Tribune 

Rapport Lunacek : pour une feuille de route européenne contre l’homophobie

Par Sylvie Guillaume, eurodéputée, vice-présidente du groupe socialiste.

En mai 2013, l’Agence européenne des Droits Fondamentaux soulignait la peur, l’isolement, le harcèlement et les discriminations sur la base de l’orientation sexuelle dont sont aujourd’hui victimes les personnes LGTBI en Europe, le tout, souvent en toute impunité.  C’est pour répondre à cette situation peu digne d’une société civilisée que le Parlement européen vient de voter en faveur d’une feuille de route de l’Union européenne (dit rapport Lunacek) contre l’homophobie et les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

À regret, dans nos pays, nous constatons que la marche vers l’égalité reste encore longue et doit se poursuivre car les personnes LGBTI sont encore trop souvent la cible de stigmatisations inacceptables. Les cas de suicide chez les adolescents LGBTI sont autant de signes qui nous alertent sur la nécessité d’agir face à ce phénomène.

Ce constat et les solutions qui pourraient y être apportées ne sont pourtant pas partagées par tous, à commencer par une droite schizophrène qui a voté aujourd’hui contre ce rapport après l’avoir soutenu en commission parlementaire. Pourtant, contrairement aux intentions qu’on lui prête, ce rapport d’initiative se limite -hélas- à demander -encore- à la Commission européenne de proposer un nouveau plan d’action pour lutter contre l’homophobie et la transphobie. De la même façon que l’Union européenne combat déjà les discriminations basées sur le handicap ou l’origine ethnique, il est important qu’elle se saisisse également de celles fondées sur l’orientation sexuelle ou le genre.

Cette idée, simple et de bon sens, ne valait pas que se développe sur les réseaux sociaux une campagne de mails agressive, menaçante et haineuse.

ManifPourTousRapportLunacek

Manifestation du 2 février à Lyon organisée par la Manif pour tous notamment contre le rapport Lunacek ©Rue89Lyon

Les idées reçues à propos du rapport Lunacek

Non ce rapport ne modifie pas les lois nationales des États membres dans le domaine de la famille et respecte le principe de subsidiarité selon lequel  l’Union européenne ne dispose que des compétences qui lui sont attribuées par les traités. En revanche il favorise une approche intégrée dans tous les États membres ainsi qu’une évaluation régulière de l’application de ces politiques nationales au sein de l’UE.

Non, ce rapport ne fait pas des personnes LGBTI de nouveaux sujets de droits mais propose simplement de n’exclure aucune catégorie de personnes du champ de la protection des droits fondamentaux comme c’est déjà le cas en matière d’emploi ou de droits sociaux. N’en déplaise à certains, ce rapport propose par exemple de s’assurer que les mariages et partenariats existants ne disparaissent pas d’une frontière à l’autre, laissant alors les familles et leurs enfants face à un vide juridique. Il s’inscrit dans le droit fil de la Charte des droits fondamentaux de l’UE qui interdit la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, protège les personnes transgenres de la discrimination fondées sur le « sexe », conformément à la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne.

Non, le rapport ne fait aucunement la promotion de la « théorie du genre », il mentionne simplement l’identité de genre comme une caractéristique individuelle, tout comme l’âge ou l’origine ethnique.

Enfin, ce rapport n’est pas non plus le fait d’une certaine propagande homosexuelle fantasmée et hystérisée par les opposants à ce rapport. Cela n’est que pure fiction.

 

Il est grand temps que les textes européens s’adaptent à l’évolution des mœurs

S’il est fondamental d’affronter les enjeux économiques et sociaux sur notre continent, le rôle du Parlement européen est également de porter ces débats de manière à bâtir une société européenne fidèle aux valeurs de liberté et d’égalité.  Face aux mensonges qui circulent sur les réseaux sociaux et dans la rue, nous devons avoir le sens des responsabilités et favoriser l’émergence d’une Europe progressiste et moderne.

Il est grand temps que les textes européens s’adaptent à l’évolution des mœurs et favorisent l’universalité des droits. C’est aussi en ce sens que j’appelle à l’adoption de la directive anti-discrimination, visant à mettre en œuvre le principe de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de religion ou de conviction, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle, bloquée au Conseil depuis 2009.

 

 

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