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Peter Grimes, ce marin criminel inventé par Benjamin Britten qui sniffe l’enfer

actualisé le 15/04/2014 à 21h21

Enivrante, frénétique, la musique de Britten se met au service d’un spectacle à couper le souffle, qui souffre un peu toutefois du format étriqué de l’Opéra.

Peter Grimes, festival Benjamin Britten à l'Opéra de Lyon. Crédit : Jean-Pierre Maurin.

Peter Grimes, festival Benjamin Britten à l’Opéra de Lyon. Crédit : Jean-Pierre Maurin.

1 / L’histoire : l’ivresse et l’autorité

C’est une crapule repoussante qui tue les enfants, maltraite les femmes et se saoule sans vergogne. Une âme malade que personne ne peut guérir. Un pov’ pêcheur à la traine qui ramène de la vermine à son corps défendant. Comme un ressac éternel : Peter Grimes brutalise des très jeunes apprentis pécheurs puis les fait disparaître.

« Et devrions-nous avoir honte de consoler les hommes de la laideur, » s’exclame une femme du port qui contemple le naufrage humain sans l’infléchir.

Peter Grimes raconte la déchéance d’un marin, l’impuissance de l’autorité, la vacuité de l’homme.

 

2 / Le décor et les costumes : une claque

Une œuvre d’art, une claque au lever du rideau (qui ne se lève pas, tout est devant nous). D’abord ce mur de toile réalisé par un artiste de génie. Des tons ocres, jaunes, verts selon l’éclairage qui vient le lécher. Ensuite les 8 cabanes des pécheurs en forme de container de chantier. Le talent des mécanos et décorateurs de l’Opéra de Lyon est de les avoir conçu avec des matières légères et silencieuses.

Du coup, une fourmi peut les déplacer. Ce sont les gars dé l’opéra qui le font avec une barbe d’une semaine « imposée » par le metteur Yoshi Oida.

Les costumes colorés s’imprègnent élégamment de cette ambiance un peu nauséabonde ou l’autorité semble invisible.
Les couleurs de l’automne font éclater la tristesse du port et assombrir les bars glauques. Magnifique.

 

3/ La musique, enivrante et frénétique

Benjamin Britten avait une trentaine d’année, il était homosexuel dans une Angleterre prude. Son langage harmonique joue de la gravité et sa partition laisse échapper une mini folie qui ne semble pas toujours contrôlée. C’est enivrant et frénétique.

La direction musicale de Karushi Ono ruisselle de gravité sans sonner dans la lourdeur. Peter Grimes est Alan Oke, ténor pudique doué d’un jeux d’acteur de haut niveau.

 

4/ L’ensemble : faire feu de tout bois

Dès le levée de rideau le frisson du bonheur nous parcours. Cette production de l’opéra de Lyon fait feu de tout bois dans l’excellence. Décors, costume, orchestre, chanteurs, partition musicale, on en sort imprégné d’un souffle joyeux.

La mise en scène de Yoshi Oida nous séduit avec ce coté bordélique des acteurs et les voix généreuses de Alan Oke et Michaela Kaume. Après cette tempête on a envie de prendre une cuite au bar des mouettes à Erquy (Côte d’Armor) pour ressentir l’océan enragé et l’ambiance moite d’un port de pêche.

 

5 / Le regret : à quand une belle salle ?

Triste salle de l’opéra de Lyon, on enrage d’être installé comme dans une salle patronale. Pas de confort, le plateau reste étroit, la jauge de 1000 places semble ridicule pour la troisième ville de France. A quand une salle d’opéra digne de Lyon ?

 

Peter Grimes les 15, 19, 24, 26 avril à 20 heures.
Prix de 10 € à 94 €.
Durée 2H40 avec entracte.

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L'AUTEUR
Denis de Montgolfier - blogueur
Deux blogs sur des critiques de spectacles et quelques escapades politiques, tenus jusqu'en décembre 2014.
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