Cultures 

Alex Ramirès, un grand garçon dans le vent

actualisé le 04/04/2016 à 15h37

Révélé par un premier one-man-show prodigieusement schizophrène dans lequel il racontait son dépucelage sur un texte de Jocelyn Flipo, Alex Ramirès revient avec Alex Ramirès est un grand garçon, « spectacle de la maturité » aussi jubilatoire qu’émouvant dont la construction ne doit (presque) rien à personne. 

alex ramires©Margot Raymond

 

La, si, do, mi, fa, sol, fa, mi, do, si. Toute la personnalité d’Alex Ramirès est contenue dans ces dix notes, qui composent (en la majeur) la mélodie douce-amère du Kids de MGMT, et au son desquelles il salue le public au terme de son nouveau one-man-show, Alex Ramirès est un grand garçon.

Un lucide et décoiffant autoportrait du comédien en « fuyard en avant » dont la genèse remonte justement à l’enfance. Nous sommes en 1998 à Roussillon, en Isère. Alex n’a que 9 ans, mais assez d’énergie et de volubilité pour que sa mère juge opportun de l’inscrire au cours d’improvisation théâtrale du centre social du coin.

Il va y faire sa première rencontre déterminante : celle du conteur Olivier Ponsot, avec lequel il va apprendre à matérialiser une histoire en deux temps trois mouvements. Au sens propre, l’endroit disposant pour seul matériel de deux paravents, qui font office de coulisses. Galvanisé à l’idée de pouvoir être, au gré de ce qui le traverse le jour, qui il veut le soir à l’instar, d’une certaine façon, des super-héros masqués dont il goûte alors les exploits, il suivra cet atelier toute une décennie.

Dix ans pendants lesquels ce tchatcheur né, qui confesse être incapable de s’exprimer sans les mains (et sans singer des dialogues, est-on tenté d’ajouter) et qu’on soupçonne de couper ses Frosties avec des piles Duracell, développera un jeu tout en élasticité et en vélocité. Lequel lui vaudra plus tard d’être comparé à Jim Carrey. Problème : Alex n’apprécie de lui que ses films dramatiques. Son modèle avoué, c’est Muriel Robin. On y reviendra.

 

Le premier jour du reste de sa vie

Pour l’heure, la suite se passe à Lyon, où Ramirès débarque avec son sourire juvénile à la Philippe Candeloro, ses beaux yeux opaline et sa coupe de fan d’eurodance dans l’idée de suivre des études d’arts plastiques et de cinéma. A l’époque, intimidé par la quantité de jeunes qui aspirent à une vie sur les planches, il n’envisage pas le théâtre autrement que comme un loisir.

Jusqu’à la deuxième rencontre cruciale de sa carrière : poursuivant son apprentissage de la spontanéité auprès de la Ligue d’Improvisation Lyonnaise (ses «idoles», qu’il venait encourager avec son professeur) et des Improlocco, il fait la connaissance de Jocelyn Flipo. Les deux hommes se découvrent une passion commune pour les séries télévisées, pour le récit sans contrainte et pour les entreprises un peu folles. Flipo, qui n’est pas encore touche-à-tout surdoué qu’il est aujourd’hui, propose à Ramirès de lui écrire un sketch et de lui organiser un festival dans lequel il pourra le montrer. Nous sommes alors le 12 décembre 2008, que Ramirès décrit comme «le premier jour du reste de (sa) vie». Et c’est la dernière fois que son avenir sera soumis au hasard.

Car au festival Comic Trip ainsi créé, il tape dans l’œil de Cécile Mayet, directrice de Complexe du Rire. Elle lui propose de programmer son one-man-show six mois plus tard. Sauf qu’il n’en a pas. Les deux compères se remettent donc à la tâche, en marge de leurs vies de bureau respectives, et finissent par accoucher de Saison Hein ?, trépidant feuilleton scénique dans lequel Ramirès raconte, en changeant de personnage comme une girouette prise dans un cyclone change de direction et sans jamais verser dans l’hermétisme et la vulgarité teenage, son dépucelage.

Nous sommes le 10 novembre 2009, début d’une aventure qui, moyennant l’intervention de deux complices de Flipo (Léon Vitale à la direction, Julien Limonne à la musique) et un changement de titre (Serial Lover), va permettre à Ramirès de faire ses premier pas dans la cour des grands – et de cartonner à quelques encablures de celle des papes, à Avignon, ainsi qu’au Festival national des humoristes de Tournon, qui fait loi question egotrip caustique.

 

 

Chercher le grand garçon

Désormais décidé à faire parler de lui, il tente sa chance à la télévision, se confrontant à cinq reprises à l’impitoyable jury d’On n’demande qu’à en rire, l’influent télé-crochet de Laurent Ruquier. Il en revient amer, mais pas démotivé :

«Quand on dit que la télé est une machine, c’est exactement ça. Si on en maîtrise les rouages, on peut en tirer quelque chose. Ce n’était pas mon cas. C’était trop rapide et soudain. Mais ça m’a encouragé à continuer. Personne ne m’y a conseillé de changer de métier».

Ce qu’il lui a été conseillé en revanche, c’est de bosser. D’abord réticent, comme tout post-ado qui se respecte, il multiplie les activités : pratique de la danse hip hop et de la capoeira pour se maintenir en forme, réalisation de courts-métrages animés pour alimenter ses rêves de grand écran, entretien de ses talents d’improvisateur…

Mais sa diversification la plus profitable, il la doit de nouveau à Flipo, qui le fait figurer au générique de Dans ta bulle (où il incarne Max, brave gars un peu lunaire en quête du grand amour) et Loving Out (qui le voit succéder à Rayane Bensetti dans le rôle de Léo, jeune homo un brin superficiel dont va s’éprendre un hétéro convaincu), deux comédies romantiques d’une désarmante justesse de ton. Sans se départir de sa sympathie et de sa vitalité, Ramirès y déploie à sa grande satisfaction une sobriété et une sensibilité qu’on ne lui soupçonnait pas :

«C’est bien de ne pas toujours avoir le rôle principal. Des fois, j’ai envie d’être la star, de faire rire, tout seul. Et d’autres fois j’ai envie d’exprimer des émotions plus subtiles, de me prouver que je ne suis pas creux».

Une envie qui finira par faire naître en lui un irrépressible besoin d’émancipation :

«Est arrivé un moment où j’ai senti que Jocelyn avait une certaine facilité à poser des choses parce qu’elles venaient de son for intérieur. J’ai voulu faire pareil, comme quand on regarde son père conduire une voiture. J’ai toujours souhaité raconter des choses plus personnelles, mais je ne savais jusqu’à présent pas comment le faire».

 

La vie d’Alex

Dont acte. Serial Lover avait été écrit par Flipo pour que son poulain, mal assuré et trop fougueux, ne s’effondre pas sous le poids de son admiration pour Muriel Robin, dont il empruntait des intonations et phrases sans même s’en rendre compte («Il m’a confectionné un costume et j’en ai fait ce que je voulais, je l’ai étiré aux coudes… Sans lui, j’aurais été tout nu»).

Son successeur, Alex Ramirès est un grand garçon, est lui du seul fait de Ramirès, qui pose d’ailleurs à poil sur l’affiche – et sur celle de Trash, la prochaine création de Flipo, qui d’ici là se « contente » d’un rôle de manager. Ce parti pris pictural n’a rien d’anodin, ce deuxième one-man-showcreusant une veine beaucoup plus autobiographique. De sa piètre résistance à l’alcool à son comportement régressif en boîte de nuit en passant par son mépris du VDST (le «Vieux Dans Sa Tête», type d’humain qui bouffe des fruits secs à l’apéro et se mouille la nuque avant d’entrer dans l’eau, entre autres signes d’insipidité précoce), Ramirès s’y livre avec un souci du détail qui tue, un sens de l’auto-dérision et un désintéressement physique proprement irrésistibles.

Des qualités qu’il lui a toutefois fallu canaliser, avec le concours de Stéphane Casez. Le directeur du Boui-Boui (et du Rideau Rouge et du Comédie Odéon) et expérimenté collaborateur de Stéphane Guillon et Jérôme Commandeur a en effet été invité à donner son avis sur la mise en scène du spectacle à deux semaines de la première :

«Il a apporté une expertise technique. Malheureusement ou heureusement, il y a des codes dans l’humour. C’est comme en musique. Tu ne fais pas une chanson de six minutes si tu veux être programmé en radio. Et moi j’ai envie d’être programmé en radio».

A l’arrivée, Alex Ramirès est un grand garçon a gagné en expressivité (par la réduction du nombre d’accessoires utilisé), en efficacité (certains passages ont été raccourcis) et en nuances.

 

 

Raisons et sentiments

Grises les nuances. Car sous ses airs de petit con jovial, Alex Ramirès est un grand angoissé. Un trentenaire avant l’heure qui refuse de se maquer parce qu’il craint la normalisation, archive tout par peur de l’oubli («à neuf ans, je proposais à mes amis de mettre des souvenirs dans une boîte pour qu’on s’en rappelle dix plus tard») et porte du jaune pour éclipser ses idées noires. C

ette maturité, pas si paradoxale qu’il n’y paraît, est la garante de l’universalité d’un propos de prime abord très référentiel (la pop culture occupe la majeure partie de l’imaginaire de Ramirès). Elle est surtout le catalyseur de contrepoints tout à fait bouleversants, telle cette virtuose tirade anti-vie-à-deux qui s’achève par un soudain aveu de faiblesse, ce portrait d’une tante sale et vulgaire se terminant sur un monologue nostalgique qui ne ferait pas tâche sur une Scène nationale ou cet autre d’un candidat de télé-réalité prêt à se flinguer en direct pour connaître la gloire, qu’on croit hors sujet alors qu’il est un garde-fou.

«Le spectacle ne s’adresse pas qu’aux adolescents ou aux jeunes de mon âge. Ce n’est pas du Kev Adams. Pour moi un grand garçon, c’est un homme d’affaires qui va se réveiller avec un putain d’épi le matin. C’est ce décalage que je trouve intéressant. Le monde des adultes ne convient pas à tout le monde, et ce n’est pas une question d’âge. J’aurais pu écrire ce spectacle à 34 ans. Il se trouve que j’en ai 24, et pour moi c’est déjà bien assez vieux. D’ailleurs, si je m’étais écouté, tous les sketches finissaient mal. Sauf que si à chaque fin de sketch le public a le cœur serré, c’est dur de rebondir. Les gens viennent pour rire, mais si je peux les toucher d’une manière différente, c’est un bonus. Si je peux les emmener vers quelque chose que je pense être juste, qui me touche, ça ne peut que les toucher aussi. Je trouve ça fort quand on passe du rire à l’émotion en une seconde. Comme dans La Solitude de Muriel Robin, mon sketch préféré».

A cette aune, plus que l’hymne générationnel évoqué en début de papier, ce sont les deux phrases suivantes, retirées de l’ultime séquence d’Alex Ramirès est un grand garçon (où un guide futuriste fait visiter les ruines d’un café-théâtre), qui synthétisent le mieux le parcours d’Alex Ramirès, sa complicité avec Jocelyn Flipo et la teneur de ce nouveau one-man-show :

«C’est l’histoire d’un gars qui voulait bien grandir mais pas mourir, parce qu’il voulait tout voir, tout vivre, tout découvrir et tout raconter après. C’est l’histoire d’un gars qui ne voulait pas être connu mais qui voulait devenir quelqu’un».

Et qui y est parvenu.

 

Par Benjamin Mialot, sur petit-bulletin.fr

Infos pratiques

Alex Ramirès est un grand garçon !

Le Boui Boui : 7 rue Mourguet Lyon 5e
Jusqu’au 28 décembre 2013, du mar au sam à 21h30

 

 

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