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Municipales 2014 à Saint-Etienne : les 7 enjeux pour la ville

actualisé le 17/03/2014 à 11h59

A Saint-Étienne, 2014 ne devrait pas ressembler à 2008. Dans la course à la mairie, l’UMP et l’UDI ont enterré la hache de guerre et créé une liste unique. Certains observateurs estiment que la ville est désormais « basculable » à droite. Mais le retour du Front national laisse présager une triangulaire délicate. Tour d’horizon.

Un graff stéphanois sur www.allcityblog.fr.

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1. A droite, une union de façade ?

2. Le FN en embuscade

3. Communication électorale : Gaël Perdriau met le paquet

4. L’attractivité de Saint-Etienne au cœur des débats

5. Et dans les programmes ?

6. Roms et sans-papiers : logements vides ou situation saturée ?

7. Saint-Etienne et sa Métropole : « Lyon tire la couverture »

 

1. A droite, une union de façade ?

Depuis l’annonce, le 12 novembre, d’un accord entre les chefs de file de l’opposition municipale Gaël Perdriau (UMP) et Gilles Artigues (UDI), la droite peut enfin rêver de reprendre les rênes de Saint-Étienne. C’est Gaël Perdriau, 41 ans, proche de Jean-François Copé, qui mènera la liste unique lors des prochaines municipales. Une manière de ne pas répéter les erreurs du passé. En 2008, les divisions entre la droite et le centre avaient permis au candidat PS Maurice Vincent de faire main basse sur la mairie après 25 ans de règne de la droite. Mais dans le milieu politique, nombreux sont ceux qui raillent ce « mariage de la carpe et du lapin » entre UMP et UDI. Le maire sortant est le premier à ironiser :

« La droite reste malgré tout divisée. La liste Perdriau-Artigues est une équipe hétérogène qui sera très vite désunie. Cette union ne trompe personne. Artigues a été contraint par l’appareil politique. Et Copé a imposé son candidat à Saint-Étienne. C’est une première qui ne correspond pas à la culture de la ville. »

Le plus virulent reste le fantasque candidat de la « droite sociétale », Hubert Patural, qui torpille sans prendre de gants :

« Gilles Artigues est capable de toutes les associations pour conserver une place. Il n’a plus aucune ambition. »

 

2. Le FN en embuscade

L’autre nouveauté de cette élection par rapport à 2008, c’est la présence du Front national sous l’égide de Gabriel de Peyrecave. Il y a six ans, le parti d’extrême-droite n’avait pas réussi à constituer de liste à Saint-Étienne. Or 17,65 % des électeurs stéphanois ont donné leur voix à Marine Le Pen lors du premier tour des présidentielles, soit quasiment la moyenne nationale (17,90 %). Une nouvelle triangulaire entre le PS, l’UMP-UDI et le FN est donc plus qu’envisageable.

« Objectivement, le Front national est le meilleur allié de Maurice Vincent », reconnaît Gaël Perdriau, qui affirme pourtant ne pas craindre cette triangulaire.

La tête de liste EELV, Olivier Longeon, anticipe pour sa part un second tour « très perturbé ». Le conseiller régional écologiste souligne la dynamique du parti de Marine Le Pen à Saint-Étienne :

« En 1995 et en 2001, le FN a dépassé les 10 % (respectivement 19,57 % et 17,41 %, ndlr) et il a gagné 1 à 2 points entre les deux tours aux dernières cantonales. »

 

3. Communication électorale : Gaël Perdriau met le paquet

Les deux principaux candidats à la mairie de Saint-Étienne n’ont pas déployé la même dynamique en matière de communication. Le challenger Gaël Perdriau se montre particulièrement offensif. La tête de liste de la droite et du centre a été le premier, début septembre, à ouvrir sa permanence. Un local rutilant et bien situé au cœur du centre-ville. Nettement moins austère que celle de son rival Maurice Vincent. Pour sa communication, Perdriau s’est entouré de deux professionnels aguerris : Olivier Barbé, ex-dircom de l’Opéra-théâtre de Saint-Étienne, et Éric Fages, ancien directeur marketing du club de foot de l’ASSE (association sportive de Saint-Etienne). Au total, le candidat de la droite prévoit d’organiser vingt-cinq réunions de quartier, soit près du double du maire sortant.

« Maurice Vincent, par sa communication de campagne, est fidèle à lui-même », raille la tête de liste UMP-UDI. « Je pense que la communication est un facteur à ne pas négliger, mais le plus important reste la proximité et la relation directe », estime , plus classiquement, Maurice Vincent.

Olivier Longeon (EELV) résume :

« Vincent sous-estime la communication et Perdriau la surestime ».

De son côté, le candidat écologiste mise sur les réseaux sociaux -où il est très actif- pour aller à la pêche aux voix. Son objectif : dépasser les 10 % au premier tour.

 

4. L’attractivité de Saint-Etienne au cœur des débats

Gare de Saint-Etienne Châteaucreux.

Gare de Saint-Etienne Châteaucreux. DR.

Aucun doute, l’attractivité de la ville est bien l’enjeu central de ces municipales. Les derniers chiffres de l’Insee ne font que le confirmer : Saint-Étienne, comme depuis de nombreuses années, continue de perdre des habitants. Loin des 200 000 âmes qu’elle comptait encore en 1990, la capitale ligérienne est désormais tombée à 170 000 habitants (soit une perte de 7 500 en cinq ans). Cette érosion profite aux communes périphériques et contribue à entretenir sur la ville-centre un marché immobilier atone. La paupérisation est notamment palpable en hyper-centre, où les loyers sont parmi les plus bas de la ville. Chantiers interminables, propreté, insécurité -réelle ou fantasmée-, pression fiscale… les adversaires de Maurice Vincent ne manquent pas d’explications à cet exode rural.

« Je classe une partie du centre-ville dans les quartiers défavorisés », résume pour sa part Olivier Longeon.

De son côté, Gaël Perdriau reproche à son adversaire socialiste un discours peu engageant sur la ville :

« Depuis son élection, Maurice Vincent n’a parlé que des emprunts toxiques. Il a donné l’image d’une ville surendettée et au bord de la faillite. Cela nous coûté cher en termes d’attractivité. »

 

5. Et dans les programmes ?

En candidat sortant, Maurice Vincent capitalise avant tout sur son bilan :

« 90 % de ce qui avait été annoncé en 2008 a été réalisé », assure-t-il à l’envi.

Son programme s’inscrit donc dans la continuité du mandat qui s’achève, mettant une fois de plus en exergue les questions financières (désendettement de la ville, suppression des emprunts toxiques, baisse du prix de l’eau…). En dehors des grands chantiers en cours (pôle santé, Comédie, stade Geoffroy-Guichard…), rien de très nouveau, on note toutefois la création d’une quatrième pépinière d’entreprises ou le soutien à la réalisation d’un parc de 12 éoliennes.

De son côté, le candidat UMP-UDI envisage la remise à plat du projet commercial des Ursules (avec reprise en régie directe du parking de 950 places). Projet qui a été la pierre d’achoppement du mandat de Maurice Vincent. Il propose également la création d’une quatrième ligne de tramway desservant les zones d’activités et les grands équipements culturels de la ville.

Sur la question des transports, Olivier Longeon (EELV) souhaite créer une liaison directe et régulière en train ou tram-train avec la plaine du Forez. Hubert Patural (droite sociétale) milite pour une recréation totale des sens de circulation en centre-ville ; Belkacem Merahi (parti de gauche) pour des opérations de rénovation de l’habitat ; et Gabriel de Peyrecave (FN) pour la création de 90 postes supplémentaires de policiers municipaux.

 

6. Roms et sans-papiers : logements vides ou situation saturée ?

Les débats électoraux mettront aussi l’accent sur la question des Roms et des sans-papiers. Sur ce point, Maurice Vincent est clair : il suit la droite ligne « républicaine » de Manuel Valls. Et multiplie les évacuations de squats depuis le début de son mandat. L’édile a signé, à l’instar de son homologue lyonnais Gérard Collomb, la tribune saluant l’action du ministre de l’Intérieur contre les campements illicites de Roms, publiée fin septembre dans le Journal du dimanche.

« L’évolution de ces dernières années nous amène à gérer des flux de demandeurs d’asile. Or la situation est totalement saturée depuis plusieurs mois », justifie Maurice Vincent.

Une position qui creuse un premier fossé entre le maire sortant PS de Saint-Étienne et Olivier Longeon (EELV). Selon ce dernier :

« Il y a tellement de logements vides à Saint-Étienne que l’on peut trouver de la place pour les sans-papiers en attendant de mettre en œuvre des solutions plus durables. »

Aux extrêmes de l’échiquier politique, le sujet inspire plus que jamais. Ainsi la tête de liste Lutte ouvrière, Romain Brossard, estime que :

« La politique de Valls désigne les Roms comme des boucs-émissaires en période de crise. Cela fait le jeu du FN. »

Gabriel de Peyrecave (FN) dénonce pour sa part une posture « purement électoraliste » du candidat PS.

 

7. Saint-Etienne et sa Métropole : « Lyon tire la couverture »

Le stade Geoffroy Guichard.

Le stade Geoffroy Guichard sur info-stades.fr.

Le salut de Saint-Étienne passera-t-il par Lyon ? Si la question ne passionne pas les électeurs, elle demeure fondamentale pour les candidats. Sur ce dossier, les deux principales têtes de liste, par ailleurs ardents défenseurs de l’A45, ont des positions finalement assez proches. Pour Maurice Vincent, la priorité est de renforcer Saint-Étienne métropole avant de resserrer les liens avec Lyon. Sans quoi « il serait contre-productif d’engager des relations plus intégrées avec le Grand Lyon ». On observe la même prudence chez Gaël Perdriau :

« La métropolisation est une bonne chose à condition que Saint-Étienne soit respectée et je n’ai pas le sentiment que ce soit toujours le cas aujourd’hui. Lyon tire la couverture. Collomb donne le ton et Vincent obéit avec le petit doigt sur la couture du pantalon. »

Autre condition soulevée par le candidat UMP-UDI, que la Métropole « ne devienne pas un « machin » de plus et ne soit pas une charge supplémentaire pour le contribuable. »

 

 

 

 

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