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Faisons de Saint-Etienne la capitale de la future région Auvergne-Rhône-Alpes

Après l’annonce par le président de la République de la nouvelle carte des régions, les réactions ont été multiples notamment concernant, ici, la fusion entre l’Auvergne et Rhône-Alpes. Nous publions une tribune de Richard Nordier, sociologue – urbaniste. A 39 ans, il vit à Saint-Etienne et travaille à Lyon.

François Hollande en a décidé : l’organisation territoriale de la France va très bientôt se transformer en profondeur, en ramenant notamment le nombre de ses régions de 22 à 14.

Entre « mariages arrangés » et « unions de raison » , le regroupement de certaines entités régionales suscite d’ores-et-déjà de nombreux débats. Il faut dire que certaines pièces de ce nouveau puzzle sont bien surprenantes, tel ce vaste espace réunissant, d’un seul et même tenant, Limousin, Poitou-Charentes et Centre !

Quelques régions semblent néanmoins échapper au concert de critiques qui fusent de part et d’autre, tout du moins aux plus vives d’entre elles. C’est ainsi que le rapprochement de l’Auvergne et de Rhône-Alpes, s’il ne soulève pas spontanément un fort enthousiasme, est globalement accueilli avec bienveillance voire discernement.

Des liens bien réels existent en effet entre ces territoires, preuve en est par exemple l’étroite imbrication des départements de la Loire et de la Haute-Loire dont une large part des habitants partage un bassin de vie commun. Sans compter le sentiment d’appartenance – certes latent – que nourrissent mythes, histoire et terroirs depuis des générations.

Partout dans l’Hexagone, la localisation des futures préfectures de ces « super régions » est revendiquée sans attendre. Des rivalités se font ainsi jour entre Toulouse et Montpellier, Amiens et Reims ou encore Poitiers et Limoges. En Auvergne-Rhône-Alpes (puisque c’est ainsi que s’appellera, peut-être, ce territoire dans un avenir proche), la question ne se pose même pas. Lyon semble toute désignée pour accueillir l’assemblée de la deuxième région de France, tant du point de vue de la démographie que sur un plan économique.

Sur le point de devenir « métropole » en absorbant les compétences du département du Rhône dans son périmètre urbain, la capitale des Gaules se voit déjà asseoir son influence et son autorité sur le massif central.

Gare de Saint-Etienne Châteaucreux.

Gare de Saint-Etienne Châteaucreux. DR.

Lyon capitale de Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas une évidence

Si bien des éléments plaident en ce sens – au premier rang desquels « l’évidence » , dont il est cependant toujours sain de douter – d’autres sont en mesure de questionner ce parti pris.

La géographie, tout d’abord. Il suffit de poser son regard sur la carte des futures régions de France pour constater que le centre d’Auvergne-Rhônes-Alpes se situera non pas à Lyon mais bien d’avantage…à Saint-Etienne. Au cœur de la nouvelle entité, entre Clermont-Ferrand et Lyon, l’actuelle préfecture de la Loire disposera d’un emplacement stratégique de premier plan permettant d’éviter tout tropisme vers l’est et le nord. Elle sera par ailleurs accessible par l’ensemble des habitants de la région.

L’économie, ensuite. Cet argument pourrait prêter à sourire tant Saint-Etienne est souvent moquée pour son faible dynamisme lorsqu’on la compare à celui de la vibrante agglomération lyonnaise. Pour autant, la ville présente de réels avantages susceptibles de parler concrètement aux décideurs : des prix immobiliers parmi les plus bas de France, du foncier de disponible en quantité, un quartier d’affaires (Chateaucreux) en voie de consolidation à proximité immédiate de sa gare TGV, un autre dit « créatif » tourné vers le design (Manufacture-Plaine-Achille) à quelques encablures, un aéroport en plein développement, etc.

La sociologie, ou plutôt la morale enfin. Car c’est bien des deux qu’il s’agit. Ancienne cité industrielle et minière marquée par l’effort et le travail de sa population ouvrière, longtemps raillée pour sa noirceur, conspuée pour sa supposée laideur, la ville a durement souffert des reconversions que lui ont imposées les crises successivement traversées depuis quarante ans. A l’heure actuelle, elle n’échappe pas aux difficultés que rencontrent la France et l’Europe. En dépit d’une politique volontariste de renouvellement urbain, de la forte mobilisation des acteurs locaux et de la « résilience » de ses habitants, elle peine à trouver sa place dans un monde globalisé et hyper concurrentiel.

 

Redonner un second souffle à Saint-Etienne

La remise à plat de l’organisation territoriale du pays est une occasion unique de lui redonner un second souffle en la plaçant sur le devant de la scène d’un territoire auquel elle a beaucoup donné. En faisant de Saint-Etienne la capitale de la future région Auvergne-Rhônes-Alpes, les pouvoirs publics favoriseront à la fois l’équité territoriale, la justice sociale et la cohérence économique.

Ils équilibreront la répartition des richesses et des pouvoirs à l’échelle régionale et accélèreront le renouveau d’une ville qui en a aussi bien le potentiel que le besoin. Les exemples abondent, dans le monde, de territoires où les capitales administratives sont des villes de taille et de rayonnement inférieurs à ceux des centres d’affaires sans nuire à ces derniers. Cet argument, dont on peut penser qu’il sera le premier à être brandi par les opposants à cette idée, est donc d’emblée infondé.

En revanche, ceux en faveur d’une localisation de la préfecture d’Auvergne-Rhône-Alpes à Saint-Etienne restent à étudier sérieusement. La réforme ne fait que commencer.

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