Société 

Agression d’un militant antifasciste : Gabriac et sa clique nationaliste en représentation

actualisé le 22/09/2014 à 16h06

DANS NOS ARCHIVES / Ce jeudi, l’ex-trésorier des Jeunesses nationalistes a été relaxé. Il était accusé d’avoir agressé un militant antifasciste à la Croix-Rousse, qui annonce qu’il va faire appel. Lors de la première l’audience, la situation avait tourné à la confrontation entre les deux camps (article initialement publié le 13 décembre 2013)

Ambiance explosive ce jeudi au tribunal de Lyon. Le procès d’un ancien cadre des Jeunesses nationalistes accusé d’avoir agressé « Toto », un militant antifasciste connu, s’est terminé par une charge des amis de Gabriac.

Les faits en question remontent à il y a quasiment un an, à la Croix-Rousse. Ce jour-là, le 16 décembre 2012, au petit matin, Salvatore, mieux connu dans le quartier et dans les milieux antifascistes comme « Toto », sort de chez lui. Il est 6h30 et deux personnes l’attendent, lui demandent s’ils peuvent lui parler avant de le rouer à coup de batte de base-ball et avec la béquille de « Toto », selon le récit fait par la victime. Puis une troisième personne sort de la voiture, les rejoint, avant que les trois agresseurs prennent la fuite en voiture. Devant la police, « Toto » parle de personnes de type « skinheads », l’un d’eux ayant un tatouage de croix gammée dans le cou. La victime écopera de 10 jours d’ITT (incapacité totale de travail).

 

Gabriac et ses nationalistes dans la salle d’audience

Parmi les trois agresseurs, seul un a été formellement reconnu par « Toto ». Il s’agit de Jonathan Colombet, ex-trésorier des Jeunesses nationalistes, dissoutes en juillet dernier par le ministère de l’Intérieur. Le groupuscule d’extrême droite a été fondé par Alexandre Gabriac, conseiller régional élu sous l’étiquette FN avant d’en être exclu pour des photos le montrant faisant des saluts nazis.

Le leader médiatique a d’ailleurs fait le déplacement ce jeudi pour venir soutenir son ami, accompagné d’une dizaine de personnes. Pourtant, les membres des Jeunesses nationalistes ont maintenant interdiction de se regrouper, sous peine de poursuites pour « reconstitution de ligue dissoute ».

Quant à Jonathan Colombet, à tout juste 21 ans, son casier judiciaire est vierge. Il a toutefois été interpellé en juillet 2012 pour avoir participé à une action coup de poing sur le toit de la gare Part-Dieu.

Gabriac et ColombetLors des suspensions d’audience, les forces de l’ordre ont entouré Jonathan Colombet, Alexandre Gabriac et leurs amis. ©Leïla Piazza/Rue89Lyon

 

Antifascistes de l’autre côté

De l’autre côté de la salle, se sont rassemblés une trentaine de militants antifascistes qui sont venus soutenir la victime de l’agression. Il faut dire que « Toto » non plus n’est pas tout à fait un anonyme. C’est une figure de la Croix-Rousse militante, comme le rappelle son avocate Emilie Bonvarlet :

« Il est extrêmement connu pour ses activités militantes, que ce soit en France ou en Italie »

Salvatore a en effet fait partie des Brigades rouges en Italie dans les années 1970-80. Il raconte :

« J’ai été arrêté en 1980, j’ai fait quatre ans de prison. J’ai été torturé, j’en porte encore les séquelles aujourd’hui. Et puis j’ai réussi à partir vers la France où j’ai obtenu le statut de réfugié politique. C’est à ce moment là que j’ai déposé les armes. »

Il est aujourd’hui dans un état de santé précaire, hémiplégique du coté gauche notamment :

« Je suis handicapé à 80%. C’est lâche d’agresser un handicapé. »

Si, comme il l’affirme, « aujourd’hui ma seule arme c’est ma carte électorale », « Toto » n’a pas pour autant stoppé ses activités militantes antifascistes.

Sortie Toto tribunal« Toto » à la sortie du tribunal. ©Leïla Piazza/Rue89Lyon

 

Evacuation de la salle

L’ambiance était donc électrique entre les deux camps. Les soutiens se sont pressés autour de « Toto ». Du coup, la dizaine de proches de Jonathan Colombet, dont Alexandre Gabriac, en étaient rendus à se tenir debout à l’arrière de la petite salle bondée de monde. Une dizaine de policiers ont alors été déployés pour prévenir tout incident et ont fait évacuer de la salle les personnes restées debout, quelques minutes avant le début de l’affaire concernant les deux protagonistes.

L’avocat du militant nationaliste, outré de la situation, a alors rappelé l’impératif de « procès équitable » :

« J’observe que la salle est entièrement remplie de soutiens de « Toto » alors que les soutiens de mon client se sont vus retirer de la salle. »

Gabriac et ses amis ont alors pu à nouveau rentrer dans la salle, le président les appelant à « observer la sérénité des débats ».

 

Charge des nationalistes

De sérénité, il n’en a pas été question lors de la sortie de l’audience. Cela a commencé par des échanges d’insultes. Premiers à sortir, les soutiens de « Toto » l’ont alors entouré pour le raccompagner. Se dirigeant vers la place Guichard, en face du tribunal, ils ont rapidement été rejoints Alexandre Gabriac et ses amis. Ces derniers ont alors chargé le groupe entourant « Toto » en entonnant les classiques slogans nationalistes – « Antifa ah ah ah », « bleu blanc rouge, la France aux Français ».

Le policiers les ont stoppés en sortant notamment les matraques. L’action provoc’ a été en partie filmée par un nationaliste et fièrement diffusée sur le Facebook d’Alexandre Gabriac.

 

Vidéo diffusée par Alexandre Gabriac sur Facebook

 

« Le tribunal ne tiendra pas compte des idées politiques »

Si à l’intérieur ou à l’extérieur du tribunal, la dimension politique de l’affrontement était claire, à l’intérieur, le procureur a balayé le caractère potentiellement politique de cette agression, reprenant en cela un argument de la défense. Il a affirmé :

« Il s’agit d’un dossier d’agression qui sera traité comme un autre dossier d’agression. Le tribunal ne tiendra pas compte des mobiles ou des idées politiques. »

Avant d’ajouter :

« Dans les deux camps, ce sont des idées extrémistes et violentes. »

L’avocate de « Toto » s’est évidemment opposée à ce genre de lecture. Pour Emilie Bonvarlet, il n’y a pas de doutes :

« C’est quelqu’un qui a été visé pour ses appartenances politiques. »

D’ailleurs, l’avocate n’hésite pas à critiquer la position du ministère public :

« Le parquet n’est pas à la hauteur. Il nie le caractère politique, l’agression en réunion et l’état de vulnérabilité de mon client. C’est nier qu’on est ici dans une affaire publique. Le parquet se désintéresse de ce type d’affaires. Il n’a pas la volonté de lutter contre l’extrême droite. »

Surtout que, rappelle-t-elle, cette agression s’inscrit dans un contexte local particulier. En effet, depuis 2010, le collectif de vigilance 69 contre l’extrême droite a recensé quelque 40 agressions liées à l’extrême droite dans l’agglomération lyonnaise. Ne serait-ce qu’à la Croix-Rousse, nouveau quartier prisé par les groupuscules d’extrême droite, le collectif a compté dix faits significatifs entre décembre 2012 et juin 2013.

 

« Une simple chute »

L’avocat de la défense, Pierre-Marie Bonneau, l’avocat habituel des nationalistes venu de Toulouse, a fait en sorte que son client soit jugé comme « n’importe quel suspect ». Suspect qui nie les faits.

Mais il ne s’est pas gêné pour glisser sur un terrain plus politique :

« Il (son client, ndlr) est connu comme membre des mouvements nationalistes. Il le reconnaît et en est fier. Et j’avoue avoir une certaine fierté à le défendre. »

Après avoir tenté d’expliquer que les blessures de « Toto » pouvaient être liées à une simple chute, il accuse « Toto » de manipulation :

« Toto déteste Colombet car il est membre des mouvements nationalistes. Il est porteur d’un idéal. Toto appartient au passé. Eux sont tournés vers l’avenir. »

Le procureur de la République a requis ce jeudi un mois de prison avec sursis, 150 euros d’amende et 5 ans d’interdiction de port d’arme contre l’accusé, à la grande déception de la partie civile. Le président du tribunal a mis son jugement en délibéré au 2 janvier.

 

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L'AUTEUR
Leïla Piazza
Leïla Piazza
Journaliste à Rue89Lyon
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