Société 

Villeurbanne installe des caméras… sans se convertir à la vidéosurveillance

actualisé le 17/04/2014 à 15h38

Villeurbanne était, jusque là, l’une des dernières grandes villes à ne pas disposer de caméras de vidéosurveillance municipales. Son maire PS, Jean-Paul Bret juste réélu, se faisait le chantre d’une sécurité obtenue sans ce moyen. Depuis la semaine dernière, des travaux sont en cours dans sa ville pour installer six caméras.

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Le maire de Villeurbanne, Jean-Paul Bret en septembre 2013 © Rue89Lyon

Le villeurbannais Jean-Paul Bret faisait partie des rares maires de grandes villes à refuser encore l’installation de caméras de vidéosurveillance dans les rues et sur les bâtiments publics.

Récemment encore, pendant la campagne municipale, il avait réaffirmé lors d’un débat qu' »il n’y avait pas de différence entre les chiffres de la délinquance d’une ville qui dispose de caméras de vidéosurveillance (comme Lyon) et ceux d’une ville qui n’en a pas (Villeurbanne) ».

Il reprenait les conclusions d’un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) de Rhône-Alpes datant de juillet 2010.

 

Jean-Paul Bret qualifiait lui aussi la vidéosurveillance de « fiasco »

Avant ce texte, il avait même écrit une tribune parue dans Le Monde où il se faisait le porte-parole des principales réserves émises sur les dispositifs de vidéosurveillance actuels :

« En tant que maire de Villeurbanne, j’ai émis des réserves sur la pertinence de la vidéosurveillance. Je ne cultive pas les oppositions de principe. Je pense même qu’en quelques cas de figure elle peut s’avérer efficace, notamment dans des espaces clos. Mais – et tous les analystes le disent – elle ne peut pas être présentée comme un remède miracle, sachant que même Scotland Yard la qualifie de « fiasco ». Parmi les études menées par de nombreux chercheurs, appartenant à différentes disciplines, aucune ne permet de conclure à une efficacité quantifiable ».

A la suite de ces déclarations, certains avaient pu conclure qu’il n’y aurait jamais de caméras municipales à Villeurbanne, sous le mandat de Jean-Paul Bret.

 

Six caméras de vidéosurveillance pour deux espaces « clos »

Ceux-là avaient mal compris le propos, explique aujourd’hui la municipalité. Comme l’a relevé le Progrès dans son édition du 14 avril, des travaux sont en cours pour installer six caméras de vidéosurveillance :

  • 2 caméras sur le parking du parking Gratte-Ciel
  • 4 caméras sur le parking du centre nautique Etienne-Gagnaire à Laurent Bonnevay

Ces caméras et le logiciel de traitement qui va avec coûteront 60 000 € à la collectivité. Il n’y aura pas de centre de visionnage (contrairement à Lyon) mais les images seront conservées 15 jours. Si la police n’en a pas fait la demande, elles seront détruites au terme de cette période.

Le service de communication de la Ville de Villeurbanne précise que « Jean-Paul Bret n’a pas changé de point de vue concernant la vidéosurveillance sur la voie publique » :

« Il a toujours adopté une position pragmatique, refusant l’aveuglement idéologique. »

La Ville a commandé une étude d’opportunité et de faisabilité sur la commune (réalisée en 2012 par un cabinet extérieur) :

« Il a été démontré qu’il ne serait pas pertinent d’en installer sur le territoire de la commue, excepté sur les sites « clos » et certains bâtiments ».

L’étude a ainsi recommandé la mise en place de caméras sur ces deux bâtiments communaux. Ces six caméras au total serviront à « surveiller les abords, les accès et le stationnement des véhicules » où, précise le service de communication, « il y a des dégradations récurrentes ».

Les sites « clos » en question sont deux parkings extérieurs entourés par un grillage. Les spécialistes jugeront si ces lieux sont suffisamment clos pour que la vidéosurveillance se révèle efficace.

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Le parking du centre nautique de Villeurbanne où des caméras sont en cours d’installation. © Capture d’écran GoogleView

 

Après les élections municipales, les caméras

Ces travaux lancés après les élections sont un « hasard du calendrier », toujours selon la mairie, puisque la mise en œuvre du projet a débuté « il y a plusieurs mois », via une assistance à maîtrise d’ouvrage et la consultation des entreprises a été faite fin 2013.

Et la municipalité de Villeurbanne insiste :

« Ce sont certes les premières caméras, mais ce sont surtout les seules (contre 414 à Lyon) ».

Il vaut mieux le dire en effet. Car en terme de com’, on a encore la trace ce qui était écrit dans le programme du candidat Jean-Paul Bret à sa réélection : « la présence humaine, plutôt que les caméras ». Ajoutant réserver « l’usage des caméras à la surveillance des bâtiments ».

Les caméras sont arrivées plus rapidement que les humains.

Les élus de l’opposition écolo-Front de gauche (13,65% des voix au second tour) ont fortement réagi en dénonçant, par la voix de Zémorda Khelifi, « l’installation de ces six caméras » :

« Le maire a décidé de reprendre l’une des propositions fortes de la liste UMP en prévoyant l’installation de 6 caméras de vidéosurveillance à Villeurbanne. Alors que le maire a toujours affirmé être fermement hostile à ces équipements et vouloir privilégier la présence humaine, nous déplorons cette décision prise sans consultation du nouveau conseil municipal et sans un débat préalable sur la question de la tranquillité publique. »

Un point de vu qui a été partagé ce jeudi par la section villeurbannaise de la Ligue des Droits de l’Homme.

Le communiqué de presse de l’opposition de gauche (comme celui de la LDH) est peut-être parti un peu trop rapidement : l’installation de caméras à Villeurbanne a été décidée au début de l’année 2013.

> Article mis à jour le 17 avril à 10h avec le communiqué du groupe des élus du « Rassemblement Citoyen, EELV – Front de Gauche » et le lien vers l’article du Progrès de février 2013.

> Mis en ligne le 17 avril à 15h à 15h30 suite au communiqué de la section villeurbannaise de la Ligue des Droits de l’Homme. 

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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