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James Garner, une grande évasion

Vu de mon canapé, la mort de James Garner n’aurait pas pu tomber plus mal. Mourir en été, c’est à coup sûr mourir en douce, à l’insu du public et des médias, mais mourir en ce moment, pour une star un peu oubliée des années 60 et 70, à l’heure où l’on s’étripe à Gaza et où l’on canarde les avions de ligne, c’est un passeport pour la discrétion.

Maverick. DR

James Garner, dans le rôle titre de la série télévisée Maverick. DR

Pourtant la carrière de James Baumgarner, son véritable patronyme, décédé la semaine dernière à 86 ans, méritait que l’on s’y attarde entre deux bombardements. Né dans l’Oklahoma, il perd sa mère à 5 ans et la nouvelle femme de son mari lui tape dessus. Engagé dans la marine marchande à 16 ans, il tombe malade, rentre à la maison et découvre Hollywood en accompagnant son père en Californie.

Là, il gagne ses premiers dollars en posant pour des pubs de maillots de bain mais, lassé de ne rien trouver de plus reluisant, il retourne dans l’Oklahoma et reprend de brèves études avant de s’enrôler dans la garde nationale. Blessé au genou, il est renvoyé chez lui mais l’armée le réclame en 1949 et le grand James (1m90) se retrouve en Corée, blessé deux fois et décoré dans la foulée.

 

Poli avec les dames

Un ami producteur rencontré durant son premier passage à Hollywood l’envoie alors auditionner à Broadway pour un rôle dans la pièce « The Caine Mutiny Court Martial » (d’après Herman Wouk) aux côtés d’Henry Fonda, mais cela ne le dispense pas de passer la plus grande partie de son temps à cachetonner dans des publicités.

En 1956, Warner Brothers le repère et le colle au générique de « The Girl he left behind » (de David Butler) en le rebaptisant Garner sans lui demander son avis.

La gloire intervient l’année suivante alors qu’on lui propose le rôle titre de la série télévisée Maverick où ses allures de grand malabar désabusé mais poli avec les dames font merveille. Il y incarne Bret Maverick, joueur professionnel dans un Far West en noir et blanc qui préfère user de son charme plutôt que de son six-coups pour se tirer d’embarras. Le style de la série dépoussière le genre et le rôle lui vaudra un Emmy Award en 1957 suivi d’un Golden Globe l’année suivante.

En 1960, un conflit éclate dans la production et Garner quitte le show pour y être remplacé par… Roger Moore, dans le rôle de Beau Maverick, cousin anglais de Bret.

 

100 dollars plus les frais

Entre deux épisodes de « Maverick », Garner se hisse en haut de l’affiche de quelques nanars militaires tels que « Les commandos passent à l’attaque » (William Wellman, 1958) ou encore « Mission secrète du sous-marin X16 » (Gordon Douglas, 1959). Sa carrière est bel et bien lancée et les années 60 vont être très occupées.

En 61, William Wyler l’embauche avec Audrey Hepburn dans « La rumeur » et en 63, il rejoint le casting de la cultisme « Grande évasion » (de John Sturges) pour ce qui restera l’un de ses plus fameux rôles, le Lt Hendley, faussaire et spécialiste de la débrouille (il en faut un dans tous les films de ce genre), un des quelques personnages qui parviendront à s’échapper du camps de prisonniers allemand où se déroule l’action.

McQueen, Garner et John Sturges (La Grande Evasion).

Steve McQueen, James Garner et John Sturges (La Grande Evasion, 1963).

Sa présence imposante irrite le jeune Steve McQueen qui, soucieux qu’on ne lui fasse pas d’ombre, calcule son temps de présence à l’écran et se plaint d’en compter moins que Garner.

En 1966, passionné de compétition, Garner prend son pied sur le tournage de « Grand Prix » (de John Frankenheimer), un des rares films réussis sur le sport automobile et qui réunit un casting pour le moins hétéroclite (Yves Montand, Toshiro Mifune et François Hardy). Egalement fou de vitesse, Steve McQueen avait postulé pour ce rôle de pilote.

« Je l’appelais ‘McQueen le dingue’ raconta Garner. Parce qu’il était vraiment dingue. Nous étions amis mais il voulait à tout prix mon rôle dans « Grand-Prix » et il ne m’a plus parlé pendant 4 ans ! Ce n’était pas un grand acteur, mais c’était une vraie star. »

En 1969, il incarne le détective Philip Marlowe dans « La Valse des truands » (Paul Bogart) et ne tourne pas le dos au western, genre qui le rendit célèbre, en apparaissant dans « 7 secondes en enfer » (John Sturges, 1967) ou encore « Ne tirez pas sur le shérif » (Burt Kennedy, 1969).

 

Je ne suis pas la femme de James Garner !

Au début des années 70, son look de héros désinvolte à mâchoire carrée n’est plus trop à la mode alors que pointent de nouveaux talents tels que Dustin Hoffman, Al Pacino ou Gene Hackman, dans des rôles plus sombres et tourmentés. Mais le petit écran lui fait les yeux doux et Garner retrouve le créateur de « Maverick », Roy Huggins pour la série « 100 dollars plus les frais » (« The Rockford Files »).

James Garner dans "100 dollars plus les frais".

James Garner dans « 100 dollars plus les frais ».

Ecrite par le fameux Stephen J. Cannell, qui commit le pire (« Le rebelle ») et le meilleur (« Les têtes brûlées »), la série nous invite à suivre les enquêtes originales du détective Jim Rockford, placide et désinvolte à l’image de son interprète. Il l’incarnera durant six saisons avant que des problèmes d’assurances, suite aux blessures récoltées par Garner en exécutant lui-même ses cascades, ne mettent fin à l’aventure.

Avec un autre Emmy dans la poche, Garner reprend le chemin des studios de cinéma mais il retrouvera Rockford dans les années 90, le temps de huit téléfilms.

A partir de 1977, il tourne une interminable série de plus de 300 publicités pour la marque Polaroid avec l’actrice Mariette Hartley dans laquelle ils incarnent un couple si convaincant que le public les croient mariés pour de bon, au point que Mariette Hartley devra faire imprimer un tee shirt « Je ne suis pas la femme de James Garner ! »

 

Un acteur à la Spencer Tracy

"Space Cowboys" de Clint Eastwood.

« Space Cowboys » de Clint Eastwood (2000).

Si l’on reproche à Garner, comme on le reprocha à Cary Grant, de jouer avant tout son propre rôle dans tout ce qu’on lui propose, il parvient néanmoins à alterner tous les genres.

« Je suis un acteur du type de Spencer Tracy, disait-il. Selon lui, il fallait arriver à l’heure au studio, savoir son texte, respecter les repères de caméra et être franc. Ce n’est pas si dur d’être un comédien, il suffit juste de se mettre en retrait et de jouer ce qui est écrit ».

Doué pour la comédie, il tourne deux fois avec Blake Edwards : « Victor, Victoria » en 1982 et « Meurtre à Hollywood » en 1988. En 1985, il récolte une nomination pour l’Oscar du meilleur acteur pour une autre comédie, « Murphy’s Romance » (de Martin Ritt) avec Sally Fields. Quelques succès publics ponctuent sa fin de carrière, comme le remake de « Maverick » avec Mel Gibson en 1994, et en 2000, l’excellent « Space Cowboys », de Clint Eastwood (avec qui il tourna « Duel at Sundown » en 1959) qui le voit faire partie d’un quatuor de papis envoyés dans l’espace pour bricoler un satellite qu’ils avaient conçus vingt ans auparavant.

A priori aussi tranquille et facile à vivre que la plupart des personnage qu’il interpréta, Garner fut sollicité par le cinéma jusqu’aux dernières années de sa vie. Démocrate très militant, Garner participa à l’organisation de la fameuse Marche de Washington de Martin Luther King (1963) et employa une grande part de son temps à des oeuvres caritatives jusqu’à la fin de sa vie.

 

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Jeff Rivière
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