Société 

Lacrymo et arrestations, une expulsion de squat qui tourne mal à Lyon-Confluence

actualisé le 17/08/2016 à 08h50

Ce lundi, les forces de l’ordre sont intervenues vers 6 heures du matin pour expulser un squat de Lyon-Confluence. Et pas dans le calme. Pour déloger les occupants, Roms pour la plupart, et leurs soutiens, la police a fait usage de gaz lacrymogène.

La menace d’une expulsion planait depuis la fin de la semaine dernière sur ce bâtiment, situé 71 quai Perrache (2e arrondissement), propriété de la SPL Lyon Confluence. Ce matin des militants associatifs étaient venus soutenir les familles Roms. Selon l’un des habitants, le squat comptait 85 personnes. D’autres, comme le MRAP, parlent d’une cinquantaine d’occupants.

 71 quai perracheCapture d’écran Google street view

 

Gaz lacrymogène

Lors de l’expulsion, des familles et des militants se sont assis sur la route, bloquant la circulation. Les forces de l’ordre ont alors fait usage de gaz lacrymogènes, raconte Jean-Philippe, un militant du MRAP présent sur place. Dans un communiqué, l’association anti-raciste donne cette version des faits :

« Vers 7 heures, alors que les familles entravaient la circulation, la police est intervenue très violemment à coups de pieds, à coups de poings et finalement à coups de gaz lacrymogène. Une femme ainsi que deux nourrissons ont été pris en charge par les pompiers. Plusieurs militants associatifs ont également été touchés par les jets de gaz. »

Le MRAP annonce par ailleurs qu’il va saisir le Défenseur des droits, Dominique Baudis, à propos de l’utilisation de gaz lacrymogène en présence d’enfants.

 

Une « action légitime » contre des « anarchistes »

En début d’après-midi, dans un communiqué, le patron de la Direction départementale de la sécurité publique du Rhône, Albert Doutre a réagi aux critiques du MRAP, en exposant sa version des évènements de ce lundi matin :

« Une trentaine de personnes a tenté de faire obstruction en entravant la circulation sur le quai Perrache et en s’opposant violemment à l’action légitime des forces de l’ordre. »

Avant d’affirmer :

« Cette trentaine de troublions composée uniquement de militants anarchistes a été repoussée avec l’emploi de moyen individuel de gaz lacrymogène. Ces gaz se sont propagés dans le périmètre incommodant légèrement les personnes demeurées à proximité du site dont des membres de familles issues de la communauté roms introduites dans les locaux par les anarchistes illicitement implantés. »

Face à ces propos, le Collectif logement Lyon, qui tenait une réunion ce lundi soir, a réagi par voie de communiqué :

« Loin de n’avoir été «qu’incommodés légèrement » comme l’a décrit Albert Doutre, patron de la Direction départementale de la sécurité publique du Rhône, deux enfants ont été emmenés à l’hôpital suite à cette action. »

Et d’ajouter :

« Loin d’être une « action légitime » telle que commentée par Albert Doutre, le fait d’envoyer des gaz lacrymogènes relève d’une mise en danger délibérée vis-à-vis de ce bébé. »

 

Deux arrestations

Selon leprogres.fr, un peu plus tard, vers 9h45, deux personnes ont été arrêtées à l’arrêt de tramway Perrache. Il leur serait reproché d’avoir insulté les forces de l’ordre lors de l’expulsion du 71 quai Perrache.

Un des habitants, membre de l’université populaire « Ô château dans le ciel », considère l’expulsion illégale « car il n’y a pas eu d’entrée dans les lieux par voie de fait ». Autrement dit, selon cet occupant, il n’y aurait pas eu d’effraction pour pénétrer dans le bâtiment, ce qui rendrait la procédure illégale. Il ajoute :

« Le squat était expulsable depuis le 13 août. Pourquoi avoir attendu l’hiver ? C’est inhumain !»

Dans son communiqué, le MRAP met en cause également la régularité de cette expulsion. Mais pour d’autres raisons :

« Une fois encore, dans le Rhône, une expulsion est réalisée en violation de la circulaire inter-ministérielle du 26 août 2012 qui prévoit un diagnostic et un accompagnement, du droit français et des traités européens. »

 

Quelques relogements

Contactée, une porte-parole de la préfecture du Rhône n’a apporté aucune précision sur l’intervention de la police. Elle a affirmé que les familles avec enfants en bas âge vont se voir proposer un relogement.

Une version que contestait lundi soir le Collectif logement Lyon dans son communiqué, affirmant qu’ « aucun relogement ne leur a été proposé. »

Selon un habitant, une trentaine d’enfants vivaient là, dont un nourrisson de quelques semaines et un bébé de trois mois qui souffrirait de problèmes respiratoires aigus. Les familles roms hébergées quai Perrache venaient pour certaines d’un autre squat, « Chez Rita », dans la 7e arrondissement, expulsé en septembre.

 

> Article actualisé à 15h40 suite à l’annonce du MRAP, qui va saisir le Défenseur des droits et à la réaction du Directeur départemental de la sécurité publique.

> Mis à jour le 3 décembre à 12h avec le communiqué du Collectif logement Lyon

 

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