Vigies 

Corée-Algérie : Le témoignage de la victime de la présumée bavure policière à Lyon

actualisé le 17/09/2014 à 12h06

SUR LE NOUVELOBS.COM

Omar, 22 ans, habite à Vienne, dans l’Isère, et travaille dans le domaine ferroviaire. C’est l’homme au pantalon blanc que l’on voit recevoir un coup de pied de la part d’un policier alors qu’il est allongé sur le sol, sur la droite du pont, dans la vidéo filmée à Lyon, après la victoire de l’Algérie sur la Corée.

Le parquet a ouvert une enquête, confiée au pôle disciplinaire de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP). Et le jeune homme a porté plainte, après avoir reçu quatre jours d’ITT.

Le Nouvel Obs a recueilli son témoignage.

« À genoux, mains sur la tête ! »

« J’étais avec deux amis, dans le centre de Lyon. Nous avions décidé d’aller voir les supporters algériens manifester leur joie. Après avoir effectué une boucle par le pont Wilson, nous longions le Rhône pour rejoindre ma voiture afin de rentrer chez nous. Le pont de la Guillotière était fermé par les CRS. J’ai demandé à l’un d’eux si je pouvais traverser pour gagner mon véhicule, mais il m’a poliment répondu que non. En rebroussant chemin j’ai vu sur le sol une quantité phénoménale de balles de Flashball, ainsi que des morceaux de bombes lacrymogènes tirées par la police. J’étais impressionné. Je me suis dit : ‘Tiens, je vais en ramener chez moi’. Et j’ai pris dans ma main une balle en caoutchouc et les deux morceaux d’une bombe lacrymo utilisée, devant le CRS à qui j’avais parlé, sans qu’il ne me dise quoi que ce soit.

On s’engageait dans le pont Lafayette (il s’agit en réalité du pont Wilson, ndlr), quand tout à coup, plein de voitures de police débarquent. Un vrai film d’action. L’une d’elle s’étant stoppée à mon niveau, je lève aussitôt les bras en l’air et je m’immobilise. Mes amis, qui marchaient devant moi, prennent peur et s’enfuient. Un policier sort alors de la voiture en hurlant, un gros Flashball à la main : ‘À genoux, mains sur la tête !' »

« Les policiers redoublaient de coups en leur disant : ‘Ferme ta gueule' »

« Il y avait trois jeunes qui marchaient derrière moi, ils n’avaient rien dans les mains, ils ne faisaient rien de mal, ils discutaient simplement. Et alors que nous étions par terre, je vois deux policiers qui passent à ma droite avec des matraques télescopique et, là c’est un véritable lynchage : coups de matraques, coups de pompes et tout ce que vous voulez. Ils se sont fait massacrer : je pèse mes mots.

J’étais silencieux. Mais eux n’arrêtaient pas de dire : ‘Pourquoi vous nous tapez ? Qu’est-ce qu’on a fait monsieur ?’ Et les policiers redoublaient de coups en leur disant : ‘Ferme ta gueule’. »

« Un grand coup de pied dans les côtes pour que j’aille plus vite »

« De mon côté, j’étais par terre, mains sur la tête et à ce moment-là, je comprends qu’il n’y a plus de principes, plus de morale, qu’ils sont là pour se défouler. On se serait cru à Bagdad. J’ai pris peur, je me suis dit : « Je vais me faire tuer moi aussi. Ils n’avaient rien, ils sont en train de se faire lyncher, alors qu’est-ce qui va m’arriver à moi ? » Alors, sur le coup de la panique, je décide de lâcher ce que j’ai dans la main.

Le policier me dit : « Ramasse ce que t’as lâché ».

J’obéis, je reprends la balle de Flashball et un des deux morceaux de bombe lacrymo, l’autre étant trop loin, en disant : « D’accord, pas de problème, calmez-vous. » J’avais peur.

Il me dit : « Rampe vers tes collègues » (que je connais même pas). Je réponds : « Pas de problème ». Je commence à ramper. Et là, d’un coup, il me mets un grand coup de pied dans les côtes pour que j’aille plus vite.

Aussitôt, je lâche tout ce que j’ai dans la main, et je me protège la tête. Ensuite il me mets un coup de poing dans le dos et me soulève par le t-shirt pour me faire avancer plus vite. »

« Je suis un Français d’origine algérienne, et fier d’être Français »

« Le Nouvel Obs : Comment réagissez-vous au débat qui a suivi la publication de la vidéo ?

– Qui sont les gens pour dire ce que j’ai fait avant de recevoir ces coups ? Qu’est-ce qu’ils en savent ? Je ne cautionne pas les gens qui cassent les biens d’autrui, qui créent des troubles… Je déteste ça. Je ne veux pas non plus que la vidéo devienne une raison pour dégrader des biens publics et manquer de respect aux forces de l’ordre. Je ne dis pas que tous les policiers sont comme ça. Comme ce ne sont pas tous les supporters qui cassent tout. Je ne cautionne aucune violence. Je suis un Français d’origine algérienne, et fier d’être Français. J’ai eu mon bac avec mention ! Je ne suis pas un voyou. »

 

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