Société 

Jean Jaurès à Lyon : 100 ans après, qui commémorera le mieux l’homme politique ?

actualisé le 24/07/2014 à 12h46

Un seul homme politique, un dernier discours (quoi qu’un doute subsiste sur cette affirmation), et deux commémorations. Nombreux sont les membres de la classe politique qui se revendiquent aujourd’hui de Jean Jaurès, les socialistes et les communistes se disputant régulièrement la légitimité définitive de l’héritage ; la droite estimant parfois aussi avoir droit à sa part d’humanisme pacifiste. Façon Jaurès et grand tribun.

Jean Jaurès, 1914. Crédit : akg-images. Images tirée de "Vers la Grande Guerre, comment l'Europe a renoncé à la paix", Paris, Autrement, 2014. De Margaret MacMillan.

Jean Jaurès, 1914. Crédit : akg-images. Images tirée de « Vers la Grande Guerre, comment l’Europe a renoncé à la paix », Paris, Autrement, 2014. De Margaret MacMillan.

D’un côté la mairie socialiste de Lyon, de l’autre la section lyonnaise du parti communiste avec la direction du journal L’Humanité (que fonda Jean Jaurès), organisent ce jeudi et ce vendredi deux hommages.

Il y a tout juste 100 ans, Jean Jaurès prononçait à Lyon ce qui fût appelé ensuite son « discours pour la Paix » ou encore « discours de Vaise », le 25 juillet 1914, avant d’être assassiné, six jours plus tard à Paris. Trois jours encore après, la première guerre mondiale éclatait.

 

La Palestine et les fêtes de la paix

A Lyon, c’est donc l’heure des commémorations pour le centenaire d’un discours qui marqua son temps et résonne encore. D’abord, ce jeudi 24 juillet, la première d’entre elles est organisée par la Ville de Lyon qui fera défiler à la tribune son maire PS, Gérard Collomb, suivi du maire également socialiste de l’arrondissement concerné (le 9e), Julien-Hubert Lafferière.

Pour border historiquement l’événement, une conférence sera animée à partir de 18h30 par Jacqueline Lalouette, professeure d’histoire contemporaine et membre honoraire de l’Institut universitaire de France, sur le thème : « Vaise, 25 juillet 1914 : le cri d’alarme et de désespoir de Jaurès ». Toujours à la mairie du 9e.

Le parti communiste du Rhône et sa section lyonnaise n’ont pas été invités et/ou se garde bien de se trouver une petite place dans le protocole municipal, en optant plutôt pour une commémoration propre, le vendredi 25 juillet. Tout d’abord, avec un passage devant la plaque commémorative de l’homme politique, au 51 rue de Bourgogne (Lyon 9e), avant un discours de Patrick Le Hyaric, directeur du journal L’Humanité qui fût fondé par Jean Jaurès.

Dans son communiqué, le PC replace l’élan politique pacifiste et humaniste de Jean Jaurès dans l’actualité internationale, en invitant à la commémoration le Collectif 69 pour la Palestine et en déclarant :

 « A l’heure où la diplomatie française choisit le soutien au gouvernement israélien de Netanyahou, il est urgent de rappeler ce qu’était Jaurès, sa vie, son œuvre, ses engagements… »

La Ville de Lyon propose un spectacle monté par la Troupe du Levant (au parc Roquette, Lyon 9e, à 20h) ensuite, tandis que les communistes programment des concerts pour une « fête pour la paix ».

 

Batailler contre les extrêmes… avant les élections

Jean Jaurès est devenu une figure tutélaire pour une grande partie de la classe politique, Nicolas Sarkozy alors candidat pour l’UMP aux élections présidentielles de 2007, sétait allé jusqu’à s’autoproclamer héritier du fondateur du journal L’Humanité, faisant s’étrangler quelques uns à gauche.

Jean-Jack Queyranne, président PS de la région Rhône-Alpes, s’est fendu d’un communiqué ce mercredi, lyriquement intitulé « Jean Jaurès, la liberté et la morale ». Dans lequel il décrit ainsi le « socialiste indépendant » :

« Ennemi d’une pensée doctrinaire, Jaurès nous enseignait déjà en 1887 que « la démocratie française n’est pas fatiguée par le mouvement, elle est fatiguée d’immobilité ». C’est dans le creuset de cet esprit libre qu’ont pu naître des combats d’avant-garde, en faveur de l’égalité, du progrès social, de la vie associative et de la laïcité. »

Et, à la veille des élections régionales de 2015, que prépare un Front national motivé par ses résultats aux européennes, Jean-Jack Queyranne termine ainsi :

« À l’heure où notre démocratie est tentée par le désenchantement et le repli, Jaurès est une invitation au sursaut et à « rallumer tous les soleils » dont notre République a cruellement besoin aujourd’hui. »

 

Qu’a dit Jean Jaurès à Vaise ?

On décrit une salle bondée, devant laquelle il devait apporter son soutien politique à un candidat d’une élection législative partielle, Marius Moutet, que l’histoire n’a pas porté aux nues. Il a finalement opté pour un discours de politique internationale, faisant éclater son opposition pacifiste à la guerre mondiale, qu’il n’empêchera pas d’éclater neuf jours plus tard.

Le contexte géopolitique européen est au plus fort de sa tension, l’Autriche se fait menaçante et Jean Jaurès entame donc son propos là-dessus :

« Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole. Ah ! Citoyens, je ne veux pas forcer les couleurs sombres du tableau, je ne veux pas dire que la rupture diplomatique dont nous avons eu la nouvelle il y a une demie heure, entre l’Autriche et la Serbie, signifie nécessairement qu’une guerre entre l’Autriche et la Serbie va éclater et je ne dis pas que si la guerre éclate entre la Serbie et l’Autriche le conflit s’étendra nécessairement au reste de l’Europe.

Mais je dis que nous avons contre nous, contre la paix, contre la vie des hommes à l’heure actuelle, des chances terribles et contre lesquelles il faudra que les prolétaires de l’Europe tentent les efforts de solidarité suprême qu’ils pourront tenter. »

Puis :

« Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités. Nous avons les nôtres, Moutet l’a dit et j’atteste devant l’Histoire que nous les avions prévues, que nous les avions annoncées; lorsque nous avons dit que pénétrer par la force, par les armes au Maroc, c’était ouvrir l’ère des ambitions, des convoitises et des conflits, on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c’est nous qui avions le souci de la France. »

Et enfin :

« Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar. »

 

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