Cultures 

Livres en streaming chez Amazon : pas sûr que la France puisse lutter

actualisé le 23/07/2014 à 11h13

Le géant US Amazon prépare un service d’accès illimité à un catalogue d’ebooks. Après Spotify pour la musique ou Netflix pour le cinéma, les livres aussi se mettent au streaming. Une réponse au piratage ?

Un petit cafouillage sur le site d’Amazon aux Etats-Unis préfigure de grosses inquiétudes dans le milieu du livre. Des utilisateurs des services d’Amazon ont signalé, dans la nuit de mercredi à jeudi, la présence de plusieurs pages « test » présentant la nouvelle formule du géant américain : « Kindle Unlimited ».

Il s’agit rien de moins que lancer le « Spotify du livre », un service accessible par les détenteurs de la liseuse Kindle de la firme proposant un accès illimité à un catalogue de livres. Pour environ 7 euros, l’abonné pourra non pas posséder, mais consulter et lire plus de 600 000 livres numériques et des milliers de livres audio.

Les pages, qui ont été retirées sans plus d’explication (mais sont toujours accessibles en cache), dévoilent la présence de franchises à succès comme « Hunger Games », « Le Seigneur des anneaux » ou encore « Harry Potter ». Si le chiffre de 600 000 livres paraît énorme, il représente moins du tiers du catalogue Amazon actuel et les cinq plus grandes maisons d’édition en sont absentes.

 

Prix unique du livre : le dernier rempart ?

Après la percée du modèle de diffusion par abonnement dans la musique avec Spotify ou Deezer, et dans le cinéma avec Netflix, le livre serait donc sur le point de succomber aux nouveaux usages numériques.

Inquiétant ? Amazon est un acteur de taille, doublé d’un prédateur notoire. La France, avec son prix unique du livre, est-elle en mesure de se protéger contre ce type d’offensive ?

La loi Lang de 1981, de son nom technique, contraint le vendeur d’un livre à respecter le prix fixé par l’éditeur pour éviter une trop grande concurrence dans le secteur.

Il s’agissait alors de donner des armes aux libraires (et donc à la qualité, la diversité…) pour se défendre face aux grandes surface promptes à distribuer des discounts sur les best-sellers.

Cette loi empêche aujourd’hui un mastodonte comme Amazon de faire du dumping sur les prix pour tuer les libraires et petits concurrents avec des prix imbattables. Le Sénat a même validé en janvier une nouvelle loi pour interdire le cumul d’une remise de 5% et du frais de port gratuit (ce qui a conduit Amazon à inventer les frais de port à 1 centime…)

 

Le streaming « en dehors » de la réglementation

Sauf qu’il s’agit ici de streaming : ce n’est pas un achat traditionnel mais plutôt une licence d’accès à des contenus.

Si les livres numériques sont également soumis au prix unique, la loi prévoit que le « prix peut différer en fonction du contenu de l’offre et de ses modalités d’accès ou d’usage », modalités comprises par le décret d’application comme « notamment par téléchargement ou diffusion en flux (« streaming « ) ».

Le service juridique du ministère de la Culture, joint par téléphone, semble surpris et peu à l’aise avec l’interprétation précise du texte. Pas sûr qu’il se soit beaucoup penché sur la question pour le moment.

 

Les éditeurs font de la résistance

Conforme à la loi, donc. Mais pas nécessairement aux mentalités. Selon Fabien Sauleman, l’ère du temps et les usages veulent que « les biens culturels se consomment toujours plus par abonnement ». Un pas qui n’a toujours pas été franchi par la majorité des éditeurs :

« Il y a toujours une crainte par rapport à notre modèle. Il est vraiment difficile pour un éditeur aujourd’hui de quitter la logique de vente, malgré un partage des recettes autour de 50/50. »

Julien Vignial, responsable commercial des éditions Au diable Vauvert, confirme :

« Au début, il y a avait clairement une méfiance, de la peur vis-à-vis de ce modèle. Dans ce milieu, quand l’innovation ne vient pas des sérails… Mais Youboox a fait un effort pour se rapprocher des libraires. »

Originalité du modèle : la rémunération se fait en comptabilisant les pages lues. L’éditeur n’est pas payé si un abonné télécharge une œuvre et ne la lit pas, ou même s’il la commence sans la finir :

« C’est un excellent moyen, selon nous, de rémunérer la qualité : si un lecteur lit par exemple plusieurs fois le même livre, l’éditeur touchera plus d’argent, contrairement à l’achat d’un livre qu’on peut lire et relire pour le même prix. »

 

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