Appartement 16
  • 14:38
  • 11 juin 2014
  • par Matthieu Beigbeder

MT180 : « Les solutions à Parkinson se trouvaient dans le trou du cul d’un ver »

15398 visites | 25 commentaires

Le principe du concours « Ma thèse en 180 secondes » est, au premier abord, antinomique : réduire des mois, voire des années de recherches scientifiques en un récit limpide et drôle ne dépassant pas trois minutes. Sur le campus de La Doua, 15 candidats, tous déjà lauréats de leur région respective et tous doctorants bûcheurs, se sont succédé sur la scène. Rue89Lyon est allé se casser les neurones et vous présente son propre classement des thèses présentées.

« Je déclare ouverte la finale nationale de « Ma thèse en 80 secondes » ». C’est après que son erreur (les thèses sont présentées en 180 secondes, et pas 80) a été bruyamment corrigée par l’assemblée, que Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a lancé la deuxième finale nationale du concours, « MT180 » pour les intimes.

Geneviève Fioraso, secrétaire d'Etat en charge de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, lors du concours de "Ma Thèse en 180 secondes", à Lyon, le 10 juin 2014.

Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, lors du concours de « Ma Thèse en 180 secondes », à Lyon, le 10 juin 2014.

La thèse la plus productiviste

Thomas Loyau fait partie des trois candidats mâles sélectionnés pour la finale. C’est également le seul qui fut applaudi rien qu’à la lecture de son énoncé de thèse :

« Etude intégrative des effets à long terme de l’acclimatation embryonnaire à la chaleur sur le métabolisme du poulet de chair, en vue d’une application d’élevage adaptée aux pays chauds et au réchauffement climatique ».

Une fois la frayeur passée, son objectif se révèle en réalité plutôt clair : produire plus de poulet, notamment pour les pays chauds (comprendre : les pays africains). Problème : « le poulet ne supporte pas la chaleur », expose Thomas, un sourire ironique aux lèvres. Sa solution : l’acclimatation embryonnaire à la chaleur.

« En clair, on augmente de façon cyclique la chaleur dans les couveuses. Et on s’est aperçu que les poulets ayant grandi comme ça supportaient mieux la chaleur. Ils ont, entre autres, développé des vaisseaux sanguins qui leur permettent de mieux dissiper la chaleur ».

Ainsi, acclimatés aux températures des « pays chauds », ces poulets mutés pourraient bien se transformer en poules aux oeufs d’or pour notre thésard.

La thèse la plus gauchiste

Elle nous vient de Chrystelle Armata, candidate représentant la région Rhône-Alpes. Cette étudiante de l’université Lyon 3 bûche sur « la loyauté probatoire à l’épreuve des nouvelles technologies ». Dit comme ça, ça n’a pas grand chose de gauchiste, mais si on prête une oreille attentive, on perçoit des allusions assez troublantes :

« Prenons un exemple. Appelons-le… Nicolas. Disons… disons qu’il a exercé de hautes fonctions ministérielles et, disons… qu’il a été placé sur écoute. Imaginons, enfin, qu’on découvre qu’il échange avec, voyons… son avocat, sur des faits frauduleux. Ces preuves sont-elles loyales ? La police peut-elle se servir des écoutes comme preuves ? »

L’exemple fut tellement frappant qu’on eut dit qu’il était vrai. Notre candidate s’intéressait, plus généralement et plus sérieusement, à l’impact des caméras de surveillance et des écoutes – comme celles de la NSA – sur le fonctionnement de la Justice. Et à leur impact sur notre vie privée.

Chrystelle Armata, candidate de la région Rhône-Alpes, reçoit le troisième prix du jury lors du concours de "Ma Thèse en 180 secondes", à Lyon, le 10 juin 2014.

Chrystelle Armata, candidate de la région Rhône-Alpes, reçoit le troisième prix du jury, à Lyon, le 10 juin 2014. ©Matthieu Beigbeder/Rue89Lyon

Jouant à domicile, elle a reçu le troisième prix du jury dans un tonnerre d’applaudissements. Elle gagne dans la foulée un billet pour la finale internationale, qui aura lieu à Montréal les 24 et 25 septembre prochains.

La thèse la plus pénible

Vous n’aimez pas la géographie ? Vous n’aimez pas non plus l’histoire ? Accueillez comme il se doit Nicolas Marqué, finaliste Midi-Pyrénées, qui fait une thèse en géohistoire, intitulée :

« De la ville de parlement à la capitale régionale ; Géohistoire de Toulouse et des villes de parlement (fin du XVIIe siècle – premier tiers du XIXe siècle), des centres administratifs et judiciaires d’Ancien Régime et leur redéfinition après la Révolution »

Une fois la pilule avalée, on reconnaît volontiers les qualités de pédagogue du candidat, qui a bel et bien réussi à captiver le public. L’objectif de sa thèse est de comprendre les transformations économiques qui ont eu lieu dans des espaces bien définis d’une ville (en l’occurrence Toulouse) et ce, dans le but de fournir des données précises aux décideurs d’aujourd’hui.

La thèse la plus sensuelle

C’est Noémie Mermet, finaliste de la région Auvergne, qui la présente, avec un thème alléchant : « implication des récepteurs 5-HT2A dans la modulation des interneurones PKCy dans un contexte d’allodynie. »

De concert avec la météo du moment, notre candidate nous parle de coups de soleil, et établit un constat édifiant :

« Lorsqu’on vous caresse sur le bras, c’est assez agréable. Mais lorsqu’au même endroit, vous avez un coup de soleil et qu’on passe la main dessus, ça peut être très douloureux ! Imaginez alors que vous ressentiez cette douleur tout le temps, à certains endroits, alors que vous n’avez même pas de coups de soleil. C’est ce qu’on appelle l’allodynie permanente. Imaginez ne plus recevoir de caresses, de baisers de vos proches à cause de cette maladie. »

Une fois les larmes essuyées, place aux explications : chez une personne non atteinte d’allodynie, la sensation tactile (non douloureuse) passe par des capteurs, qui envoient des signaux à des neurones situés dans notre moelle épinière. Ces neurones vont envoyer l’information à des neurones du cerveau, dans un endroit réservé au traitement de l’information tactile.

Noémie Mermet reçoit le deuxième prix du jury de "Ma thèse en 180 secondes", finale nationale. © Matthieu Beigbeder/Rue89Lyon

Noémie Mermet reçoit le deuxième prix du jury de « Ma thèse en 180 secondes », finale nationale.
© Matthieu Beigbeder/Rue89Lyon

Lors qu’on se pince ou on se brûle, ce sont d’autres capteurs qui se chargent d’envoyer l’information à d’autres neurones de la moelle épinière, puis au cerveau, qui analyse tout ça dans un autre endroit, celui-ci réservé à la douleur.

« Chez les personnes atteintes d’allodynie, une information tactile est captée au niveau de la moelle épinière par des neurones fourbes, les PKCgamma, qui vont l’envoyer vers la zone du cerveau réservée au traitement de la douleur. »

Et d’expliquer que l’objet de sa thèse est de comprendre comment ces neurones « fourbes » s’activent. En n’oubliant pas de nous rappeler de mettre de la crème solaire lorsqu’on se rend à la plage. Après s’être fait invitée par le présentateur du concours à l’accompagner effectivement à la plage, Noémie a reçu le deuxième prix du jury et part, elle aussi, pour Montréal.

La thèse la plus world

La palme revient à Marion Decome, candidate du Languedoc-Roussillon, dont le thème « la représentation des Chinois dans la littérature, de Balzac à Henri Vernes », pouvait mettre quelques barrières à cette récompense.

À travers une explication imagée, longeant un fil rouge nommé « Wang », soit le « Chinois-type », notre candidate a réussi à nous convaincre de la nécessité d’une remise en cause de notre représentation des habitants de la Chine.

« Henri Vernes l’a [Wang] fait passer pour un idiot dans plusieurs romans ! En réalité, le Chinois nous faisait peur. Comme les gens ne le connaissait pas très bien, ils s’en fichaient de raconter et surtout de lire n’importe quoi à son sujet. Tout au long de plus d’un siècle de littéraire, on a façonné notre façon de considérer les Chinois. L’objet de ma thèse est de donner à réfléchir sur la façon dont on les perçoit. »

La thèse la plus ragoûtante

C’est Marion Denorme, première candidate à passer devant l’auditoire, qui a remporté les suffrages de nos appétits. Cette étudiante normande planche sur les « traitements anti-angiogéniques pour la prise en charge des phéochromocytomes. » Marion s’est habilement servie d’une comparaison entre un crabe et une tumeur pour nous persuader de l’utilité de sa thèse.

Les phéochromocytomes, ce sont les tumeurs, parfois malignes, parfois non. L’angiogénèse, c’est l’irrigation de la tumeur par les vaisseaux sanguins. In fine, Marion explique que la cellule cancéreuse se sert de ces vaisseaux sanguins pour se nourrir, et donc pour grossir :

« C’est comme si vous appeliez toutes les pizzerias de la ville pour les manger devant votre série préférée. »

Et le crabe dans tout ça ? C’est l’image de la tumeur et de ses vaisseaux sanguins. Quand l’angiogénèse est très développé, on peut imaginer « un crabe à mille pattes ».

« Au final, on bat une tumeur comme on mange un crabe : en commençant par les pattes. »

La thèse la plus barrée

La palme revient à l’unanimité, de l’avis du public et du jury, à Marie-Charlotte Morin, candidate représentant l’Alsace. Avec un humour « Florence Foresti » assumé, elle a réussi à rendre hilare l’auditoire dans son ensemble en nous parlant du « rôle des protéines lin-15A et rétinoblastome dans la reprogrammation cellulaire directe in vivo chez C.elegans« . Ce qui n’était pas franchement une mince affaire.

Il faut dire que le sujet prêtait au manque de sérieux : « C.elegans« , c’est le sobriquet d’un ver, « qu’on trouve un peu partout, notamment dans les pommes pourries ». À l’intérieur de cet invertébré, et plus précisément dans son rectum, une cellule. Celle-ci peut se constituer en neurone parfaitement fonctionnel.

« Ne supportant plus son destin de cellule de rectum, elle devient PDG de la boîte ».

Même si, après son show, elle mesure cette découverte en confiant que « le jour où on arrivera à recréer toutes les connexions qu’il lui faut, à ce neurone, ce n’est pas demain la veille ».

Marie-Charlotte MORIN, candidate de la région Alsace, reçoit le premier prix du jury. ©Matthieu Beigbeder/Rue89Lyon

Marie-Charlotte MORIN, candidate de la région Alsace, reçoit le premier prix du jury.

Il n’empêche : grâce à cette découverte, Marie-Charlotte fait un pas de plus vers la reconstruction neuronale, et donc vers la guérison de maladies dégénératives comme Alzheimer. Et voit plus loin : le reconstruction de cellules de la moelle épinière, qui pourrait permettre, à terme, de refaire marcher des personnes handicapées. Et de conclure sur scène, sobrement :

« Finalement, toutes les solutions à Parkinson ou Alzheimer se trouvaient dans le trou du cul d’un ver ».

Marie-Charlotte a reçu le premier prix du jury, ainsi que le prix du public. Elle prend l’avion en septembre prochain pour Montréal, afin qu’elle et son petit ver représentent la France à la finale internationale.


Partager cet article


Soutenez Rue89Lyon Vous avez apprécié cet article ?
Abonnez-vous pour que Rue89Lyon puisse
en produire d'autres et plus.

Publicité

À vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 characters available

25 Commentaires postés

  1. Bravo ! Pour le traitement, la restitution de l’humour et pour avoir corrigé une seconde fois madame la ministre.

  2. Plusieurs choses m’échappent.

    Pourquoi 180 secondes seraient un bon format pour rendre compte d’une thèse de doctorat en cours, et pour qui et dans quel but cela serait un bon format?

    A la rigueur je dirais que votre article montre que ce format est valable pour faire un article court, léger et ironique (la pénible science peut être marrante) sur un webmédia, mais est-ce le but de la recherche fondamentale ou appliquée de se plier au niveau de temps de cerveau disponible du grand public ? Est-ce que cette compatibilité de speed-dating en quelque sorte, justifie d’en faire une info ?

    Mais peut-être que cette question passera pour trop sérieuse pour un journaliste actuel, au regard de ce qu’il pense être les attentes des lecteurs.

    Sur le fond on n’a pas appris grand choses, 4 résultats dans leur grandes lignes et à quoi cela pourrait peut être servir (avec beaucoup de si…), alors que ce qui est central tient aux modes de démonstration (vérifiables et reproductibles, permettant de discriminer des paramètres, éventuellement transposables) concernant des rapports de causes à effets.
    C’est sans doute distrayant, la science a l’air de devenir accessible, sauf que, dommage, ici ce n’est pas de la science, c’est du spectacle.

    L’autre question que je me pose porte sur le financement, le fric que les délégations régionales du CNRS et les universités de Lyon ont mis là dedans, à quoi d’autre aurait-il pu servir? Faire les guignols médiatiques nous assurera un retour sur investissement sous forme de contrat CIFRE? Je demande à voir.
    Ce que je vois surtout c’est qu’entre l’attaché de presse, le prestataire audio et vidéo, le coût de la salle, les prix (750, 1000 et 1500 euros si je lis bien sur les photos), les billet d’avion pour la finale et le reste, l’équivalent d’un poste d’ATER ou d’un an de contrat doctoral a sans doute été cramé mais c’est pas grave.

    Cette année, comme l’année dernière, j’ai eu un TD à 42 en présence réelle (et 45 inscrits) dans une salle avec 40 chaises (il parait qu’on n’a pas d’argent).
    Et vous, vous aviez une place assise pour ce spectacle financé par des universités lyonnaises (j’ose même pas vérifier si la mienne en était) et par feu mon ministère?

    Mais oui, vous avez raison, faut pas se prendre la tête, c’est fun, info légère suivante.

    Un maitre de conférences lyonnais.

    • vous êtes un peu pisse-froid, ce n’est pas en économisant ces sommes-là (dérisoires au vu de ce dont nous avons besoin) que vos conditions de travail seront améliorées, je trouve plutôt intéressant de faire la promotion, sous cette forme là pourquoi pas, du travail de chercheurs et de thésards brillants qui, eux, contrairement à vous, maître de conférence lyonnais, ne dînent pas tous à leur faim. nous attendons une grande réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche, une considération de la recherche fondamentale qui, en france, est réduite à sa portion congrue. toutes les bonnes initiatives se font à l’étranger et certainement pas dans votre TD à lyon, c’est ça qui est dommage.

      • Mmh, j’adore.

        « thésards brillant », ils n’ont pas encore soutenu me semble-t-il (« doctorants bûcheurs » ligne 5). Comment savez vous qu’ils sont brillants? Parce qu’ils sont en demi-finale d’un exercice parfaitement idiot? Vous en dirigez certains peut-être? Vous pensez qu’ils ont fait leurs preuves en 180 secondes? Je vous garantis que c’est pas ce genre d’exercice qui permet de savoir ce que vaudra leur mémoire, contrairement à vous j’ignore si ils le seront, je leur souhaite de l’être.

        « Ils ne dinent pas tous à leur faim », d’où le tenez-vous? Si vous êtes un des thésards participant à ce truc et que vous ne dinez pas à votre faim dites le, ça sera plus clair, sinon ne parlez pas au nom et à la place de gens qui ne vous ont très certainement rien demandé et assumez comme moi que vos opinions sont simplement personnelles (ce qui peut vous obliger à réfléchir à vos arguments…).
        Et quand bien même, supposons qu’ils ne manquent pas à leur faim, en quoi est-ce un argument en faveur d’une présentation en 180 secondes?
        Peut-être estimez vous que, parce que je critique cet exercice idiot visant parait-il à promouvoir la recherche, je suis contre toute promotion de la recherche (sophisme ordinaire)?
        Peut être pensez vous que si on a faim, on peut bien présenter sa thèse en tutu si ça permet de se faire connaitre ? (et que si on n’a pas faim on doit fermer sa gueule à ce sujet?).

        C’est quoi les « bonnes initiatives »? Je serai curieux de les connaitre et vous semblez tellement avoir envie d’en faire profiter tout le monde. Quel rapport avec mes TD ,à 42 présents ,qui sont « certainement » dépourvus de bonnes initiatives (comment le savez vous, vous avez assisté à mes cours?).

        • Et bien moi je rêve du jour ou on aura plus à s’asseoir dans vos TD, parce que les moocs auront remplacé les université lançant place à la vraie pédagogie. Ce même jour ou les thèses et les publications scientifiques seront destinées au grand public parce que les chercheurs auront enfin décidés de s’intéresser à la société. On aura enfin mis fin à un système ou certains font leurs études ainsi que leur carrière dans les universités, dans l’entre-soi et le jugement de ses pairs. Ce jour la je comprendrais enfin pourquoi on finance la production des connaissances. En attendant, merci à l’auteur de l’article de participer à la vulgarisation des sciences, a son ouverture sur le monde car le bénéfice de cette expérience et bien plus grande qu’une centaine de thèses confidentielle. Grand bien en fasse aux maîtres de conférences.

          • 1) Les moocs ce sont les universités qui les font.
            2) La pédagogie, c’est l’interaction.
            3) La science, c’est de plus en plus spécialisé, et la recherche de pointe ne sera jamais accessible au grand public;
            4) Le savoir sans effort, cela n’existera jamais.

          • @sissa
            1) Heureusement qu’il n’y a pas que les universités qui produisent des Moocs, sortez de votre bocal (une simple recherche sur internet).
            2) La pédagogie c’est avant tout la transmission, et certainement pas l’élitisme prôné par MÔSIEUR le maître de conférence.
            3) Oui la science est pointue, mais la science devrait aussi servir le grand public, pas uniquement les unités d’enseignements (encore une fois, sortez de votre bocal).
            4) Le savoir sans compétences (la communication en fait partie) ça ne sert rien (à part à publier dans les revues scientifiques bien évidemment)

        • Oui je prépare une thèse mais je n’e fais pas partie des gens qui ont participé à ce concours. Votre aigreur me fait penser à pas mal d’universitaires que je croise chaque jour et qui n’en ont rien à taper des étudiant, elle vous fait mal juger cette animation, cette méthode de communication qui n’a rien de dévalorisant. comment voulez vous qu’un site généraliste parle de ces travaux de recherche en dehors de ce type d’événement ? qui va parler de c.elegans si la chercheuse ne le présente pas de façon un peu audible. personne n’a dit que ces 180 secondes servaient à enseigner et à donner tout le champ du sujet, c’est d’une telle évidence. vous visez vraiment mal dans vos récriminations.
          Et oui, je pense que quelqu’un qui n’est pas capable d’aller chercher deux chaises dans la salle d’à côté pour ses étudiants ne déborde pas d’esprit d’initiative.

          • Je donne ma chaise et je fais le TD debout, car dans les autres salles ils cherchent aussi des chaises, mais surtout je ne vois pas le rapport entre des initiatives concernant la recherche fondamentale (début de votre phrase) et mes initiatives ou non-initiatives en TD.

            Est ce que vous avez lu la revue de presse sur le site de MT 180 (http://mt180.fr/presse)?
            Libération.fr fait la même accroche que Rue 89 : « « Les neurones du rectum chez le ver : vous avez trois minutes » », et deux autres articles nous réchauffent le vieux gag des chevaliers du lac de Paladru autour de l’an 1000. Le pitch est le même partout : la recherche c’est chiant sauf quand ça devient un spectacle au format Caméra café ou Kaamelott, avec les gags qui vont avec.
            Tous les articles puent la curiosité exotisante, les clichés ordinaires et la condescendance sympathique envers des doctorants qui s’adaptent à un format qui du coté de la presse, est implicitement posé comme celui qui convient pour le public.

            Je n’ai jamais prétendu que cela visait à de l’enseignement, l’article de Rue89 affirme que le principe est de « réduire des mois, voire des années de recherches scientifiques en un récit limpide et drôle ne dépassant pas trois minutes » et dans mon premier message je demandais justement en quoi, pour qui et dans quel but un format de 180 seconde pouvait être un bon format. Autrement dit, à quoi sert ce truc? Est-ce qu’on apprend quelque chose? De quoi les doctorants et la recherche ont l’air du coté de la réception?
            La revue de presse sur MT180 est instructive, mention spéciale pour la vidéo du Parisien et son hachis de bout de phrases de doctorants qui commence par « j’ai toujours rêvé d’être un super héro, mais ça tombe bien car être scientifique c’est jouer au super héro », le reste est à l’avenant : « plus la compétition avance et plus c’est du spectacle, au début on était plus sur le texte et sur le fond [image d’un doctorant sur scène se mettant de profil, sur un pied et se penchant en avant], maintenant que la concurrence là au national est assez difficile, et c’est vrai qu’il faut aussi jouer, oui, avoir une performance d’acteur. »

            Pourtant pas mal de média présente ça comme de la vulgarisation permettant de comprendre quelque chose (« Doctorants, expliquez vos recherches en moins de 3 minutes », nouvelobs.com). Qu’est ce qu’on a le temps de comprendre et d’expliquer en 3 mn, entre une com en plénière au format 45 mn, une com en atelier au format 15′ et un poster dans le couloir, quel est le format suffisant?

            Selon MT180 : « Ce coup de projecteur sur les jeunes chercheurs les invitera à développer leurs compétences en communication, mais permettra aussi de montrer le dynamisme de la recherche française », c’est de la com, c’est du néant.
            Pour développer ces compétences rien ne vaut un cours devant des L1 qu’on prend au sérieux (et au moins on est payé).
            Ce dispositif méprise les doctorants mais vous pensez que c’est moi qui les méprise, tant pis pour moi, tant pis pour vous.

          • … je lis votre joute verbale et voila si vous le voulez bien l’avis d une personne extérieure au monde de la recherche…
            franchement ce genre d événement m’a permis de me divertir tout en mettant un pied dans ce monde de « chercheurs  » comme on les appelle…
            Trombert, je vous rassure les personnes non initiées comme moi ne prenent pas des titres comme « le trou de balle du vertiaux, vous avez trois minute » pour argent comptant… Oui M le maître de conf, le public est capable d’avoir un esprit critique et du recul sur ce qu’il lit ou voit… je perçois en plus d’une certaine frustration dans vos propos de pauvre maitre de conf lyonnais témoin de la décadence scientifique, une certaine pédance envers les personnes non incluses dans votre cercle élitistes…
            pour moi, grâce à ces événements, les scientifiques améliorent leurs images et peuvent susciter de l’intérêt pour leurs rcherches c’est tout ça va pas plus loin… pourquoi se poser des questions sur la pertinence d un tel format? faites une étude randomisée et publiez pour le savoir, c’est votre truc ça non?
            et pour ce qui est de l’argent publique… pourrais je savoir combien touchez vous par mois svp? pour combien d’heure? en tant que contributeur en payant l’impôt, je suis content que vous touchiez un honnête salaire et déçu que vos cours manquent de chaises (ce qui me fait bien rire en passant)… mais je suis très content également que ces thésards soient également aidés…

            en tout cas je suis content de voir que le monde de la recherche évolue…
            voila…

    • Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement
      Et les mots pour le dire arrivent aisément…

      Après trois ans et plus passés sur un sujet, vous êtes quand même capables d’en expliquer l’intérêt en 3 minutes à votre voisin de palier, ou de comptoir, sinon qu’allez-vous en faire après que vos seuls lecteurs (les membres du jury) l’auront refermé ?

      • L’intérêt, oui; l’article que je commentais utilise d’ailleurs plusieurs fois le mot « objectif » (de cette recherche).
        J’ai regardé hier les 90mn de vidéo et repensé aux articles de presse mis en valeur sur MT180, visiblement pas mal de gens confondent exposé sur l’utilité sociale potentielle d’une recherche en cours, et vulgarisation scientifique, si en prime le fait de – je cite des expressions trouvées ici et sur la revue de presse de MT180 – « divertir », « bluffer » (comme avec un tour de magie?), « scotcher » sont des critères de qualité aux yeux des média ou d’une frange du public, cela me conduit à penser que ce format de 180 secondes et ce dispositif de compétition poussant au spectacle ne marchent pas pour faire de la vulgarisation et présenter correctement des activités de recherche.

        Les vidéos sont ici : http://mt180.fr/finale-nationale-34

        Tout revient à la question de la vulgarisation.
        Si la vulgarisation consiste montrer que vos impôts ont bien été utilisés (à quoi ça pourrait servir), il faut trouver un autre mot pour éviter toute confusion, habituellement on parle de retour sur investissement, d’évaluation d’activité, de recherche appliquée.

        Si la vulgarisation consiste à bien se marrer en entendant un doctorant faire preuve d’humour et d’autodérision pour présenter très vaguement un sujet de recherche exotique, MT180 est effectivement le dispositif parfait.

        Si la vulgarisation consiste à savoir qu’on vient de découvrir tel résultat (les têtes biens pleines dont parlait Montaigne), MT180 est déjà plus limite et nombre d’autres media sont disponibles pour cela.

        Si la vulgarisation scientifique consiste non pas tant à savoir que tel résultat existe, mais comment on s’y est pris, sous quelles conditions ou postulats on pense que le résultat est « vrai », comment et pourquoi ce résultat remet en cause ou s’articule bien avec d’autres connaissances (là c’est les têtes bien faites), MT180 ne vaut rien.

        Mais c’est sans doute de l’enculage de mouche et de la « pédanterie », quelqu’un qui a assisté à MT180 à eu plus haut l’argument qui tue : « pourquoi se poser des questions ».

        • @Trombert Vous posez beaucoup de questions, vous apportez peu de réponses, pas étonnant… Mais vous vous rendez bien compte que tout ne peux pas être mené avec la rigueur et la méthodologie de la recherche scientifique ?

          Si par vulgarisation on entend simplement (définition de base, pas vos délires fumeux…) la diffusion pédagogique des connaissances ou qu’elle doit permettre à chacun de se saisir des enjeux scientifiques, on est en plein dedans non ?
          MT180 propose, comme une bande annonce de film ou une couverture de livre, un aperçu ludique de ce qui est réellement produit.

          Vous n’avez rien contre les couvertures de livres j’espère ?

          • Mais pourquoi me posez vous une question si je délire et si je suis inapte aux réponses (et je passe sur les autres amabilités)?

            « MT180 propose, comme une bande annonce de film ou une couverture de livre, un aperçu ludique de ce qui est réellement produit. »
            > sauf qu’on accède pas à ce qui est réellement produit, je n’ai rien contre les couvertures de livres, mais celle-ci est détachée du livre (et connaissant un peu le contenu des bouquins dans certains domaines, je sais que la bande annonce, la couverture (ou la pub) est mensongère.

            SI vous voulez que ça soit comme une bande annonce, un truc qui motive et qui montre qu’on peut apprendre plus loin, il faudrait pouvoir poser des questions à la fin (une bonne demie heure de dialogue avec la salle), avoir une bonne demie-heure d’exposé avant, pouvoir utiliser plusieurs diapos, laisser tomber les métaphores (de mémoire, « solidarité photonique », « photons visibles faisant la courte échelle à des photons invisibles », je pense que ça embrouille plus qu’autre chose, d’autre part, plus la métaphore est jolie ou séduisante, moins elle pousse à se poser des questions), avoir des pistes bibliographiques à la fin.

            Les journalistes des rubriques sciences des quotidiens nationaux ont fait l’impasse sur MT180? Sur Libé, le Figaro et Le Monde se sont d’autres journalistes qui s’en sont chargés, Sciences et avenir a expédié le truc en une trentaine de lignes en mars à l’époque des pré-finales. Ceux qui sont supposés s’y connaitre en vulgarisation scientifique ont fait l’impasse sur ce désastre. Etrange, non ?

            Je n’exige rien de personne (je pense par contre que les gens méritent mieux et peuvent s’en rendre compte), je dis juste qu’il ne faut pas prendre ça pour autre chose qu’un spectacle dans lequel la connaissance n’est qu’un prétexte (c’est dit entre les lignes sur MT180 et par FIoraso à la fin : le but est d’améliorer l’image de la recherche et de sensibiliser les entreprises).

          • @Trombert La presse scientifique s’est désintéressée de MT180 ? OK. Mais voilà, le Monde du 18 juin – rubrique culture et idées – consacre une pleine page sur les conférences TED.

            Le jour où nous serons voués à adopter un modèle économique pour permettre la diffusion des connaissances, vous aurez tout gagné. Il faudra payer (plus) cher sa place, il y aura systématiquement des médias, des sponsors, et la certification de la connaissance se fera par l’expérience.

            En fait ce débat, auquel je participe pour la dernière fois, en dit long sur la manière de penser de certains chercheurs. Vous ne pouvez pas avoir seulement une vision académique.

            Donc, quand il y a de belles initiatives comme celle de MT180, qui est encore loin de ce que représente les conférences TED, la moindre des choses serait de ne pas trop dénigrer et de mettre de côté son idéologie (et ne pas taper sur les médias qui si intéressent – au passage). Le jour où une entreprise sensibilisée par ce qu’elle a vu de MT180, viendra vous proposer une coopération, où financer votre labo, vous serez de ceux qui vont cracher dans la soupe (je pose la question même si je n’attends pas de réponse) ?

          • « Le jour où nous serons voués à adopter un modèle économique pour permettre la diffusion des connaissances, vous aurez tout gagné. Il faudra payer (plus) cher sa place, il y aura systématiquement des médias, des sponsors, et la certification de la connaissance se fera par l’expérience. »

            Argument malhonnête qui revient à dire que c’est soit MT180 soit pire, et que si c’est pire ça sera de la faute de gens comme moi. Pourtant les universités tous âges ça me va, l’université de tous les savoirs ça m’allait (c’est même ça qui m’a fait reprendre les études), les Que sais-je et les Repères La Découverte, c’est souvent pas mal pour ce que j’en vois dans mon domaine, Sciences humaines c’est pas mal aussi. MT180 est plus « attractif » sur la forme? Ouais, mais c’est plus pauvre en termes de fond et la fibre de l’émotion semble peu propice à la réflexion et au recul sur ce qu’on entend. Idéologie, selon vous.

            « Le jour où une entreprise sensibilisée par ce qu’elle a vu de MT180, viendra vous proposer une coopération, où financer votre labo, vous serez de ceux qui vont cracher dans la soupe »

            On va déjà commencer par voir si ça arrive, vous introduisez dans votre proposition 3 hypothèses ad hoc pour critiquer ma position, alors que moi je parle d’un évènement qui a effectivement eu lieu (et avec beaucoup de présupposés ad hoc je pourrais vous démontrer qu’un autre dispositif, parfaitement hypothétique comme votre phrase, pourrait beaucoup mieux sensibiliser les entreprises, en évitant de surcroit tout une série de clichés sur les chercheurs).

            On glisse ici sur l’utilité de la vulgarisation pour faire avec les entreprises, si c’est le but, la presse aurait pu (dû?) en rendre compte pour que chacun se fasse son opinion plutôt que de scotcher sur l’exotisme et les poncifs. La finale n’est pas claire sur la valorisation en direction des entreprises et il faut lire les doc organisationnels mis en ligne par MT180 pour percevoir que c’est un des paramètres centraux de cette opération de com. On retombe sur l’utilité socio-économique de la sciences. La vulgarisation ne désignait pas ça à l’origine, elle visait à la compréhension des phénomènes physiques et sociaux ainsi qu’à la compréhension des méthodes, raisonnements et controverses qui les ont suscités ou qu’ils suscitent suite à la compréhension proposée, de façon à ce que les gens ne se fassent pas balader (par des pseudo scientifiques, ou au niveau des enjeux sociétaux).

  3. @Trombert : Allez on arrête l’expérience de vulgarisation (un gros mot pour vous visiblement) et on va acheter des chaises pour les TD. Je me suis renseigné sur vos publications, et elles gagneraient à être diffusées. Gardez tout cela pour vos étudiants de licence, il ne faudrait pas intéresser trop de monde non-plus. Pour vivre heureux, vivons cachés…

    • La présentation de Chrystelle Armata n’a vraiment rien de gauchiste, les faits sont énumérés en toute objectivité et à aucun moment la doctorante ne prend part pour une partie.
      Sa thèse parle d’adaptation, de remise en question du principe de loyauté probatoire et absolument pas de la remise en question des nouvelles technologie et de leur impact sur la vie privée.
      Bien au contraire, celles-ci sont indispensables et doivent être largement considérées.
      Il est quand même aberrant de voir qu’un journaliste ne soit pas capable de retranscrire des faits tels qu’ils ont été dit.
      Ou bien est ce un moyen de son rendre un média attrayant en critiquant à tout va ?
      Quoi qu’il en soit, un peu de soutien pour notre candidate Rhône-Alpes à travers vos lignes n’aurait pas été de trop pour un journal de la région.

      • Il manquerait plus que les canards locaux soient chauvins…

      • Rendre le média « attrayant » avec un intertitre : on aurait pu trouver mieux si cela avait été le but.

      • Attention, l’intertitre visé comporte une touche d’humour ! Je vous laisse trouver le pourquoi du comment dans son exemple sur un certain « Nicolas ».
        Pour ce qui est de l’énoncé de sa thèse, c’est bien le principe de loyauté probatoire qui est remis en question, je vous donne ce point. Mais ce principe est « à l’épreuve des nouvelles technologies ». Et notre chère Chrystelle s’interroge, par exemple, sur les écoutes de la NSA – les preuves d’éventuels complots terroristes, collectées chez des millions de personnes qui pour la plupart n’avaient rien demandé à personne, sont-elles loyales ? – ce qui, vous en conviendrez, touchent directement notre vie privée.
        Quant au chauvinisme, libre à vous de l’être 😉

  4. « Finalement, toutes les solutions à Parkinson ou Alzheimer se trouvaient dans le trou du cul d’un ver ».

    Ce qui nous renvoie à l’article de rue89 sur les bienfaits du fistfuking ?