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L’usine à salades fera-t-elle l’agriculture du futur, en milieu urbain ?

actualisé le 06/06/2016 à 22h37

Préfigure-t-on ici le futur de l’agriculture urbaine, pour nourrir les métropoles dévoreuses d’espaces naturels ? La société Fermes Urbaines Lyonnaises, en partenariat avec l’INSA, veut lancer une véritable usine à salades. L’idée est de produire en vertical dix fois plus de salades qu’en plein champ et avec 80% en moins de pesticides.

Crédits FUL

L’usine à salade imaginée par la Ferme Urbaine Lyonnaise © FUL

C’est la première initiative de ce genre lancée en France par la SA Fermes Urbaines Lyonnaises, sur le modèle d’une entreprise belge.

« Une usine en ville, avec la plante au cœur du dispositif », lance l’urbaniste et historien Philippe Audubert pour présenter le projet qu’il a imaginé avec ses associés Didier Gaydou, architecte, et Christophe Lachambre, un financier.

La première phase d’étude de faisabilité vient d’être achevée par l’équipe de 37 personnes. Les résultats semblent prometteurs. La Ferme Urbaine Lyonnaise (FUL) se concentrera d’abord sur la production de salades, avant de s’étendre potentiellement à d’autres légumes et plantes aromatiques.

 

L’usine à salades n’est qu’un début

Pourquoi la salade ? Philippe Audubert explique :

« C’est l’un des aliments emblématiques de l’alimentation des Français qui en consomment sept kilos par an. Nous l’avons également choisie car il est relativement simple à cultiver ».

© FUL

La FUL expliquée en dessin. Cliquez sur l’image pour agrandir © FUL

Le projet contient deux principaux défis.

Le premier est de proposer une plante de qualité avec 80% en moins de pesticides, tout en réduisant de 90% la consommation d’eau par rapport à l’agriculture conventionnelle. Pour un peu, les salades seraient bio si elles n’étaient pas produites hors-sol.

Pour cela, l’équipe a misé sur la verticalité. Pendant un cycle de sept semaines, les plantes seront élevées d’un étage à l’autre via un système de tapis roulant, jusqu’à atteindre leur maturation. Au total, 90 000 salades pousseront dans des gouttières sur une surface au sol de 1000 mètres carré de production. Point de lumière naturelle, mais un éclairage LED adapté aux besoins des salades.

La FUL pourrait produire jusqu’à 283 salades par mètre carré par an, soit dix fois plus qu’une production agricole en plein champ.

L’autre enjeu est de promouvoir la distribution en circuit court.

Philippe Audubert précise :

 « Une salade en France fait en moyenne 1000 kilomètres avant d’arriver dans nos assiettes. 60% de leur coût est lié à cette logistique. »

Les salades de la FUL seront donc uniquement commercialisées sur le territoire lyonnais. Si on compare avec un projet belge similaire, une salade coûterait de 0,90 centimes à 1,80 euros.

Les salades seront vendues encore « vivantes », c’est-à-dire avec leurs racines. Elles pourraient ainsi être consommées pendant quinze jours, contre huit pour une salade normale.

 

« Une solution urbaine pour faire face aux défis environnementaux »

Christophe Lachambre voit la FUL comme une solution d’anticipation pour répondre aux défis environnementaux. Il imagine :

« Cela pourrait être un pansement urbain le long des périphéries ou sur les sols pollués. »

Grâce à sa consommation d’eau de pluie en circuit fermé, la ferme a en effet été conçue pour ne rien rejeter dans l’environnement. Son coût énergétique est également faible, puisque les déperditions énergétiques des bâtiments alentours seront réutilisées.

La production étant en hors-sol, la ferme pourra également être nomade et se développer à l’international.  Et Christophe Lachambre d’assurer :

« Il est essentiel de mutualiser les espaces et les énergies dans un contexte de croissance de la population, de raréfaction des ressources et de changements climatiques.»

 

Quels investisseurs pour l’usine à salades ?

Un projet qui fait rêver sur le papier, bien qu’il ne soit pour l’instant qu’à la phase d’ébauche. Le montant de son budget n’a pas encore été révélé.

Philippe Audubert reconnaît  que « le point faible de la FUL est son coût de production ».

L’initiative a pourtant séduit bon nombre de partenaires. Les écoles de l’INSA et l’ISARA en premier lieu, mais aussi des acteurs privés comme le groupe Bonduelle. La ville de Lyon devrait également aider l’équipe à trouver un territoire où s’implanter. Les toits du centre commercial de la Part-Dieu pourraient être l’une des possibilités mais « cela reste au stade du fantasme », selon Philippe Audubert.

Prochaines étapes : la réalisation d’une étude de faisabilité, ainsi qu’un business Plan en automne pour prévoir une levée de fonds. Un premier bâtiment « démonstrateur » pourrait voir le jour courant 2016 dans l’agglomération lyonnaise.

 

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