Économie 

Malgré le passé, le Grand Lyon confie encore son eau à Veolia

actualisé le 15/01/2014 à 10h20

Le président PS du Grand Lyon ne voulait pas d’une gestion de l’eau en régie publique. Fort d’une majorité très confortable, Gérard Collomb a donc pu faire voter l’assemblée communautaire en faveur de son candidat, Veolia, qui s’était largement gavée sur la production et la distribution de l’eau de Lyon. Le nouveau contrat est d’une durée de huit ans pour une valeur de 660 millions d’euros.

Photomontage © Christophe Chelmis / Rue89Lyon

Photomontage © Christophe Chelmis / Rue89Lyon

La bataille de l’eau avait déjà eu lieu au sein de l’assemblée communautaire. C’était en novembre 2012 et les conseillers communautaires devaient choisir entre une gestion en régie publique et une gestion déléguée au privé, comme c’était le cas jusque là, à Lyon, bastion historique de la Compagnie générale des eaux, devenue Veolia.

Le président PS du Grand Lyon avait alors mis tout son poids pour faire adopter le renouvellement d’une gestion par délégation de service publique.

Favorable à un passage rapide en régie publique, une partie des élus écologistes et communistes, soutenus par un collectif d’associations, avaient voté contre. Ce vote signalait le lancement de l’idée de listes autonomes à gauche de Collomb aux municipales, au Front de gauche et à EELV.

Conseil-communautaire-Grand-Lyon

Conseil communautaire du Grand Lyon © Laurent Burlet / Rue89Lyon

On prend les mêmes et on recommence

Un an après, alors que la campagne pour les municipales vient véritablement de commencer, les élus communautaires devaient se prononcer sur le délégataire, celui qui prend la suite de Veolia à partir de 2015, à la tête du marché depuis quarante ans. Les trois grosses entreprises du secteur ont postulé : Suez, Saur et, bien sûr, Veolia, qui avaient fait de Lyon un objectif prioritaire au vu des déconvenues rencontrées ces dernières années.

En novembre dernier, Gérard Collomb rompait le suspense en annonçant qu’une commission du Grand Lyon avait (re)choisi Veolia, notamment parce qu’une baisse de plus de 20% du prix de l’eau serait réalisée.

L’ensemble des conseillers communautaires, de gauche comme de droite, ont voté ce lundi soir en faveur de ce délégataire. A quelques exceptions près.

Le débat a plutôt eu lieu au sein du PS et à sa gauche. Ecologistes et communistes se sont une fois de plus divisés suivant leur position en faveur ou non d’une union avec le PS au premier tour des municipales.

Une grande majorité d’écologistes engagés sur des listes autonomes pour les élections municipales ont logiquement voté contre le choix de Veolia. Chose surprenante, les élus communistes, qui avaient majoritairement voté contre le principe d’une gestion au privé, se sont cette fois-ci montrés favorables à la multinationale.

Un conseiller communautaire PC, Roland Jacquet, fidèle à Gérard Collomb, a expliqué, au cours des débats, tout le bien qu’il pensait de cette délégation de service publique qui laisse « la porte ouverte » à une gestion en régie publique.

Au Front de gauche, seules la communiste de Lyon Nawel Bab-Hamed et la maire du premier arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert (PS dissidente qui fait alliance avec le Front de gauche) ont voté contre.

« Baisse de 24% du prix de l’eau de Lyon »

Il faut dire que quelques mois avant les municipales, le marché de l’eau de 660 millions d’euros confiés à Veolia (pour huit ans) dispose d’un joli paquet cadeau pour les usagers.

Alors que l’eau de Lyon est l’une des plus chères de France, son prix devrait baisser de 24 %. Pour une consommation moyenne de 120 m3, la facture serait de 174 euros au lieu de 229 euros (en prenant pour base l’évolution des prix actuels).

Pour limiter les coûts et améliorer la transparence, une société dédiée nommée « Eau du Grand Lyon » va être créée. En outre Veolia s’engage à investir 49 millions d’euros sur la durée du contrat. L’ex-Générale des eaux mettra en place 5 500 capteurs de fuites pour atteindre un rendement du réseau de 85%.

Côté Grand Lyon, qui se positionne comme « autorité organisatrice », le service dédié au contrôle du délégataire, passera de huit à vingt agents.

La régie peut-elle mieux faire ?

Dans ce communiqué, la liste Front de gauche-Gram soutient qu’une régie publique réduirait encore le le prix de l’eau.
C’est aussi l’avis de l’Association des consommateurs d’eau du Rhône (ACER). A la sortie du conseil communautaire, ses responsables déploraient qu’un critère « éthique » ne puisse pas être pris en compte. Outre le prix élevé de l’eau actuellement pratiqué par Veolia, l’ACER met en avant les sommes colossales perçues pendant de nombreuses années par l’ex-Compagnie générale des eaux :

  • Une surtaxe pour couvrir le l’amortissement des emprunts perçue par Veolia et non par le Grand Lyon.
  • Des provisions pour des travaux non-réalisés qui auraient permis, dit-on, d’acheter les studios Universal à l’époque où était dirigé par Jean-Marie Messier.

Le nouveau contrat prendra effet le 2 février 2015 pour une durée de huit ans et non plus de 30 ans.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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