Société 

Le voilier-stop : une autre façon de voyager en voilier est possible

actualisé le 20/08/2014 à 11h36

Voyager en voilier, et pourquoi pas ? Si vous vous sentez l’âme d’un aventurier, désargenté mais débrouillard, le voilier-stop est fait pour vous. Après un accostage des adeptes des bourses aux équipiers, rencontre avec les voilier-stoppeurs partis et revenus du bout du monde.

Gabriel Vigneron, 23 ans, travaille comme dessinateur industriel à Valence. Jérémy Marie, 30 ans, oriente des clients au sein d’une agence de voyage à Dublin. Quant à Baptiste Vidal, 23 ans, il profite en ce moment des festivités liées au mariage de sa sœur.

Le point commun entre ces trois jeunes hommes ? Tous sont partis pour de très longs voyages et ont arpenté les pontons à la recherche d’un embarquement. Tous ont fait du bateau-stop mais uniquement sur des voiliers. Pourtant, aucun des trois ne possédait de sérieuse expérience en voile.

Gabriel raconte les sources de son voyage :

« J’ai commencé à faire du stop quand j’étais étudiant, je n’avais pas de sous. Et puis, j’ai lu des récits de voyage, des expériences de tours du monde en stop. C’était donc faisable, et en plus, c’était un bon challenge. »

La rencontre nourrit le projet de Baptiste.

« Pendant mon Erasmus en Allemagne, j’ai fait du wwoofing dans une ferme de la forêt noire. J’y ai rencontré trois Taïwanaises, et l’échange s’est révélé si intéressant que j’ai décidé de voyager, moi aussi. »

Jérémy explique de son côté : « J’aimais bouger en stop. Me sentir vivre, et voyager par cher. »

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La Mésange noire, le voilier où Gabriel trouve à embarquer. ©Gabriel Vigneron

1. Accoster les skippers

« Péripéties à la pêche à l’embarquement »

Gabriel et Baptiste ont tous les deux traversé l’Atlantique au départ d’Agadir. Beaucoup de bateaux français longent tranquillement la côte, et, en ce port du Maroc, se préparent au saut pour les Canaries, éventuellement suivi d’un autre bond vers le Cap-Vert, avant la grande traversée. Gabriel explique :

« J’ai trouvé un bateau dès le premier jour à Agadir, un couple qui voulait partir rapidement à cause de la météo. Malheureusement, les douaniers marocains ont refusé de me faire mes papiers dans la journée. Ils attendaient un bakchich. Le couple était pressé, le capitaine m’a dit de me trouver un autre bateau. »

Un mini-coup dur, en attendant le bon coup de vent.

« Finalement, j’ai mis cinq jours à trouver un embarquement, avec un retraité de 68 ans, qui avait construit lui-même son bateau. Deux autres équipiers rencontrés sur des sites de bourse aux équipiers occupaient déjà le bord. Des gars expérimentés. Le bateau partait pour Recife, au Brésil avec un stop au Cap-Vert. »

« Le vent en poupe à Agadir»

Le-Wild-Swan-premier-embarquement-de-Baptiste-Agadir

Le Wild Swan, premier embarquement de Baptiste à Agadir. ©Baptiste Vidal

Après des débuts pourtant prometteurs, le parcours fut plus chaotique pour Baptiste.

« Je suis allé à la capitainerie, prendre des infos sur les bateaux et leur demander de m’ouvrir les pontons. La deuxième capitaine abordé appareillait le lendemain. Une petite soixantaine d’années, avec deux amis équipiers, débutants tout comme moi. C’était au mois de novembre. Ils m’ont posé à Las Palmas, aux Canaries. »

Les voilier-stoppeurs arpentent en nombre les pontons d’Agadir, et, selon Gabriel, tous semblent trouver bateau à leur botte. Les propriétaires cherchent des équipiers pour partager la fatigue des quarts de nuit (1). Entraide, bonne ambiance, on s’invite à manger d’un bateau à l’autre.

« Palme d’or de la galère aux Canaries »

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Baptiste et sa famille d’accueil à La Gomera. © Baptiste Vidal

Autre son de cloche pour Baptiste du côté de Las Palmas. Il y observe désemparé la compétition de dizaines de bateaux-stoppeurs tout fraîchement débarqués de l’avion, et agaçant inexorablement les skippers de leurs requêtes répétées.

« Les vols pour Les Canaries ne sont pas chers, et l’idée d’une transat en voilier pour rejoindre l’Amérique Latine se démocratise. Beaucoup de monde sur les pontons, mauvaise ambiance. Je suis resté cinq semaines à Las Palmas, j’ai trouvé un petit boulot dans une auberge de jeunesse le matin, et je traînais la marina l’après-midi. Finalement, je suis parti dans un autre port, Santa Cruz de Tenerife, plus petit, plus familial. J’y suis resté encore trois ou quatre semaines. J’ai fini par me faire embarquer par un couple avec deux enfants, qui m’avaient pourtant déjà refusé deux fois. Une fois à Las Palmas, et une fois à Santa Cruz. Mais me voir dormir sur un parking… Ils sont finalement venus me chercher ! Je crois quand même que j’ai la palme d’or de la galère aux Canaries ! »

Les voiliers accostent souvent dans ces îles avec des équipages constitués. Les bateaux-stoppeurs jouent au coude à coude, et misent sur leur bonne étoile pour s’embarquer. Quant à Baptiste, il y patauge encore quelques semaines…

« Moteur cassé »

« On devait partir pour le Cap-Vert, mais pendant la première nuit de navigation, le moteur a cassé ! On est resté trois semaines à La Gomera, une autre île des Canaries, pour attendre les pièces de rechange. Ensuite la météo s’y est mise… Impossible de partir ! Encore deux semaines d’attente ! Je n’ai finalement quasiment pas navigué avec cette famille, mais humainement, j’ai passé des moments extraordinaires à bord. »

Finalement, après bien des déconvenues, Baptiste embarque avec des amis de la famille, un couple de jeunes retraités direction le Cap-Vert, puis Cayenne, en Guyane. Il aura bien ramé avant de profiter des voiles…

« De la transatlantique à la transpacifique »

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Jeremy Marie en bateau-stop sur un voilier. ©Jérémy Marie

Le parcours de Jérémy se montre encore plus atypique. Voilà un an qu’il a bouclé son périple, un tour du monde en stop de cinq années.
Le Cap, Afrique du Sud, en quête d’une transat. Au terme d’une recherche de trois semaines, l’infatigable jeune homme -qui ne sait pas encore s’il souffre ou pas du mal de mer- en vient à tarabuster une agence de convoyage pour récupérer les coordonnées des skippers. En sympathisant avec un membre de l’agence, il obtient la liste des capitaines et débusque enfin une place pour un convoyage jusqu’à Panama.

« Pour la deuxième grosse partie, la transpacifique, j’ai eu beaucoup de chance. J’ai trouvé un embarquement à Carthagène, en Colombie, au bout de seulement cinq jours. La grosse difficulté, c’est de rentrer dans le yacht club. Tu n’es pas accepté si tu ne fais pas partie d’un équipage. Il me fallait nouer contact avec des personnes à l’intérieur de la marina, mais depuis l’extérieur. Je suis donc resté devant l’entrée jusqu’à ce que je rencontre un capitaine. Je suis tombé sur un autre convoyage parti de Sainte-Lucie dans les Caraïbes et qui allait jusqu’en Nouvelle-Zélande. »

Niveau finance, les stoppeurs des marinas peuvent s’attendre à devoir débourser les mêmes sommes que les équipiers « classiques », soit entre et 10 et 25 € par jour. Ils participent à la caisse de bord, soit la nourriture, l’essence, et le coût éventuel des ports. Les plus chanceux se font embarquer gratuitement.

 

2. Après l’embarquement

« Éloge de la lenteur… »

6-voilier-stop-Equipier face au ciel atlantique

Un équipier face au ciel atlantique. ©Jérémy Marie

Voilà tous les moussaillons embarqués pour la grande aventure océanique. Mais de quelle nature est-elle ? Quelles missions échoient aux équipiers ? Entre attente, cuisine, pêche, lecture, musique et parties de carte, la traversée se place aux antipodes de la suractivité stressante des terriens.
Ainsi le filme Simon Dujardin, un co-équipier de Gabriel, dans une des vidéos qu’il réalise sur l’Envol de la Mésange.
Jérémy raconte son rapport à la temporalité des marges maritimes.

« Ces mois traversée représentent pour moi une expérience personnelle unique. Toujours le même paysage, vierge de tout. Pendant les quarts de nuit, on a beaucoup de temps, beaucoup de temps pour penser. Dans la vie quotidienne, on ne dispose pas de ces moments. Il faut aussi être ouvert aux autres équipiers, tolérant, patient. »

Patience… Pour Baptiste, quelques épines encore sur la route.

« Huit jours après le départ du Cap-Vert, le pilote automatique casse, ainsi que la barre à roue. Le bateau n’est plus manœuvrant, on doit réparer à la Mac Gyver. Barrer pendant les quarts de nuit ? J’ai eu peur que ça soit ennuyant, mais au final, c’était génial de voir les réactions du bateau. Traverser ne représente pas vraiment un exploit. Les voiles, on les a réglées puis on ne les a plus touchées pendant dix jours. Aucune connaissance technique n’est nécessaire pour une transat. »

En mer, l’enfer ne se trouve jamais très loin du paradis, mer et vent ayant toute latitude pour transformer le voyage en cauchemar, raconte Jérémy.

« Pendant la dernière partie du voyage, entre les îles Tongas et la Nouvelle-Zélande, en hiver, on s’est pris une tempête assez sévère. Le trajet devait durer sept jours et s’est éternisé sur treize. On a dû affaler les voiles, et jouer du moteur pendant la première semaine. La deuxième, plus du tout de vent, et plus du tout d’essence. Il fallait attendre que le vent revienne. La nourriture et l’eau douce s’amenuisant, on a commencé à paniquer. Finalement, on est arrivé à bon port, à la limite de nos réserves. »

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Baptiste à la barre du voilier qui l’a pris en bateau-stop. ©Baptiste Vidal

3. Les escales

« Moments incroyables »

Les escales sur les îles du Cap-Vert laissent à Gabriel des souvenirs magiques, et Simon Dujardin, le co-équipier vidéaste, immortalise ces moments incroyables.

Sal, Santiago, Fogo, paysages de forêt tropicale puis de volcan désertique, danse de dauphins et baleines à la navigation entre les îles, baignade turquoise, ambiance de fête…

Jérémy décrit quelques instants forts de sa transpacifique.

«Nous étions sept à bord, un équipage routard, soudé. Le capitaine découvrait lui aussi ces régions du monde. L’itinéraire a participé à l’incroyable : on s’est beaucoup arrêté. Des tortues de mer géantes nageant autour du bateau nous ont annoncé l’arrivée aux Galapagos. Une minute de silence sur les tombes de Jacques Brel et et de Paul Gauguin aux Marquises… »

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Arrivée fatigué en Nouvelle Zélande. ©Jérémy Marie

4. Prochains départs

« En route vers le futur »

Après le mariage de sa sœur, Baptiste reprendra sa route à Buenos Aires. Il voudrait descendre vers Ushuaïa, et chercher un embarquement pour voguer dans les mers australes. Gabriel quant à lui s’est remis au travail, mais réfléchit à son prochain départ, dans quelques années, les îles du sud-est asiatique en voilier-stop.

Jérémy a assez voyagé, il souhaite maintenant construire une famille. Mais pas seulement.

«Je vais participer au projet de Ludovic Hubler, un écrivain-voyageur qui a écrit « Le Monde en stop ». Aujourd’hui, il met en relation des voyageurs avec des écoles, des groupes sociaux, des associations souhaitant partager un savoir. Ce qu’il appelle le « Twaming ». Je voudrais créer ce réseau d’organismes ici, à Dublin. »

Les blogs des aventuriers :

  • Le blog de Baptiste Vidal, En s’melle.
  • Le Jérémy Marie, Un coup de pouce autour du monde.
  • Quant à Gabriel Vigneron, son voyage en bateau-stop a largement été relaté en vidéo par son co-équipier de traversée Simon Dujardin. Le bilan a été dressé en mode « Bref ».

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L'AUTEUR
Eva Thiébaud
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