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Jack Bauer, le retour

La figure totem des années 2000 force son entrée dans notre décennie l’air de rien, avec son assurance matoise comme seule caution. Attention, alerte spoilers, mais bon, c’était que les deux premiers épisodes donc vous allez vite vous calmer.

24 mai 2010. Au sortir d’une saison qui l’aura vu appliquer jusqu’à l’absurde ses principes d’intégrité inaliénable et de justice coûte que coûte, Jack Bauer disparaît de la scène en fugitif sous les regards douloureusement approbateurs de la Présidente Allison Taylor, de son boulet de progéniture et de sa platonic buddy Chloe. Condamné à fuir à travers le globe pour la deuxième fois après avoir foutu la zone à l’échelon géopolitique mondial, Jack n’esquive plus les Chinois mais l’adversaire historique des années Reagan, la Russie, qui arbore à sa tête un potentat mielleux et félon comme on n’en voit guère plus que dans les stupides blockbusters actuels. Jack Bauer a torturé du diplomate et de l’homme de main à tour de bras, avant de renoncer à sniper le Président Suvarov grâce aux suppliques de la méritante Chloe. Ses quinze années au service de la CTU se résument à la vidéo enregistrée par ses soins pour justifier de son acte manqué : les mecs, don’t believe the hype, je ne suis pas fasciste ou extrémiste, j’aime juste pas trop qu’on me la fasse à l’envers ou qu’on me force à partir sur de mauvaises bases (et pour être tout à fait honnête, j’ai mon tempérament).

Jack Bauer n’est en définitive le soldat de personne sinon de sa propre idée de la justice, dont la radicalité peut se défendre si tant est qu’on détourne le regard des moyens employés. Jack Bauer place le concept de République au-delà de tout clivage partisan ; il sert indistinctement Démocrates et Républicains pour peu que les bonshommes soient droits dans leurs bottes – le très modérément gauchiste David Palmer hier, le patriote bon teint Richard Heller aujourd’hui. Trahi, meurtri, Jack Bauer n’existe plus que pour rendre ses derniers comptes, en l’occurrence protéger la fière mais fragile Audrey, tout juste revenue de sa traumatisante capture par des Chinois forcément fourbes. Jack Bauer n’est l’ami de personne – c’est lui qui le dit dans ses premiers instants de retrouvailles avec une Chloe qui fait ce qu’elle peut pour encaisser le coup. Pour reprendre la réplique de Wayne’s World, si Jack Bauer était un médicament, ce serait un suppositoire.

Que s’est-il passé en quatre ans ? Les deux premiers épisodes de la saison 9, intitulée Live Another Day à la façon d’un James Bond des années 90, ne nous apprennent pas grand chose. Jack Bauer revient parce qu’il est en mission. Ses quelques rides en plus sont les seuls (et timides) témoins du passage du temps. Sa détermination et son efficacité n’ont fait que prendre en assurance. Il traîne à ses basques le taiseux criminel de guerre serbe Belcheck, alias l’homme de main générique qu’on sent prêt à trahir dès que le vent tourne. Chloe, de son côté, a complètement rippé Girl with the Dragon Tatoo avec le look gothique et les copains nerds qui vont avec. Genre, putain dude, le gouvernement nous a so screw up. Jack Bauer n’a pas le temps pour ces conneries Anonymous-friendly et en un quart d’heure chrono, sa team humilie les méthodes de toutes les agences de renseignement mondiales en dénichant des enfoirés de terroristes tout cheapos dans leur appartement à la tapisserie dégueulasse. En petite forme, Jack Bauer n’en tuera que trois.

Côté casting, 24 reste fidèle à ses principes en alignant des trognes dont on ne se rappelle jamais le nom mais qu’on est certain d’avoir déjà vu quelque part. Introducing : Tate Donovan, le mec qui essayait de pécho Rachel dans la saison 4 de Friends, dans le rôle du nouveau boyfriend d’Audrey qui aimerait bien refourguer Jack Bauer aux Russes (probabilité de traîtrise : 50 %). Benjamin Bratt, le flic morgane d’Halle Berry dans Catwoman, dans le rôle du boss a priori pas super compétent de la CIA à Londres (probabilité de traîtrise : 40 %). Michael Wincott, le bad guy de The Crow, Strange Days, et plein d’autres trucs, dans le rôle d’un hacker à écharpe (probabilité de traîtrise : 90 %). Enfin, comme à sa savoureuse habitude, 24 réserve ses plus beaux rôles aux nouveaux personnages féminins, avec ni plus ni moins que Michelle Fairley, tout juste revenue de ses problèmes de gorge dans Game of Thrones, et Yvonne Strahovski, tout juste revenue de la fausse mort pourrie de Dexter (probabilité de traîtrise : <3).

La vedette reste Jack Bauer. Les figures tutélaires du show (le bourrin Jon Cassar à la réalisation en tête) n’ont d’yeux que pour son monolithisme émotionnel ravalé ici à sa plus basique et pragmatique expression. Jack Bauer est un roc, Jack Bauer est une île. Jack Bauer se prend une balle en fin d’épisode 2, mais son corps devrait avoir cicatrisé d’ici une demi-heure. Jack Bauer dévoilera peut-être un soupçon d’évolution psychologique induit par une cavale de quatre années, mais rien n’est moins sûr.

La structure dramaturgique du show demeure inchangée, avec ses installations piégées, sa suspicion permanente du moindre figurant, et ses figures obligées les plus neuneus malencontreusement inspirées du soap opera. Seule modification à l’horizon, l’assise dans un contexte plus tangible : l’attentat se déroule dans un vrai pays, là où les créateurs de la série avaient généralement recours à une nation fictive (comme le Sangala dans la saison 7), et le fond de l’intrigue se base sur la polémique autour de l’usage des drones sur les populations civiles. Il est encore trop tôt pour deviner s’il s’agit d’un authentique parti pris ou juste d’un effet de manche pour capter le spectateur ; comme il est encore trop tôt pour jauger de la qualité de cette nouvelle livraison. Après les sommets d’iconisation atteints dans la saison 8, Jack Bauer fait son retour tranquillement, comme s’il ne s’était finalement pas passé grand chose. L’efficacité du show, éprouvée jusque dans son pourtant placide remake indien, est toujours là, attendant juste LE moment qui pourrait le faire passer du statut de commande honorable à celui d’expérience mémorable.

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L'AUTEUR
François Cau
François Cau
Expendable chez So Film.
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