot et Rose-Marie Pechallat devant Pole emploi © Laura Steen / Rue89Lyon

Clémentine Lafon, Nathalie Halot et Rose-Marie Pechallat devant Pole emploi © Laura Steen / Rue89Lyon

Pour mémoire, au mois de juillet, le taux de chômage dans le département a baissé de 0,5%. Quant aux radiations, Le Monde indiquait en 2012 que sur 40 000 personnes radiées chaque mois, environ 8 000 réintégraient les rangs du Pôle emploi le mois suivant.

 

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L'AUTEUR
Laura Steen
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