Société 

Ouvrir des squats : une solution pour héberger les SDF ?

actualisé le 12/12/2013 à 11h05

La semaine dernière, des militants du droit au logement ont ouvert un squat dans le 4e arrondissement de Lyon pour héberger trois familles SDF. Ils l’ont fait avec l’appui de la maire du premier (en congé du PS). Nathalie Perrin-Gilbert justifie cette violation de la loi par une autre loi, le droit inconditionnel à un hébergement.

Ce samedi, ils étaient entre 50 et 80 personnes à répondre à un appel du « Collectif logement » de Lyon pour aller « officialiser » un squat ouvert sur le plateau de la Croix-Rousse. Le but était de reloger trois familles de Roms expulsées le lundi quai Perrache d’un autre bâtiment occupé. Ce samedi, une dizaine de camionnettes de CRS se sont également déployées sur les lieux. Mais ce samedi soir, la police n’a pas bougé.

Le lendemain en début d’après-midi, changement de stratégie. La police a finalement procédé à l’expulsion de cette maison inoccupée, située rue Henri Gorjus, remettant à la rue une vingtaine de personnes. Une famille avec enfants de moins de trois ans aurait été relogée selon la préfecture.

Concernant la légalité de l’expulsion, la préfecture du Rhône considère, au terme d’une enquête de voisinage, que la présence depuis plus de 48 heures n’était pas attestée. La police était donc fondée à expulser immédiatement les occupants, sans avoir à passer devant un tribunal. Une décision de justice est en effet nécessaire si des squatteurs sont installés depuis plus de 48 heures dans un lieu.

Cette version de la préfecture est contredite par les membres du « Collectif logement », à l’origine de l’ouverture de ce squat, qui parlent « d’expulsion illégale ». Comme preuve, ces spécialistes des ouvertures de squats disent avoir fait envoyer une lettre recommandée réceptionnée jeudi par une des familles. Ce qui prouverait leur présence depuis au moins cette date-là.

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La maison du 52, rue-henri Gorjus (Lyon 4e) squattée brièvement la semaine dernière. Capture d’écran Google View.

 

« Désobéissance civile »

Présente sur les lieux, le samedi et le dimanche, la maire du premier arrondissement affirme également avoir eu en main cette fameuse lettre recommandée.

Elue de la République, Nathalie Perrin-Gilbert défend ces personnes qui ouvrent des squats en violation de la loi. Elle parle d’une action de « désobéissance civile » et appuie le discours porté par ce « Collectif logement ». Un de ses membres, sous couvert d’anonymat, nous explique la démarche :

« A Lyon, il y a des milliers de logements vides et des milliers de personnes à la rue. Il n’y a pas de problème de logement mais un problème de volonté politique. L’Etat a les moyens juridiques de réquisitionner mais ne le fait pas. Nous, nous le faisons ».

L’« Etat », en l’occurrence la préfecture qui le représente dans le Rhône, a déjà réquisitionné des bâtiments vides ou des terrains. C’est ce que le préfet a fait en novembre pour héberger à Oullins les demandeurs d’asile qui campaient sous un pont à Perrache.

Mais cette réquisition tout comme les places d’urgence ouvertes pour le plan froid ne sont pas suffisantes pour héberger tous les SDF et les mal logés. Tous les acteurs de l’urgence le reconnaissent. Tous les jours, depuis le début de la période hivernale, on compte près de 800 personnes qui ne trouvent pas de solution en appelant le 115. Lundi 9 décembre au soir, ils étaient précisément 788 SDF à être « sans solution » d’hébergement.

Pour autant, la préfecture considère ces ouvreurs de squats du « Collectif logement » comme une trentaine « d’anarchistes fauteurs de trouble » et surtout pas comme des supplétifs de la politique d’hébergement.

 

« C’est l’Etat qui ne respecte pas la loi »

Nathalie Perrin-Gilbert, maire du 1er arrondissement de Lyon

Nathalie Perrin-Gilbert, maire du 1er arrondissement de Lyon

Si la préfecture ne veut pas entendre parler d’ouverture de squat, comment une élue parvient-elle à défendre cette démarche ?
Nathalie Perrin-Gilbert avoue qu’elle n’est pas une « fana » de ce genre d’ouverture de lieu.

Mais elle partage le diagnostic du « Collectif logement ».

Elle tranche : « c’est l’Etat qui ne respecte pas la loi », en se référant à la loi qui prévoit un droit opposable et inconditionnel à l’hébergement :

« Il ne faut pas inverser les choses. Ce ne sont pas les personnes qui défendent le droit au logement (qui ouvrent des squats, ndlr) qui sont fautifs mais l’Etat qui ne parvient pas à héberger près de 1 000 personnes tous les soirs à Lyon. Je ne peux pas reprocher à ces jeunes gens de démontrer que la réquisition est possible ».

 

« Il n’y a pas de bons squats »

Elle qui prépare activement le programme commun de son groupe de réflexion, le GRAM allié au Front de gauche, appelle de ses voeux la multiplication des réquisitions des bâtiments vides. Elle évoque notamment le bâtiment de l’ancien collège Truffaut dans le premier arrondissement.

« Le préfet peut réquisitionner. Mais on est face à un blocage politique. Le maire de Lyon ne veut pas en entendre parler pour des raisons électorales ».

Gérard Collomb ne s’en cache pas. Il n’est pas favorable à l’augmentation des capacités de l’hébergement d’urgence dans l’agglomération lyonnaise.

Au lendemain de la mort de trois personnes dans une usine squattée en mai dernier, il avait spécialement organisé une conférence de presse notamment pour fustiger ceux qui encouragent de façon « irresponsable » que de tels squats existent. Face à ce « problème des squats », Gérard Collomb avait appelé chacun à avoir une « attitude responsable » :

« La France a une grande tradition d’accueil. Mais ceux qu’elle accueille, elle doit le faire dignement. Le Grand Lyon fait beaucoup d’efforts mais nous ne pouvons pas accueillir tous ceux qui rencontrent des difficultés dans le monde ».

Il avait réaffirmé les deux axes de sa politique :

  • La poursuite des démantèlements de squats. Et même « ne pas laisser les gens s’installer car « les gens squattent au péril de leur vie ». Pour lui, il ne peut y avoir en effet de « bons squats ».
  • Résoudre « les problèmes des Roms » dans leur pays d’origine pour « qu’ils ne viennent pas à Lyon ». Avec le développement de programme de coopération décentralisée menée par le Grand Lyon à Tinca en Roumanie.

La réponse à ces deux expulsions de squats en une semaine et à la politique menée par le Grand Lyon est l’organisation d’un rassemblement ce jeudi devant le Grand Lyon pour, une fois de plus, demander la réquisition de logements vides.

D’ores et déjà, ce « Collectif logement » promet de continuer à ouvrir d’autres bâtiments vides. Depuis sa création début septembre, ce groupe revendique la création d’une dizaine de squats.

 

 

 

 

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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