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Centrifugeuse de visionnage, épisode 20

Le Festival International du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez vs Le Festival des Maudits Films à Grenoble : deux événements, deux ambiances (deux budgets, aussi), et au milieu, des films lâchés à la merci de publics cannibales.

Alors, la comédie française, comment ça va depuis la dernière fois ?

Lors de son discours de clôture, Dany Boon, président du jury du Festival International du Film de Comédie, en appelait de ses vœux pieux auprès de la presse française, espérant poliment (mais fermement) que cette dernière se montrerait plus clémente avec une comédie cocorico si maltraitée à son goût. Au regard des films proposés lors de cette 17e édition du festival, c’est franchement pas gagné.

Si d’aventure vous vous retrouvez dans un festival de comédie quel qu’il soit et qu’on vous demande votre avis sur la sélection, je vous fais cadeau de la meilleure réponse politiquement correcte : « il n’y a rien de plus subjectif que l’humour, il est donc très dur de se prononcer sur le sujet ». Et hop, vous filez à l’anglaise avec une petite révérence du plus bel effet. Une fois débarrassé de votre poker face, il vous reste malheureusement quelques données objectives permettant de dresser un état des lieux pas franchement engageant.

Sur les sept comédies françaises présentées au festival, quatre reposent sur le MÊME archétype narratif déjà exposé dans le billet de ce blog consacré à l’exercice comique français 2013 : pour séduire une femme, un homme se fait passer pour ce qu’il n’est pas, se prend un prévisible retour de bâton une fois son stratagème dévoilé, avant de se repentir dans le dernier acte et de tomber sa donzelle (décidément bien crédule).

Le film le plus populaire de la sélection (Babysitting) n’est en fait qu’un décalque de Projet X, et le plus, hmm, original (Libre et Assoupi) n’assume nullement son éloge de la paresse pour mieux vanter les mérites de la normalisation : si tu veux vraiment être heureux, t’es gentil, tu rentres vite dans le rang.

Quant à Supercondriaque, dernier blockbuster comique en date du président Dany le pas franchement rouge, il se pose là pour ce qui est de la démonstration de l’incapacité de la comédie française mainstream à œuvrer dans le mélange des genres – les différentes strates de récits se fuient littéralement, quitte à multiplier les contresens et à mixer bon gré mal gré deux films totalement distincts.

Boon, oh my Boon, c’est encore mal barré pour la reconnaissance critique des histrions grand public. Mais en cinéma comme en amour, les efforts doivent être faits des deux côtés.

Avalanche de requins de Scott Wheeler

Parfois, l’amateur de nanars est récompensé du caractère défricheur de sa passion et plonge dans les délices de cinématographies entièrement inédites, qui bousculent avec vigueur son regard anesthésié par des pelletées de produits interchangeables.

Souvent, l’amateur de nanars n’a que ce qu’il mérite. Du mauvais cinéma, pénible à regarder sans un cocon moqueur / protecteur, et qui, avec un peu d’imagination, parle de l’époque avec une absence d’éloquence franchement déprimante. En l’occurrence, Avalanche de requins, témoin de temps troublés où la bêtise assumée est un créneau porteur, le cynisme une niche, les hipsters un marché.

Tourné avec un dédain manifeste par un type dont le plus haut fait d’arme reste d’avoir torché Transmorphers 2 pour les escrocs de chez The Asylum, interprété par des jean-foutre dont la flemme évidente les rend peut-être encore plus antipathiques que leur personnage, rythmé avec une incompétence qui frôlerait presque le respect, Avalanche de requins ne serait qu’un sous-produit d’une tristesse infinie si les doubleurs français et les responsables (aux sens pénal et figuré) des effets spéciaux ne donnaient l’impression de s’être franchement marrés. L’espoir, toujours.

Les Clowns Tueurs venus d’ailleurs des frères Chiodo

La valeur du nanar n’attend pas forcément le nombre des années. Certains films devraient même rester cantonnés au souvenir de leur visionnage sur VHS, avec la patine de l’image et les doublages d’époque comme uniques témoins de confiance.

Série volontairement Z troussée par des orfèvres des effets spéciaux, Killer Klowns fait très vite regretter que l’ensemble de son casting ne soit pas grimé derrière des masques d’Augustes extraterrestres. L’intolérable Grant Cramer, dont strictement personne ne se rappelle de sa participation assidue aux Feux de l’Amour dans les années 80, est le genre d’amibe de l’acting qui vous donne envie de lui faire bouffer sa coupe mulet pour qu’il ait l’air de ressentir quelque chose.

Entre deux scènes laborieuses de dialogues invraisemblables, les frères Chiodo exposent fort heureusement toute l’étendue de leur savoir-faire avec une imagination sans cesse renouvelée. La scène des ombres chinoises ou le final superbement non-sensique conservent ainsi toute leur aura culte, et vont même jusqu’à légitimer la tendresse coupable pour cet objet venu, lui aussi, d’ailleurs.

La Route de Salina de Georges Lautner

– Dis voir, le vieux, tu ferais pas un peu ton snob quand tu kiffes ta race devant des projections en pellicule ? Sérieux mec, j’ai une meilleure qualité d’image sur mon iPhone.

– Alors déjà, j’ai 33 ans, donc tu vas vite te calmer sinon je te projette Paranormal Activity : The Marked Ones en VO ce soir.

– Oh, je vais pas au cinéma pour lire, t’sais. Tu ferais pas ça, putain.

– Si, le tout numérique donne ce genre de pouvoirs en deux clics, foutriquet. Pour revenir à la pellicule, effectivement, ça me ramène à une époque antédiluvienne où l’on regardait les films bercés par le doux ronron du projecteur, où l’on guettait les brûlures de cigarettes sur les bobines avec une satisfaction toute en retenue – on respectait les autres spectateurs, en ce temps-là. Et aujourd’hui, prends un film aussi rare que La Route de Salina : tu ne peux quasiment plus le trouver dans un autre format, et quand bien même, le crépitement de la pellicule comme le grain de l’image accentuent l’atmosphère torride de ce stupéfiant écart dans la filmographie de Georges Lautner. Tu restes concentré sur cette histoire hallucinée, au point d’oublier que Robert Walker Jr est un très mauvais sosie de Roger Daltrey, le chanteur des Who.

– Les Who, c’est ceux qui ont tout piqué à One Direction, c’est ça ?

– Non. Je t’ai dit qu’à la fin de Paranormal Activity : The Marked Ones, on revient dans la maison du premier épisode, on se rend compte qu’il y avait quelqu’un dans la cuisine quand l’autre abrutie en débardeur bute son mec (ce qui ne change, mais alors, rien du tout à la mythologie de cette saga de merde), que ce quelqu’un se fait buter par le héros avec sa tronche de possédé en carton – hors champ, sinon c’est pas drôle – puis pouf, c’est fini ?

– Je sais, je l’ai déjà vu en screener, j’y retourne avec ma meuf.

– Tout va bien, alors.

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L'AUTEUR
François Cau
François Cau
Expendable chez So Film.
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