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Refaire le monde autour d’un drink avec The Hacker

actualisé le 25/08/2014 à 19h35

Dix années séparent Rêves Mécaniques et Love/Kraft, le troisième album solo de The Hacker dont le deuxième volet se dévoilera en septembre. Qu’on ne s’y méprenne pas, Michel Amato n’a pas chômé. Entre ses multiples collaborations, sa rencontre avec Gesaffelstein et la création du label Zone qui s’ensuivit, il s’est tout de même autorisé quelques moments de doute pour mieux rebondir. La rencontre se déroule dans ses terres, dans son bar préféré pour être plus précis.

Le lieu où l’on se trouve, tu le qualifierais comment ?

Le 1900 ? C’est l’endroit où je sors souvent à Grenoble, on va dire que c’est mon QG. Le bar où on se retrouve avec des potes pour boire deux-trois boissons et faire les cons. Généralement, quand je ne suis pas chez moi, je suis ici.

Quels sont tes autres lieux rassurants / totem dans le quartier ?

Je sors beaucoup, de par mon boulot et parce que j’aime ça. Grenoble n’est pas immense non plus, donc souvent c’est le même parcours : ça commence ici, un petit tour au Vertigo, au Bal, des boîtes de nuit où je connais tout le monde, c’est confort. La sélection musicale y est tout à fait correcte. Comme disait Serge Gainsbourg, aller dans une boîte de nuit sobre est quelque chose d’insoutenable, mais là c’est faisable, musicalement parlant.

Tu tournes toujours autour de la même bande de potes depuis longtemps…

Ouais, c’est marrant parce que j’ai cette image un peu dark, ténébreux, pas solitaire mais mystérieux, alors qu’en fait je suis très potes, très bande. J’aime bien avoir mes potes avec moi, est-ce que c’est pour me protéger parce que je suis un peu timide, peut-être, mais au fond, c’est juste pour se marrer et boire des coups.

Question d’affinités aussi, les gens avec qui tu tournes ne sont pas forcément dans ta sphère musicale, c’est avant tout des gens avec qui tu t’entends bien…

Voilà, ça peut autant se déclencher sur la musique que sur des conneries, des films, South Park… tu connectes avec les gens quand tu vois que tu parles le même langage, et ça pour moi c’est super important.

Pour revenir au tout début, comment t’es entré dans le milieu techno local ?

Ça remonte loin dans le temps, il y a une vingtaine d’années, on n’était pas beaucoup ; je ne sais même pas à quel point on n’a pas créé ce milieu avec des gens comme Oxia, Miss Kittin, Benoît Bollini de The Money Penny Project, et puis d’autres potes qui ne faisaient pas forcément de musique mais qui étaient dans le mouvement… J’allais au Drac Ouest à l’époque, parce qu’avant d’écouter de la techno j’étais très new wave, Depeche Mode, etc, et c’était la boîte gothique / new wave du coin. Au sous-sol, ils avaient fait le premier club, entre guillemets, techno, qui s’appelait le Tioker. C’était minuscule, on était une quinzaine de réguliers et ça a commencé comme ça. On s’est retrouvés autour de cette musique parce qu’on était les seuls que ça intéressait et qui aimaient vraiment ça. Et quelque temps plus tard, quand ça a commencé à prendre, on se retrouvait le week-end dans les premières raves de la région, sur Genève et dans le sud de la France. Je faisais déjà un peu de musique, mais après est venue l’envie de s’investir à fond là-dedans. De week-end en week-end, quand on bougeait sur Genève ou Montpellier, on retrouvait toujours les mêmes gens. Il y avait un côté un peu confidentiel, secret qu’on aimait bien. Une génération complète, pour le meilleur et pour le pire, a laissé tomber les études, le boulot, pour s’investir là-dedans. Je ne veux pas faire le vieux con, mais je ne pense pas que depuis il y ait eu un mouvement musical aussi fort que celui-là. Il y avait l’impression de créer quelque chose, il y avait une vraie coupure avec ce qu’il y avait avant, ça a été je pense l’équivalent de ce qui a dû se passer avec le punk rock : on fait table rase. Surtout, tu comprends qu’il se passe quelque chose quand les gens plus âgés ne comprennent pas. J’avais 19-20 ans, et tous mes potes qui approchaient la trentaine me disaient « mais qu’est-ce que c’est que ce truc, c’est n’importe quoi, c’est pas de la musique ». C’était un tout : une nouvelle musique, une nouvelle manière d’écouter la musique, de faire la musique. Et de faire la fête, aussi.

Comment s’est déroulée pour toi la distinction entre rave et free party ?

C’est arrivé plus tard. Le mot free party est arrivé aux alentours de 1994, 1995 après le passage des Spiral Tribe qui ont créé ce phénomène de fête gratuite, sauvage et illégale. Ils sont venus à Grenoble, on les a rencontré, on a même organisé quelques soirées avec eux dans un fort. Après leur passage, plein de collectifs se sont créés et là on a commencé à parler de free party. Bizarrement, c’est là où j’ai commencé à décrocher. L’innocence des débuts avait disparu et ça commençait à se cramer vraiment trop la tête, la musique me plaisait de moins en moins, aussi. J’aimais les choses très dures comme le hardcore, et ce qu’on appelait la tribe, la musique des free party, j’accrochais plus, ça ne m’intéressait plus. Je suis resté dans la techno, mais je suis passé à autre chose.

Dans mon souvenir des free et des raves, je garde l’impression que les Djs hardcore étaient ceux qui tenaient le plus le public à leur merci, tu confirmes ?

Ouais, mais je pense que c’est commun à toutes les musiques extrêmes. Quand tu vas voir un concert de black métal, il y a un côté intense et extrême, avec un public extrême qui veut aller au bout du bout. Il y a peut-être un côté maso dans le hardcore, ça fait mal mais ça fait du bien, et on va aller encore plus loin. Par contre, je n’ai jamais compris les mecs qui prenaient du LSD sur du hardcore, c’est highway to l’asile… Au début j’aimais vraiment cette violence, ça me rappelait la musique industrielle, il y avait une ouverture d’esprit complète où tu pouvais faire ce que tu voulais. Mais plus ça allait et plus ça s’est réduit. A la fin, quand on faisait des sets hardcore avec XMF, notre projet avec Benoît Bollini, dès qu’on passait en dessous de 180 BPM, on se faisait limite siffler.

Quand on se replonge dans ta discographie, il apparaît assez évident que tu ne suis jamais de mode ; ton péché mignon pour l’italo-disco, par exemple, remonte à des lustres…

L’italo-disco, quand c’est revenu à la mode, ça allait, mais avant tu passais quand même pour un con, le gros ringard, même… J’ai eu de la chance parce que mes goûts, ce que je voulais faire et la hype se sont rejoints à un moment donné, mais il n’y avait pas de calcul. Vers 1996, je ralentis le tempo, je reviens vers les années 80, la new wave, et même l’italo-disco que j’écoutais quand j’étais gamin. Il se trouve que Miss Kittin s’est retrouvée au même état au même moment.

Tu as de bon retours presse sur la première partie de Love/Kraft, mais les médias mainstream donnent le sentiment de ne pas trop savoir comment t’appréhender, comme s’ils étaient obligés de parler de toi pour ton acoquinement avec Gesaffelstein…

Avec le recul que je peux avoir sur ma propre carrière – putain, c’est Michel Drucker, là – je pense toujours avoir été une sorte d’outsider. La scène techno française, j’y suis, mais pas vraiment. Que je sois resté à Grenoble, ça joue peut-être… Quand tout a commencé avec Miss Kittin, c’était en Allemagne, on n’a pas grandi dans le milieu parisien, on n’a pas bossé avec les labels ou tourneurs français, on a pris un autre parcours et on est revenus cinq ans plus tard. Au moment de l’explosion de l’électro-clash, on n’était jamais en France. J’ai pas bossé avec Zdar, je suis pas allé dans les studios de Daft Punk… si tu regardes, c’est un truc de provinciaux, pour David Carreta et Vitalic, c’est pareil. Je continue à faire ma musique et de temps en temps, elle rencontre l’air du temps. Les mecs des médias réalisent que j’ai toujours été là, à sortir des trucs tous les ans. Après il y a des moments où je me suis fais plus discrets, notamment quand il y a eu toute la période Ed Banger, Justice… mais à l’époque je rencontrais celui qui allait les mettre à la rue, Gesaffelstein. Trois ans plus tard, il rendait obsolète tous ces mecs de la French Touch 2.0.

C’est lui qui t’as contacté à la base ?

Alors on n’arrive pas à se rappeler, lui il me dit à Paris, moi je dis Lyon, mais toujours est-il qu’il arrive tout jeune, tout sec, tout plein d’espoir d’avenir, avec un CD de démos. Je ne l’écoute pas tout de suite, mais une semaine ou deux plus tard et je trouve ça vachement bien. Je lui ai dit « on ne peut pas le sortir, c’est pas encore abouti mais continue ». Histoire d’en rajouter, on est devenus potes.

Est-ce que tu sais sur quoi on tombe en premier lorsqu’on cherche The Hacker sur Google ? Ton myspace…

Oh putain… Je veux adresser ce message aux jeunes : je ne m’en occupe plus, j’ai même essayé de me désinscrire mais je n’y suis jamais arrivé.

Qu’est-ce que tu as pensé d’Anchorman 2 ?

Après réflexion, sans être un érudit du cinéma mais connaissant assez bien la carrière de Will Ferrell, j’ai l’impression que c’est son film somme. Le film est très dense, il faut bien le voir deux trois fois pour capter toutes les conneries au second plan, au troisième plan. Beaucoup de gens vont être déroutés, je pense à cette fameuse partie dans le phare… Au premier visionnage, j’étais un peu assommé, c’était presque trop. Mais, après tout s’éclaircit au fil des visions, tu captes tout le délire. C’est l’un de ses meilleurs films.

Le thème de la dérive de l’information, ça te parle ?

En plus oui, le film est drôle et a un vrai message. Cette dérive, je m’en rends surtout compte sur Facebook – le conflit israélo-palestinien, c’est n’importe quoi. Tu vois les mêmes images interprétées complètement différemment selon qui poste, et si t’as pas un minimum de recul, tu peux croire à n’importe quoi. Quand tu vois que les infos du Gorafi sont reprises sérieusement… Tout devient diffus, tu ne reconnais plus les limites. Et Anchorman 2 t’explique comment ce bordel a commencé : tout est de la faute de Ron Burgundy.

Que t’inspire la reformation des Monty Python ?

C’est comme aller voir les Rolling Stones, je suis sûr que tu passes un bon moment, tu peux pas t’emmerder avec Cleese, Idle, Palin, Jones et Gilliam, même sans Graham. Il paraît que leur plaisir d’être ensemble sur scène se ressent, ils se déguisent encore en femmes, ils prennent des voix aiguës… et pour ceux qui se plaignent qu’ils rejouent de vieux sketchs, je pose la question : qui connaît les nouveaux morceaux des Rolling Stones ? Je veux voir le sketch du perroquet, la chanson du lumberjack. Mais Graham Chapman était quand même mon favori.

L’adaptation de son autobiographie en dessin animé est plutôt réussie…

J’en ai entendu parler mais je ne l’ai pas vu. Autobiographie d’un menteur est mon livre de chevet, je l’ai lu 600 fois. Graham Chapman dit notamment qu’il a personnellement inventé le mot chic pour décrire la période des années 60, mais qui n’a rien à voir avec le mot chic qui existait déjà…

 

Est-ce que t’as vu l’épisode de South Park consacré aux goth kids ?

Contrairement à certains épisodes que je peux revoir 150 fois, celui-là je ne l’ai pas encore revu. Mais j’adore l’apparition d’Edgar Allan Poe, et son nom goth, « Nightpain ». Le générique est fantastique, je suis sûr que Trey Parker est ou a été goth. La chambre de la meuf avec les posters de Bauhaus et tout… c’est pas par hasard. J’aime beaucoup l’épisode où Butters devient goth aussi.

Récemment, tu as bloqué sur le double épisode You’re getting old / Ass-burgers, dans lequel Stan devient totalement cynique…

Cette saison n’était pas top, ça sentait la fin. Après quelques épisodes faiblards, ils reviennent avec un diptyque dingue, où il y a tout. Je me suis reconnu dans le message « il faut boire pour accepter la réalité »… ça te renvoie aussi à ces périodes où t’es submergé de culture ado sans intérêt, où tout est nul, tout est pourri, après heureusement ça repart ; ça m’arrive en gros toutes les trois semaines.

Je comprends bien. À un moment, j’étais même dégoûté du nanar avec toutes les productions The Asylum / Syfy

J’ai toujours trouvé que les nanars et l’italo-disco étaient deux choses très proches. T’as une production démente, t’as 5% pour telle ou telle raison de trucs magnifiques, et tout le reste c’est de la merde, mais vraiment. Il y a une dizaine d’années, et j’y ai participé, t’as plein de gens qui ont repris l’italo-disco et finalement t’as un trop plein, t’es écoeuré, t’en a plus rien à foutre… J’ai jamais été autant à fond que vous sur Nanarland, j’avoue qu’au début j’étais assez client des productions The Asylum et Syfy… Mais j’ai bien vu qu’il n’y avait pas la naïveté des post-nukes italiens où ils essayaient quand même de faire quelque chose de cool – comme dans l’italo-disco, on y revient.

Est-ce que tu penses que Paris Hilton mérite ses 300 000 dollars par heure de set ?

Alors évidemment non. On se rapproche de plus en plus d’Idiocracy, ce film incroyable que je conseille à tout le monde. Ça montre à quel point notre métier est devenu une blague. Malheureusement, pour faire court, les Américains ont enfin percuté sur la musique électronique, et ils ont fait ça à leur façon, démesurée, débile, en récupérant l’eurodance et en appelant ça EDM, que Laurent Garnier renomme « Electro De Merde ». J’étais à Miami pour la Winter Conference, le grand raout de tous les professionnels, et c’est affreux, cette musique de merde pour un public lobotomisé qui ne comprend rien, ils font tout de travers, mais ils te font ça à l’américaine avec des moyens démesurés. T’as 50 000 personnes au milieu de Miami, c’est Blade Runner, c’est bluffant, mais c’est nul. Et après, Paris Hilton, qui joue à l’Amnesia à Ibiza, qui est quand même une boîte légendaire, qui en tombe à ce niveau de vulgarité… L’autre jour j’ai vu l’affiche d’un festival à Marrakech, poker et DJ EDM de merde. Idiocracy, on y est. On en est là. Mais je ne lâche pas l’affaire.

Quel est ton rapport avec l’oeuvre de H.P. Lovecraft ?

J’ai découvert ça quand j’étais ado, grâce à mon pote Lakhdar en première. J’ai tout de suite adoré. Le style, le personnage… je ne suis absolument pas mystique mais je pense que ce mec était habité. À son époque, personne n’écrivait ce genre de choses gothiques, ces récits de science-fiction. Il te crée des univers entiers, des mythologies, des mondes. Il faisait souvent concorder dans ses histoires des éléments complètement dingues et des faits réels. J’aime bien le mythe de Cthulhu, mais je préfère vraiment ses histoires à part, comme Par delà le mur du sommeil ou Les Montagnes Hallucinées (son chef-d’oeuvre absolu), avec toujours cette volonté de rabaisser l’humanité, de dire qu’on n’est rien, qu’avant nous il y avait des créatures autrement plus remarquables – c’est quelqu’un qui déteste l’humanité.

T’as lu sa biographie par Houellebecq ?

Lu et adoré. Le combo festif Lovecraft / Houellebecq, fais péter la sangria. Il y a une phrase que j’ai toujours voulu mettre dans un de mes albums, en gros, « la Terre va disparaître, les étoiles vont disparaître, le cosmos va disparaître, tout disparaîtra ». Houellebecq le dit lui-même, il en a rien à foutre de la science-fiction, mais il dit que ce mec là avait quelque chose. C’est clair que ses ambiances m’ont inspiré. Ça faisait longtemps que je tenais à faire ce clin d’oeil, puis le jeu de mot se prêtait parfaitement au concept de double album. Il y a un peu de ça dans l’album – pas de haine des gens, hein, je ne suis qu’amour – mais les ambiances ténébreuses m’ont influencées.

Le morceau le plus lovecraftien de cette première partie, c’est Driftin, non ?

Ouais voilà, ces réverbs lointaines, les nappes, le truc qui tourne derrière, les bulles, ces espèces d’arpegio sous-marins, on est complètement chez Nyarlathotep et ses potes.

T’as eu quelque chose à voir avec le clip de A Thousand Times ?

Non. Honnêtement, je sais pas quoi en penser de cette vidéo. Je suis un peu un control freak, mais là c’est l’une des premières fois où je lâche un peu du lest. Je devrais pas dire ça parce que si mon manager… oh puis merde j’en ai rien à foutre, je dis pas que c’est nul, mais je m’y retrouve pas, ça me fait chier. Comme quoi, j’aurais dû garder le contrôle comme je fais d’habitude. C’est pas grave, c’est pas une cata non plus, j’aime bien la meuf, il y a des plans que j’aime bien, mais ça me fait chier.

Puis ça assimile la boisson à la violence, ça ne te ressemble pas…

Je n’ai pas l’alcool mauvais, heureusement. C’est dur de bosser avec quelqu’un qui fait de la vidéo parce que t’as un artiste en face de toi qui essaie de dire quelque chose, sauf que c’est sur ta musique… c’est hyper chaud. Puis ça s’est fait une période où tout n’était pas bien défini dans ma tête sur cet album, j’étais un peu en panique, je changeais le tracklisting tous les jours… j’étais pas focus, j’ai laissé faire. C’est pas nul, mais comme tu dis, c’est pas moi. T’as mis le doigt sur un truc qui me fait chier, mais bon.

Pourquoi t’étais en panique sur le tracklisting ?

Je suis passé par une vraie période de… il a été chiant à faire cet album, en fait. C’était après le deuxième album avec Miss Kittin, 2009-2010, après une grosse tournée qui nous a un peu vidé. Et j’ai traversé petit passage à vide dû à plein de choses dans ma vie. Je suis pas super confiant, mais si il y a un truc où ça va, c’est la musique, et là, pour la première fois, j’hésite, plus d’inspiration, plus d’idées et plus d’envie. J’étais tout le temps dehors – j’étais un peu à la dérive quand même. Les pannes d’inspiration c’est normal, ça arrive, mais quand ça dure deux, trois, quatre jours, une semaine, deux semaines, un mois où j’allais même pas dans mon studio, je passais devant. Je ne sais pas trop à quoi c’est dû, enfin si un peu mais j’ai pas envie d’aller dans les trucs perso ; peut-être l’approche de la quarantaine aussi. Pour me remettre en selle, j’ai changé de matos déjà, de manière de travailler, et puis surtout, le succès de Mike / Gesaffelstein m’a redonné confiance en moi. Pour l’ego ça fait du bien : ce jeune à qui j’ai fait confiance défonce tout, donc j’ai peut-être pas si mauvais goût que ça.

Selon les images d’Epinal du monde de la musique, tu aurais dû être jaloux…

Je sais très bien que ce qu’il a fait, j’aurais pas pu le faire. Il a pris nos références communes et les a amené ailleurs, et pour ça, il fallait la vision d’un mec de 25 ans. On aurait eu le même âge, ça n’aurait pas été la même chose. Mais son succès m’a remis sur le devant de la scène. Sans que ce soit calculé, il y a eu un vrai renvoi d’ascenseur même si je déteste cette expression. Je lui faisais écouter des démos que j’envoyais bouler, il me disait d’arrêter de me prendre la tête. Il m’a redonné confiance et c’est reparti.

À coups de pieds au cul…

Mais je suis comme ça, faut me secouer. Ce passage à vide était flippant parce qu’à la quarantaine, soit tu rebondis sur autre chose soit tu te plantes.

J’étais surpris par la séparation de l’album en deux parties…

Ma musique a toujours eu une facette sombre et agressive et une autre plus légère, influencée italo-disco, moins on va tous mourir / Lovecraft. Et je voulais vraiment mettre ces facettes plus en évidence.

Dans Rêves mécaniques, les deux se mariaient pourtant très bien.

Beaucoup de gens me disent ça et du coup, ça te met un poids sur les épaules – enfin tout est relatif, je ne suis pas Radiohead non plus -, je me suis dit mais merde, si ça se trouve mon meilleur album je l’ai déjà fait… D’autant que Rêves mécaniques, je m’en rappelle, je l’ai fait sans aucune hésitation. Je surfais sur le succès avec Miss Kittin, j’étais sur une dynamique de dingue. Et là, j’étais un peu perdu. Mais là, je pense déjà au prochain. À autre chose. Je suis un peu comme Cartman quand il fait s’écraser les avions dans World War Zimmerman, « come on, come on, let’s move ! ». Après je le vois, les bookings de soirées ça va bien, il y a du monde…

C’était toujours plus ou moins le cas, non ?

Aaaah, en 2010, 2011 il y a eu un creux… tu fais un week-end un peu pourri, où il n’y a pas beaucoup de monde, ça te flingue la semaine. Et là il y a des projets, le label avec Gesaffelstein qui marche super bien, donc c’est super positif en ce moment. Je suis plus pêchu.

L’actualité du label pour les mois à venir ?

On va notamment ressortir David Carretta qui selon moi est l’un des mecs les plus sous-estimés du monde, n’ayons pas peur des mots, en musique électronique, un vrai pionnier, un vrai personnage avec un vrai charisme. Il y aura trois-quatre sorties après l’été, puis la suite de Love/Kraft, toujours sur Zone. Après avoir été sur une grosse maison de disque (Pias), je suis de retour en indé comme pour le premier album, Mélodie en sous-sol.

Tu as ressenti le besoin de revenir en indé ?

En fait à la base ça devait sortir chez Pias, puis il y a eu des changements d’équipe typiques des turn over de ce genre de boîte. Je me suis retrouvé avec des gens que je ne connaissais plus, des anglais cool mais qui avaient 4 milliards d’autres projets plus importants que moi. On a fait une sorte de séparation à l’amiable parce que j’étais encore en contrat chez eux, je leur ai dit « clairement vous n’avez pas besoin de moi, je ne suis pas une priorité », les mecs m’ont dit « bah ouais ». Comme je te disais, j’aime bien contrôler de A à Z, et là c’est moi qui contrôle tout, jusqu’aux relevés de compte – c’est limite chiant, en fait. Après je retournerai peut-être ailleurs mais là c’est bien, on voulait sortir un album sur Zone. C’est un tout petit label, on gagne pas une thune, mais on arrive quand même à nos fins.

T’as eu des envies de remixs récemment ?

Je bloque sur Vitreum, un morceau d’un groupe pas très connu, Keluar, avec une nana qui a une voix très new wave. Il y a deux semaines je jouais à Berlin et je les ai rencontré – encore une fois, la boisson, ce ciment – autour d’un verre de vodka, je leur ai dit « j’adore votre truc, je veux faire le remix ». Ils m’ont renvoyé un message le lendemain, « on ne sait pas vraiment si t’étais sérieux, mais au cas où… », mais j’étais totalement sérieux ! C’est pas des histoires de pognon, je fonctionne au coup de cœur. Comme le remix d’Aline, c’est mon ex copine qui m’a fait découvrir Je bois et puis je danse et j’ai bien accroché, alors que moi, la pop française… c’est frais, les mecs sont drôles, ça s’est fait comme ça. On a des univers pas si éloignés que ça, les Smiths, New Order, Joy Division, The Cure.

La dernière fois qu’on s’est vus, c’était aux alentours des dernières élections présidentielles, tu étais à fond sur la composition d’un morceau intitulé La France a peur, qui reprenait en boucle ce sample d’un JT télévisé ; tu vas le sortir un jour ?

Non, mais je vais t’expliquer. Déjà, il y a des morceaux qui te résistent, même si t’es sûr que l’idée est bonne. Je l’ai repris une fois, deux fois, trois fois, je n’étais toujours pas satisfait du résultat. Je l’ai joué une seule fois en live – je te jure que c’est vrai -, sur une plage de Tunisie, et il y a eu un jet de cocktail molotov. Donc scène de panique, avec en fond ces basses agressives et « La France a peur, la France a peur » qui revient… je me suis dit que ce morceau était maudit.

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L'AUTEUR
François Cau
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