Le blog du taulard inconnu
Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en publiant ses écrits, alors il est anonyme. C'est aussi pour protéger son identité que le nom de la prison dans laquelle il se trouve n'est pas révélé pour l'instant. C'est une prison de la région Rhône-Alpes, quelque part dans une zone grise près de l'autoroute, bref, une prison banale. Quand viendra l'heure de sa libération, il dévoilera son identité et le lieu de son incarcération.
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Blog du taulard #8 : « La énième agression d’un maton par un détenu »

actualisé le 19/02/2014 à 17h43

Qu’il serait facile, lecteur, de te faire pleurer sur le sort des taulards avec tout ce qui se passe ici, de mettre en scène la violence des matons. Je pourrais te raconter, avec des détails croustillants, comment un mec allant au mitard, s’arrête à une porte de cellule pour demander une clope et, suite à la bousculade du maton, part en vrille et lui saute dessus, épuisé qu’il était de la fermer.

En prison. Crédit : Sébastien Erome/Signatures.

En prison. © Sébastien Erome / Signatures.

Je sais qu’avec les mots chocs tu serais intéressé par cette alarme qui sonne, et qui déclenche les pas de course d’une nuée de matons qui lui tombent dessus à six ou sept, à coups de rangers. Je pourrais dramatiser en te disant que la ratonnade va recommencer dans la nuit, au mitard, là où il n’y a pas de caméra. Il serait possible encore d’en rajouter en décrivant ses cris lorsqu’ils l’écrasent de leur poids en lui bourrant la gueule de coups de poing.

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Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en publiant ses écrits, alors il est anonyme. C’est aussi pour protéger son identité que le nom de la prison dans laquelle il se trouve actuellement n’est pas révélé pour l’instant. C’est une prison de la région Rhône-Alpes, quelque part dans une zone grise près de l’autoroute, bref, une prison banale. Quand viendra l’heure de sa libération, il dévoilera son identité et le lieu de son incarcération.

Rue89Lyon

Ce serait formidable de situer les témoins de cette scène et de te raconter comment on nous a précipités dans une pièce d’isolement pendant qu’ils finissaient de le bastonner. Avec ma grande gueule, je saurais revendiquer la possibilité d’un combat en tête à tête s’ils avaient les couilles. Enfin, je pourrais te dire le bonheur que j’aurais à mettre des baffes aux journaleux, qui demain, rempliront le Dauphiné Libéré de colonnes sur la énième agression d’un maton par un taulard et le métier courageux qu’il exerce au milieu de cette faune.

 

Regardons calmement notre part d’ombre

Mais à quoi ça servirait ? Un fait divers de plus ? Une bonne histoire stigmatisante ? Là n’est pas la question. Le plus important n’est pas de résumer l’horreur de l’incarcération en érigeant un fait parmi une multitude d’événements pour dénoncer une fois de plus cette torture quotidienne de la goutte d’eau qui tombe incessamment, toujours au même endroit. Non. Le plus important est de s’interroger sur comment mettre fin à tout ça. Le plus essentiel est de réfléchir à comment des hommes peuvent, au XXIème siècle, traiter d’autres hommes de cette façon là, sans même la piètre excuse de la guerre et de l’ennemi.

Et surtout, ne viens pas avec tes arguments me parler des victimes que tu ne connais pas, ou des crimes odieux dont la presse fait ses choux gras et que les politiques exploitent à fond pour garder ou conquérir le pouvoir, manipulant ton entendement. Une bonne fois pour toutes, ces crimes ne concernent que 0,2 % de la population carcérale et la France est un des pays où l’on tue le moins. Ne rentrons surtout pas dans ce ping pong argumentaire absurde qui ne résout rien et ne sert qu’à conforter tes croyances infondées. Nous serions dans le pire chemin qui soit.

Regardons calmement cette part d’ombre que chacun porte en soi et qui, selon les circonstances, le lieu et le temps, peut saisir n’importe qui. Regardons avec lucidité les facteurs, que l’on connaît déjà, et qui facilitent l’explosion de la soupape normative : la misère, le rejet et la haine. Et posons-nous la question d’une autre solution que la punition et la vengeance légale sans hurler tout de suite que ce n’est pas possible, que lorsqu’on ne veut pas « comprendre », il ne reste que le dressage. Peut-être alors, commencerons-nous à devenir humain.

 

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L'AUTEUR
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J'ai parlé de mon quotidien en prison et maintenant de ma vie dehors. Je ne me plains pas, ni ne cherche à me faire plaindre. Je n'ai nul besoin, ni moi ni les autres prisonniers, de compassion, ou encore pire, de pitié. Je témoigne, simplement.
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