Économie 

L’Université de Lyon devient une « communauté » d’établissements… encore bien floue

actualisé le 21/07/2014 à 23h13

Cette fois c’est officiel : la Communauté d’Universités et d’Etablissements Lyon-Saint Etienne (Comue) va remplacer le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES). Les statuts ont été votés à l’unanimité par le conseil d’administration de l’Université de Lyon. Les présidents de ces universités sont revenus sur le projet lors d’une conférence de presse ce mercredi, pour tenter d’en faire le portrait d’une machine de guerre de l’enseignement supérieur.

Présidents des établissements membres de la COMUE

Présidents des établissements membres de la COMUE

 

PRES, COMUE, kesako ?

Le président de l’Université de Lyon, Khaled Bouabdallah, voit une grande évolution entre le PRES et la COMUE :

« Le modèle de gouvernance de la COMUE est plus puissant et implique davantage les établissements, c’est un catalyseur des actions collectives ».

Selon lui, les chefs d’établissement participeront à un exécutif resserré qui favorisera une gouvernance et une appropriation collective de l’ensemble de ses membres.

Son statut juridique d’Établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP) doit permettre de « donner un cadre plus ambitieux » aux projets de l’Université. Outre ce changement de statut juridique, la marque unique restera celle de l’Université de Lyon (n’en déplaise aux Stéphanois).

 

Être dans le top 10 des universités européennes

A terme, la COMUE doit faciliter la principale ambition de l’Université de Lyon : devenir l’une des dix meilleures universités européennes. Pour atteindre ce but, Khaled Bouabdallah, président de l’Université de Lyon, se donne 5 à 10 ans.

Jacques Comby, président de l’Université Lyon 3, renchérit :

« Je suis fatigué qu’on nous dise qu’on n’est pas assez visibles. On a déjà de très bons partenariats à l’international, avec des leaders mondiaux comme Shanghai et Sao Paulo. On a juste besoin d’organiser mieux notre visibilité internationale ».

Et pour cela, il s’agirait donc d’attirer les meilleurs étudiants en construisant un pôle cohérent de l’Université de Lyon, axé sur une dynamique internationale. C’est par ces mots que Khaled Bouabdallah a vendu la COMUE :

 « Un nouvel instrument de coopération souple et efficace pour bâtir une université nouvelle, encore plus forte et encore plus attractive ».

Sorte de « super établissement » regroupant les écoles du supérieur d’une même région universitaire, la COMUE représentera  130 000 étudiants de Lyon et de Saint-Etienne. Parmi les établissements membres, on peut déjà retrouver Lyon 1, Lyon 2 et Lyon 3, l’Université Jean Monet de Saint Etienne, l’ENS de Lyon, Centrale Lyon, INSA de Lyon, Sciences Po Lyon et l’ENISE.

 

La COMUE ne fait pas l’unanimité

Malgré les ambitions affichées, la situation est loin d’être claire. Si Khaled Bouabdallah, évoque une moyenne de 80% de votes en faveur de la COMUE dans l’ensemble des établissements partenaires,  les avis n’étaient pas aussi tranchés au début du mois de juin.

Selon un communiqué du SNESup- FSU Lyon 2 :

« À Lyon 1, le CA a voté contre les Statuts de la COMUE (dans leur version 1), le 10 juin, le Comité Technique de l’INSA a voté à une très large majorité [2] contre les Statuts de la COMUE (version 3) ; le 10 juin également, le CT de l’IEP s’est abstenu unanimement sur les Statuts (version 3) – l’abstention valant ici un avis négatif. »

L’opacité du projet est principalement visée, tandis que les plus cléments demandent un moratoire d’un an pour débattre sur les formes de regroupement envisageables.

 

L’harmonisation des universités non débattue

Car rien n’est encore précisé sur le catalogue de cours qui sera proposé aux étudiants ou sur les équivalences de diplôme. Quelles seront les conséquences de l’harmonisation de l’offre des campus ? Point de réponses, mais une vague promesse du président de l’Université de Lyon :

« Chaque établissement gardera son fonctionnement propre, avec son personnel, ses chercheurs et ses étudiants ».

Les présidents ont toutefois évoqué la possibilité d’avoir des passerelles entre les différents établissements, notamment entre écoles et universités.

La question des doublons des matières proposées par les universités n’aurait pas encore été débattue. Ce qui n’empêche pas Jacques Comby d’assurer :

« Il ne doit pas y avoir de problème de concurrence entre les trois établissements, nous sommes tous la COMUE, il ne faut pas l’oublier ».

Cela semble être le mot d’ordre du jour, auquel se rallie volontiers Jean-Luc Mayaud, président de Lyon 2 :

« On discute depuis longtemps même si cela ne se voit pas et n’est pas déballé sur la place publique. Nous devons encore travailler pour constituer une offre de formation et de recherche cohérente par rapport aux autres formations, ce qui n’empêche pas à chaque établissement de garder son originalité. Lyon 2 ne perdra pas son âme. »

Avec un vote de 22 voix sur 27 favorables aux statuts de la COMUE, Jean-Luc Mayaud espère faire taire ses détracteurs. Et conclut : « C’est une très belle aventure à venir. »

La nouvelle gouvernance (conseil d’administration, conseil académique, présidence) sera mise en place dès le premier semestre 2015. Espérons que le projet sera plus clair d’ici là.

 

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