Un pied dans la botte
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Et pendant ce temps-là en Italie… Matteo Renzi fit tomber Enrico Letta

actualisé le 24/02/2014 à 09h13

UN PIED DANS LA BOTTE / Dix mois après son arrivée à la tête du gouvernement italien, Enrico Letta a présenté sa démission, poussé par le jeune loup Matteo Renzi. Maire de Florence, président du parti démocrate depuis décembre dernier, Matteo Renzi est qualifié de Berlusconi de gauche ou de Tony Blair italien.

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Après le Cavaliere, voici le Rottamatore, le démolisseur. Matteo Renzi se déplace au rythme d’un panzer dopé au moteur de Ferrari. Entré en politique à 19 ans -il est alors secrétaire national du parti populaire italien, une branche de la Démocratie chrétienne- il devient à 34 ans maire de Florence. Le 8 décembre 2013 il prend la tête du Parti Démocrate (PD) en ayant fait sa campagne sur un slogan :

« Envoyer la vieille classe dirigeante à la casse. »

Et il n’aura attendu que trois petits mois pour envoyer le chef du gouvernement Enrico Letta dans les ronces.

Matteo Renzi avait pourtant promis qu’il laisserait Enrico Letta au pouvoir en 2014. Il avait aussi promis de se faire élire, comme il l’a fait pour prendre la tête du PD. Il sera le troisième chef du gouvernement à ne pas avoir été élu depuis… Silvio Berlusconi. Des IncoeRenzi (des incohérences) soulignées par l’éditorialiste star du Fatto Quotidiano, Marco Travaglio.

Depuis le départ du Cavaliere en 2011, les gouvernements se suivent et se ressemblent. Des coalitions, droite-gauche, mises en place pour éviter au navire de couler. Mais sans demander l’avis des passagers, les derniers gouvernements ayant été installés et basta !

 

Vous avez dit Renzusconi ?

A 39 ans, Matteo Renzi va devenir le plus jeune chef européen. Et s’il démissionne de la mairie de Florence, il demeure secrétaire national du Parti démocrate. Problème, ses détracteurs considèrent qu’il n’est pas de gauche. Pire, avec ses dents longues et sa carrière fulgurante, il est même qualifié de Berlusconi de gauche.

Le 18 janvier dernier, un accord signé entre les deux hommes n’a pas apaisé les envies de comparaison. Ironie du sort, l’accord portait sur la réforme électorale censée assurer la stabilité de l’Etat. Alors Matteo Renzusconi ? Philippe Ridet du monde énumère les similitudes :

“Même ambition, même goût pour les slogans, même souplesse idéologique, même aisance télégénique…”

En 2010, Matteo Renzi a d’ailleurs été convié à un déjeuner à Arcore, la villa de Silvio, antre du Bunga, bunga… Il participa également au jeu télévisé La roue de la fortune.

Autant d’éléments en sa défaveur, peut-être même plus que son entrée en politique par la Démocratie Chrétienne, sa longue carrière de scout et son allure de requin aux manches retroussées.

 

Quand Matteo sorti de FiRenzi pour gagner l’Italie

L’étudiant Renzi a rédigé sa thèse d’histoire du droit sur l’administration et la culture politique : Giorgio La Pira, maire de Florence de 1951 à 1956. Matteo Renzi vient justement de Firenze, Florence en Toscane. Cette ville, cité de Machiavel, l’auteur caricaturé du Prince, dont on ne retient qu’une phrase :

“La fin justifie les moyens”.

FiRenzi, Florence credit AC 2008

FiRenzi, Florence credit AC 2008

Et puis, Florence, cité des Médicis et leur passage secret entre la Piazza della Signoria et le Palazzo Pitti en passant par le Ponte Vecchio pour éviter les attaques du peuple contre le pouvoir. Enfin, Florence, cité de Dante qui n’est pas uniquement l’auteur génial de la Divine comédie, mais également De Monarchia, un traité favorable à la monarchie universelle. Prémonitoire ?

Ces parallèles sont autant de raccourcis qui font oublier un élément essentiel : Matteo Renzi est un fils de Berlusconi. Né en 1975, il a été biberonné humainement et politiquement à la Rai et aux frasques du Cavaliere. Il n’a pas les mêmes idées, mais le même sens du politique.

Publicitaire de profession, il impose ses slogans, son style. D’abord à Florence, le rottamatore, le démolisseur, transforme la cité toscane à toute allure. Centre ville piéton, tramway, le renzianisme ne souffre pas d’obstacles.

 

 

 

Renzianisme = réformisme

Enrico Letta en était un. Trop lent, trop techno. L’Italie coule, elle ne peut plus attendre pour mettre en oeuvre des réformes de taille. Et c’est en un coup de balais que Matteo Renzi a fait tomber le président du Conseil, alors qu’ils sont du même camp.
Déjà, et sans avoir encore constitué un gouvernement, Matteo Renzi a annoncé le rythme de ses réformes. De mars à juin il compte exécuter une réforme par mois : mode de scrutin, code du travail, administration publique, fiscalité et justice.

Commencer par le mode de scrutin est à la fois indispensable et culotté. L’instabilité est en effet fruit du système politique qui prévoit deux chambres ayant le même poids tout en ayant des majorités différentes. Après les réformes électorales Mattarellum et Porcellum, c’est donc l’Italicum que Renzi et Berlusconi ont voté en janvier dernier.

Et voilà Renzusconi mis à jour ! Cette semaine, après avoir quitté la mairie de Florence, Matteo Renzi s’est entretenu avec les chefs des principales forces du pays. Il s’est heurté à la difficulté de former un nouveau gouvernement de coalition : Nicchi Vendole, à la tête du SEL (Sinistra, ecologia e libertà) ne veut pas collaborer avec Angelino Alfano, patron du NCD (Nuovo centro destra), et inversement. Beppe Grillo, le comique du movimento5Stelle, n’a pas laissé Renzi en placer une.

Quand à la société civile, plusieurs personnalités ont décliné l’invitation : Alessandro Barrico, soutien historique de Renzi et auteur à succès, a refusé la culture. Le directeur général de Luxottica, leader en optique a dénigré le ministère de l’Industrie. Enfin Lucrezia Reichlin, ancienne membre de la BCE ne veut pas gérer les finances. Dans les jours qui viennent, Matteo Renzi doit donner la composition du gouvernement. S’il parvient à former une équipe, combien de temps resteront-ils en place ?

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