Cultures  Société 

« Défendre une bibliothèque engagée contre l’homophobie et les stéréotypes de genre »

actualisé le 28/08/2014 à 09h02

Comment lutter contre les stéréotypes dans les bibliothèques ? Depuis deux ans, des bibliothécaires réunis au sein d’un groupe nommé « Légothèque » s’emparent de ces problématiques.

Ses membres comptent aussi parmi les initiateurs, au sein de la fédération internationale des associations de bibliothèques (IFLA), d’un groupe de réflexion sur les services aux publics LGBTQ, dont le lancement  a eu lieu au Congrès mondial des bibliothèques qui se termine à Lyon.

Pour finir sa série sur la bibliothèque du futur, Rue89Lyon publie l’entretien, réalisé par le magazine Hétéroclite, avec Raphaëlle Bats et Thomas Chaimbault, membres fondateurs de Légothèque.

Hétéroclite. Quelles ont été les circonstances de la création de la commission Légothèque ?

Raphaëlle Bats : Tout a commencé en 2011 alors que je participais au congrès de l’Association des bibliothécaires américains (ALA). Pour le discours inaugural, un éditorialiste semble-t-il assez connu est intervenu sur l’importance de poursuivre la lutte contre l’homophobie et sur la responsabilité des bibliothèques en la matière.

Cette prise de parole a constitué un véritable choc pour moi, faisant écho à ma conviction que les bibliothèques sont, plus que de simples espaces libres, des espaces où se crée positivement la liberté. De fil en aiguille, en partageant mon enthousiasme avec des collègues, est née l’idée d’un groupe LGBT à l’Association des bibliothécaires de France (ABF), auquel auraient pu succéder un groupe féministe et un groupe antiraciste.

Nous avons fini par reformuler ce projet de manière à embrasser les différents enjeux de l’inclusion, en désamorçant, du même coup, certaines critiques prévisibles. Légothèque est ainsi née en janvier 2012, avec pour objectif de défendre un modèle de bibliothèque inclusive, engagée dans la lutte contre les stéréotypes.

« Une exposition pédagogique sur le genre »

Quelles sont les actions de Légothèque ?

Thomas Chaimbault : Constatant qu’il n’existait aucune donnée sur les questions d’inclusion dans les bibliothèques, nous avons immédiatement amorcé un travail de veille. Nous avons mis en place un blog, créé un compte Twitter, puis une veille Diigo.

Alors que nous avions, au commencement, surtout des exemples d’actions menées à l’étranger, nous recensons aujourd’hui de nombreuses manifestations et bibliographies réalisées par les bibliothèques françaises sur les thématiques du genre, de l’homosexualité, de l’égalité hommes-femmes, des stéréotypes, du multiculturalisme, etc.

Une autre part importante de l’activité consiste à organiser des conférences, à participer à des journées d’étude et à des colloques. Nous souhaitons aussi soutenir les collègues en leur fournissant des ressources. À l’occasion de la polémique sur le livre Tous à poil, nous avons par exemple été chargés de rédiger le communiqué de l’ABF et avons fourni des outils à l’attention des professionnels afin qu’ils puissent répondre à leurs usagers ou à leurs élus en cas de problème.

Tous-a-poil-livre

Pages du livre Tous à poil de Marc Daniau et Claire Franek (Le Rouergue)

R. B. : Nous avons par ailleurs réalisé une exposition pédagogique sur le genre, avec la bibliothèque départementale de Saône-et-Loire. Elle est constituée de sept panneaux, présentant des définitions, essayant de dissiper des malentendus (sur la «théorie du genre» par exemple), des développements thématiques (art et genre, littérature de jeunesse et genre) et des éclairages historiques, entre autres sur des textes fondateurs. Le tout agrémenté de textes et de vidéos en ligne, accessibles via des QRcodes.

Vous participerez, au mois d’août à Lyon, au congrès international des bibliothécaires, où un groupe de service aux publics LGBTQ sera présent pour la première fois. Comment ce groupe s’est-il constitué ?

R. B. : Depuis quelques années, des bibliothécaires LGBT se réunissent pendant le congrès international des bibliothécaires organisé par l’IFLA. L’idée a peu à peu germé d’un groupe de travail spécifique. L’accueil a été tout de suite très favorable : la première question qui nous a été posée par les instances de l’IFLA a été : «un groupe LGBT, très bien, mais pourquoi pas LGBTQ ?».

Nous nous sommes mis d’accord sur le fait qu’il ne s’agissait pas à proprement parler d’un groupe de bibliothécaires LGBT mais d’un groupe de service pour les publics LGBT. Il nous fallait réunir un certain nombre de signatures pour créer le groupe. Nous avons donc écumé le dernier congrès. Malgré les réserves émises par des collègues issus généralement de pays où l’homosexualité n’est pas acceptée ou bien illégale, le groupe a été constitué et se réunira pour la première fois à Lyon au mois d’août.

Par Renan Benyamina sur Heteroclite

 

Le Congrès mondial des bibliothèques à Lyon

Cette année, et après 25 ans d’absence en France, le congrès de l’IFLA (International fédération of library association) a lieu à Lyon du 16 au 22 août au Palais des congrès. Créée en 1927, l’IFLA a pour mission de « représenter et défendre les intérêts des bibliothèques dans le monde entier ». A Lyon, de nombreuses conférences sont organisés autour du thème « Bibliothèques, Citoyenneté, Société : une confluence vers la connaissance ». Mais pas seulement. Sera également promulguée la « Déclaration de Lyon sur l’accès à l’information et au développement » qui mettra notamment en avant le rôle des bibliothèques dans l’accès à l’information. Cette « déclaration de Lyon devrait être présentée à l’ONU en septembre prochain.

> A l’occasion du 80e congrès de l’IFLA, Rue89Lyon vous propose une série d’articles sur la bibliothèque de demain, en partenariat avec l’Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation (Arald).

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