Appartement 16
  • 19:15
  • 23 novembre 2013
  • par Tribune

CRS à Lyon 2 : le témoignage d’un étudiant contestataire

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Les violents incidents de jeudi à l’université Lyon 2 ont suscité de nombreuses réactions du côté de l’institution (présidence de la fac, ministre de l’Enseignement supérieur) par voix de communiqué de presse. Sur les réseaux sociaux, de nombreux étudiants donnent une autre version des faits.
Nous publions le témoignage, sous couvert d’anonymat d’un étudiant de 23 ans inscrit en master qui a participé à l’envahissement du « congrès élargi ». Chargé de TD dans cette même université et salarié par ailleurs. S’il participe à de nombreux mouvements sociaux, il dit ne faire partie d’aucune organisation politique ou syndicale.

CRS-Lyon2J’étais au rassemblement organisé pour protester contre les orientations de la présidence de l’université. Environ une centaine de personnes était présente devant le Grand Amphi de Lyon 2 pour s’inviter au « congres exceptionnel » organisé par le président.
Dans un premier temps, les agents hygiène et sécurité nous ont informé que le président acceptait que nous participions à ce congrès, à ma grande surprise je dois bien l’avouer.

Cependant et au bout d’un certain temps d’attente, nous avons vite compris que ce n’était qu’une stratégie pour nous faire patienter, et nous empêcher de pénétrer dans l’amphi. Nous avons donc pris la décision de rentrer dans cet amphi. Il y a eu effectivement une bousculade à ce moment là compte-tenu du fait qu’une centaine de personne tentait d’entrer par une porte devant laquelle se trouvait les agents hygiène et sécurité.

Précisons ici que ces personnes sont des agents contractuels payés une misère. Lors des mouvements sociaux, les présidents les utilisent souvent afin d’empêcher des rassemblements d’avoir lieu comme c’était le cas hier. Évidemment cela ne fait pas partie de leur métier et il n’est pas indiqué dans leur contrat qu’ils sont employés pour de telles tâches. Toujours est-il que c’est ainsi que la présidence les utilisent.

Bousculade et agent qui boite

Il y a donc eu une bousculade et j’ai aperçu un des agents qui boitait légèrement. Il est indiqué dans Tribune de Lyon qu’il a été transporté « en urgence » à l’hôpital pour « un grave problème au genou ». Nous en étions au début de l’action, il était environ 12h30. À 14h30, lorsque les policiers sont entrés dans l’établissement, cet agent était toujours là, toujours avec nous et en service, pour nous empêcher d’accéder à une autre porte.

Difficile de croire cette version officielle donc, puisqu’il s’est rendu à l’hôpital près de trois heures après, qu’il a continué d’exercer sa fonction jusqu’ici, et que nous avons entendu quelqu’un lui demander d’aller à l’hôpital afin qu’il puisse porter plainte. C’est le seul agent à ma connaissance qui aurait été « blessé ». Les médias et la présidence indiquent le nombre de 5 blessés, soit le nombre d’agent qui étaient présents ce jour là. Le président (qui n’est pourtant pas sorti de son bureau) fait état quant à lui de « violences inacceptables », de « brutales intimidations » et de « coups volontaires »…

Occupation de l’amphi

Une fois dans l’amphi, nous avons pris place dans celui-ci et nous avons patienté jusqu’à ce que le congrès commence. L’amphi était également rempli de la plupart des profs élus au conseil d’administration. Après une trentaine de minutes d’attente, un des responsables administratifs de l’université est rentré et a demandé aux élus de s’en aller en leur précisant qu’ils communiqueront une autre salle dans un autre lieu, afin que la réunion puisse se tenir sans nous.

Précisons ici qu’à aucun moment le président ou ne serait-ce qu’un membre de l’équipe présidentielle n’est venu s’exprimer devant nous ou chercher à savoir quelles étaient nos revendications. Les seuls « interlocuteurs » que nous avons eu pendant cette action étaient les agents hygiène et sécurité (puis les CRS !). Voilà une conception assez particulière du débat pour quelqu’un nous accusant dans son mail de « pratiques antidémocratiques »…

Toujours est-il que nous avons donc quitté nous aussi l’amphi, et c’est à ce moment là que nous sommes accusés d’avoir volé un micro (2 micros selon les médias). Personnellement je n’ai pas vu ce micro en entrant dans la salle et j’ai des doutes sur le fait qu’il y en ait eu vraiment un.

Escortés par des agents de sécurité

Nous nous sommes donc retrouvés dans la cour. J’ai discuté avec certains profs. Ils font partis d’une liste opposée au président actuel mais sont très minoritaires (Jean-Luc Mayaud a effectivement était élu président de l’université à 17 voix contre 5). Ils ont refusé pour leur part d’aller au second lieu de réunion, escortés par des agents de sécurité.

On a vu alors certains profs (plutôt proches du président) se diriger discrètement et un par un dans son bureau. Le président de l’université a fait monter des doyens ainsi que des représentants syndicaux dans le bureau où il s’est calfeutré, sans leur dire pourquoi, ce qui lui permet d’écrire dans son mail envoyé vendredi matin :

« Prenant acte d’une situation de grande insécurité des personnes, avec l’équipe présidentielle, j’ai rassemblé  en urgence pour une courte réunion des représentants syndicaux de toutes sensibilités »

Une porte forcée mais pas cassée en deux

Nous avons repéré ce manège et nous avons décidé de nous inviter nous aussi à cette réunion VIP. C’est à ce moment là que nous avons forcé une des portes. Elle n’est pas cassée en deux, il a suffit de tirer dessus (assez fortement certes) pour qu’elle s’ouvre. Un élément magnétique a donc peut-être été endommagé mais c’est à ma connaissance le seul dégât matériel de cette action.

Nous sommes donc montés par un escalier pour arriver devant une porte verrouillée devant laquelle sont disposés les agents de sécurité (dont celui « gravement atteint transporté en urgence » à l’hôpital…). « Nous » ? Non pas des « étudiants dirigés par la FSE » comme le précise le mail de la présidence de ce vendredi matin mais des gens déjà présents à l’AG du mardi précédent qui avait réuni environ 150 personnes.

Des gens de la FSE certes, mais aussi du Parti de gauche, de l’Union des Étudiants Communistes (UEC) et aussi beaucoup de non-encartés comme moi ou deux de mes potes en doctorat qui ne font pas partie d’un syndicat. Il y avait aussi des profs ou encore des représentants du personnel de la fac (BITAOS). Nous avons fait une Assemblée Générale devant ces portes, durant laquelle des étudiants, des syndiqués, des profs et des représentants du personnel ont pris la parole pour dénoncer la politique actuelle de l’Université.

Des personnes de toutes sensibilités politiques ont pris la parole pendant cette AG. Et les profs ont eux-aussi largement pris la parole. Donc cela n’était pas une réunion des « méchants gauchistes terroristes de la FSE ».

Coup de sifflet et CRS qui déboulent

Nous étions assis par terre et calmes, respectant les tours de parole habituels en AG de 3 minutes par personne. Une heure après, les informations ont commencé à nous parvenir sur la présence de policiers aux abords de l’établissement.

Avant la fin de l’AG, un coup de sifflet a retenti en bas de l’escalier nous donnant l’ordre de sortir. Les portes devant lesquelles nous attendions se sont enfin ouvertes… sur plus d’une dizaine de CRS en armure. Le commissaire, orné d’une écharpe tricolore, a donné trois coups de sifflets :

« Je vous ordonne au nom de la loi de quitter les lieux. À partir de maintenant les CRS sont autorisés à vous charger ».

De l’étage au-dessus de nous, une dizaine d’autres CRS sont arrivés. Autrement dit, il y en avait partout, en haut, en face et en bas. Nous avons quitté les lieux dans un calme relatif. A vrai dire, à ce moment-là, on a surtout peur de ce qui aurait pu nous arriver. Nous sommes descendus dans la cours de l’université. Les 30 CRS ont été rejoints par 20 flics en civil. Je suis parvenu à rejoindre les profs qui étaient avec nous mais qui ont été épargnés par les flics.

Arrestations

Quelqu’un m’indique que les policiers ont pointé du doigt les personnes qu’ils allaient arrêter et que toutes étaient syndiquées à la FSE (on apprendra plus tard qu’en fait 6 personnes ont été arrêtées dont 4 de la FSE).

Quelques instants plus tard, peu après que je me sois extrait du groupe, celui-ci a été brutalement dirigé vers la sortie de l’université. Par groupes de trois, les étudiants sont tous relâchés. Tous sauf 4 qui, au moment de sortir, sont pris par les flics, jetés à terre, immobilisés à plat ventre, menottés dans le dos, puis embarqués (deux autres personnes sont poursuivies dans les rues adjacentes puis arrêtées, mais nous ne le savons pas encore).

Ces quatre personnes sont tous à la FSE et ont toutes pour points communs de s’être levés tous les matins depuis la semaine dernière pour être présents à partir de 7h30 dans la fac pour distribuer des tracts et tenter de mobiliser sur cette action. Elles se sont toutes mobilisées pendant cette semaine pour faire entendre ce qu’il se passe actuellement à l’Université.

6000 tracts ont été distribués et jeudi nous étions à peine 100. Il est évident que si nous avions été 250, 300, 500 le rapport de force n’aurait pas été le même et la présidence et les médias peineraient à nous faire passer pour une minorité de l’ultra-gauche terroriste contre la démocratie. Les six copains ont passé la nuit en garde à vue et la présidence de l’université porte plainte, notamment pour coups et blessures.

Une précision : les CRS ont interdiction de pénétrer dans une université

Il convient d’indiquer ici un élément important : les CRS ont interdiction de pénétrer dans une université, sauf sur ordre du président. La dernière fois que j’ai vu des CRS rentrer dans une fac c’était pendant ma L1 et la fac était bloquée. Hier nous en étions au début du mouvement, et ce n’est pas un acte anodin que d’avoir fait rentrer les CRS pour nous déloger.

Tout cela intervient dans un contexte très particulier puisque 3 vice-présidents de l’université ont démissionné parce qu’ils sont en désaccord avec les orientations de la présidence. Des vices-présidents ! Il n’y a donc pas que les « méchants terroristes de la FSE » qui trouvent qu’il y a des problèmes…

Application des lois LRU = privatisation

Actuellement sont appliquées les lois LRU dites d’autonomisation des universités. Privatisation serait un mot plus juste, mais autonomisation ça fait moins peur puisque « l’autonomie, c’est bien ». Basiquement la concrétisation de cette privatisation est que des capitaux privés peuvent financer des cursus universitaires. Ce qui peut très bien marcher pour des ingénieurs ou des étudiants en médecine : on peut trouver des industries pharmaceutiques qui ne rechigneront pas à financer des cursus pour avoir un vivier à disposition qu’ils peuvent recruter.

En revanche, allez trouver une entreprise qui financera des étudiants en anthropologie ? En sciences humaines ? En science po, en info-com… À ces inégalités entre filières s’ajoutent des inégalités territoriales : Paris Sorbonne ou Dauphine attireront très certainement des investisseurs. Mais allez trouver des investisseurs qui financeront la fac d’Angers ! À l’heure actuelle, l’Université de Béziers est ainsi contrainte de fermer ses portes. De plus en plus de filières ferment. Des postes de profs sont supprimés et les accès au licence restreints (combien de licences réservées aux étudiants de Rhône-Alpes ?).

À Lyon, le président de l’université à dans l’idée de nous faire intégrer une sorte de « super-université ». Fini Lyon I, Lyon II, Lyon III et Saint-Etienne : tout cela ne sera plus qu’une superfac. Le but ? Supprimer tous les doublons. Les postes par exemple, autrement dit, il n’y aurait désormais qu’un seul responsable des échanges internationaux pour les 4 campus. Mais on peut aussi imaginer à long terme que les cursus « en double » soient réunis dans un seul des campus. Lyon II et Lyon III perdront par exemple leurs spécificités pédagogiques et de recherche.

De nombreuses facs se bougent en ce moment, et tout cela est la concrétisation de ces lois LRU. Les récentes lois Fioraso du gouvernement socialiste n’ont pour autre objectif que d’accentuer ce mouvement vers la privatisation.

Naître dans un mauvais endroit

Le risque de tout ça c’est qu’à long terme, la personne qui est né au mauvais endroit et qui n’a pas de fac dans sa ville sera obligée d’intégrer une université de sa région (nombreux accès en L1 réservés aux étudiants de Rhône-Alpes à Lyon 2).

Que s’il veut faire médecine ou droit, il trouvera des industries pharmaceutiques ou des cabinets d’avocats qui auront financé des salles, des profs, du matériel, tout ce qui fait de bonnes conditions d’enseignement.

Mais si, par malheur pour lui, il veut faire une licence où on acquiert une approche critique de la politique ou des médias, soit il se retrouvera dans des conditions bien inférieures à ses petits copains de médecine, soit il ne pourra tout simplement pas le faire, parce qu’il ne sera pas né dans la bonne région (selon les règles actuelles, je n’aurais jamais pu faire le cursus que je poursuis actuellement).

Toutes ces applications sont décidées par le Conseil d’Administration de la fac. Sur 30 sièges, 5 sont réservés aux étudiants, 8 à des « personnalités extérieures à l’établissement » (chef d’entreprise, « acteur du monde économique »…). Pensez-vous que, dans ces conditions, notre parole est « démocratiquement » représentée ? C’est pour protester contre tout ça qu’une centaine de personnes ont été délogées de leur université jeudi et que 6 d’entre-elles ont passé la nuit dans un commissariat et sont susceptibles d’avoir des ennuis avec la justice.

Une AG n’est pas réservée aux « excités communistes »

Une AG aura lieu mardi à 12h à Bron. Si on avait été 150 la dernière fois, cela se serait passé différemment. Une AG n’est pas réservée aux « agités de la FSE » ou aux « excités communistes » comme on peut l’entendre parfois. Elle est l’endroit où chacun s’indignant contre tout ce qui est écrit au-dessus doit pouvoir se retrouver. Et la condition pour qu’il s’y retrouve, c’est qu’il y participe.

Ce qui se passe à l’université aujourd’hui n’est vraiment pas facile, libre à chacun de l’accepter ou de tenter de le combattre. Peut-être qu’à la fin on aura la toute légère satisfaction de se dire « au moins, j’aurais essayé ». Loin de moi l’idée de vous faire culpabiliser si vous n’étiez pas présents lors de ces actions. Pendant ma L1, il y avait un mouvement de grande ampleur, il se passait des choses aussi choquantes que cette semaine pratiquement tous les jours et je restais chez moi à glander toute la journée et faire des soirées, “kiffant bien“ que la fac soit bloquée. Je ne me sentais pas légitime à participer à une AG ou un mouvement, je ne connaissais personnes, ça avait l’air d’être des gauchistes bizarres, j’étais bien moins à gauche qu’eux et je ne comprenais pas grand chose à leur charabia. Si je n’avais pas eu une pote qui m’expliquait un peu ce qui se passait vraiment je ne me serais jamais mobilisé par la suite.

Alors je n’ai aucune ambition de vous embobiner dans mon « gauchisme primitif » mais je voulais simplement rétablir la vérité sur ces quelques faits. Le président Jean-Luc Mayaud diffuse allègrement sa vérité à travers l’envoi massif de mail à l’ensemble du personnel et des étudiants, nous accusant d’inacceptables « violences », de « coups volontaires » ou de « pratiques antidémocratiques » desquels les personnes présentes ce jour là ne se reconnaissent pas.


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11 Commentaires postés

  1. A titre d’informations, votre photo ne représente pas des CRS mais des policiers du commissariat de Lyon de la Section d’Intervention.

  2. Bonsoir, tout d’abord je tiens à dire que je respecte les personnes qui s’engagent pour ce qu’elles pensent être juste, plutôt que de rester passives.

    Mais deux choses m’embête dans ce témoignage :
    – vous vous opposez à des lois de la République votées (LRU, Fioraso) et vous vous invitez dans de instances qui comportent déjà des représentants (des profs & des étudiants), donc par simple logique votre mouvement est bien antidémocratique. Vous devriez saisir vos députés et/ou vos élus au conseil de l’université. Sinon c’est difficile pour une centaine de personnes non-élues de prétendre représenter les dizaines de milliers de profs et d’étudiants de Lyon…
    – admettons que le président de l’université vous reçoive : vous lui demandez quoi concrètement ?? j’ai vu passer un de vos tracts, ça reste des idées très générales. Et « délogeons tous les pantins du pouvoir », franchement ça fait pas bien sérieux…

    • m’embêteNT bien sûr, désolée pour la faute

    • Chère Céline,
      République parlementaire, légalité et démocratie n’entretiennent pas une relation nécessaire : il existe des formes de démocratie hors de l’expression parlementaire et la légalité est peut être anti-démocratique. Les exemples ne manquent pas.

      Concernant cette action particulière, on admettra qu’un conseil où les étudiants sont représentés par 5 sièges sur 30 puisse être jugé non-démocratique, c’est-à-dire non représentatif des rapports de force en présence. De manière générale, il n’est pas absurde que des décisions qui affectent un tel nombre d’usagers (les étudiants) et de personnels (les profs, évidemment, mais également l’ensemble des autres personnels, de ménage, de sécurité, etc.), prises sans eux, puissent être jugée non-démocratique (rappelons que les interventions notamment des élus étudiants, ou leurs propositions d’ordre du jour, peuvent être à l’avance jugées malvenues et rejetées).
      On conviendra donc que le CA de l’université Lyon 2, bien que légal et républicain, puisse être non-démocratique, et qu’à ce titre il manifeste des oppositions, sous forme d’actions décidées en assemblées générales à laquelle l’ensemble des étudiants et personnels sont conviés à participer.

      Les assemblées générales ne sont ni légales ni parlementaires ; mais s’agissant de l’intervention dans le débat des principaux éléments concernés par les restructurations, elles peuvent être de bon droit qualifiées de légitimes.

      • Merci pour ces explications Nikita, vous m’avez convaincue 🙂

        Mais j’attends une réponse sur le second point que je soulevais : quelles sont les demandes concrètes de ces manifestants ? Virer le président de l’université ? Et après quoi…
        Le ministère de l’enseignement supérieur est un des rares dont le budget a été maintenu, on ne peut pas juste réclamer plus de moyens sans cesse… La personne qui témoigne s’inquiète de la fin possible des doublons entre Lyon II et Lyon III : pour moi ce n’est pas une mauvaise chose, au contraire cela évitera le gaspillage d’argent public, davantage nécessaire pour maintenir par exemple les disciplines rares ou les antennes universitaires dans de plus petites villes.

        Bref, avant d’être convaincue par ce mouvement j’aimerais savoir quelles sont ses attentes précises et réalistes.

        • Je ne crois pas que l’ambition du mouvement soit de changer de président, ils ne personnalisent pas la contestation à ce point ; ce qu’attendent les contestataires, c’est une transformation en profondeur du système universitaire.
          A quoi viserait cette transformation ?

          A plus d’égalité, déjà ; un coup d’œil sur les statistiques nous apprend que les enfants d’ouvriers sont moins de 10% à l’université, contre plus de 30% de fils de cadres (observatoire des inégalités : http://www.inegalites.fr/spip.php?article1176). Des chiffres sans commune mesure avec la place réelle de ces professions dans la société ; la différence s’aggrave encore pour les filières les plus sélectives. Naturellement, ce n’est pas en privatisant l’université que l’on règle les problèmes d’inégalités : le service public est le mieux à même de les résoudre, et il y a encore du chemin à faire. Celui sur lequel s’engage actuellement l’université, avec les réformes LRU et Fioraso, n’est pas le bon. Constater qu’il existe une lutte des classes, et que cette lutte se poursuit à l’université est la première raison de protester contre sa privatisation.

          L’exigence est ensuite pédagogique : avec l’ouverture au privé, ce sont les programmes eux-mêmes qui sont transformés en profondeur pour intégrer les exigences du patronat local. Une catastrophe pour les disciplines les plus critiques que l’on trouve notamment en sciences humaines, et qui permettent de former des étudiants à une distanciation et un regard critique sur les transformations de la société contemporaine. Là encore, l’exigence est une exigence de classe : les intérêts du patronat divergent de ceux de la société. Soumettre les programmes universitaires aux intérêts d’un patronat local, c’est hypothéquer sur la qualité de la formation du plus grand nombre.

          Enfin, les exigences concernent aussi les situations des personnels, de plus en plus précarisés. On a dit que les agents « hygiène et sécurité » mobilisés lors des événements étaient des contrats précaires : de fait, leur situation de précarité les contraint à devenir une milice au service plein de la Présidence de l’université. La précarité est le lot commun de la majorité des personnels de l’université, des chargés de TD aux femmes de ménage. Tous attendent une titularisation. La privatisation n’offre comme perspective que l’externalisation, c’est-à-dire la délégation à des entreprises privées -structures de contrats précaires et conventions collectives médiocres, dans lesquelles les salariés peinent à faire entendre leurs droits- de l’ensemble des services de l’université.

          Comme vous le constatez, ces exigences vont nécessairement à l’encontre des dernières lois concernant l’enseignement supérieur. C’est ce qui explique les motivations des étudiants à se mobiliser contre ces lois, et plus largement à prendre leur part contre la dégradation des conditions de vie de tous, étudiants ou pas.

    • @ Céline :

      Il semble que vous ayez une approche particulièrement sélective de la démocratie, sinon une chose devrait vous interpeller : quand en 2012, un candidat à la présidentielle (et futur président) obtient au premier tour d’une élection un peu mois de 29 % des suffrages exprimés et que le taux d’abstention atteint 20,5 %, vous devriez donc critiquer le fait qu’il est difficile pour une personne de prétendre représenter des dizaines de millions de profs, d’ouvriers, de chômeurs, d’artistes, de médecins, d’employés, de personnel de maison, d’agents de sécurité, de chauffeurs routiers, etc., etc. ? Non ?

      • Jacques : Je ne sais pas si j’ai une approche « sélective » de la démocratie, je respecte juste les lois de mon pays, que ce soit pour l’élection du président de la République ou la composition d’un CA d’université. Quand on est pas satisfaits (ce que je peux très bien comprendre par ailleurs), on change les lois.

  3. Bonjour,

    Dans mon histoire aussi, c’est moi qui, selon la présidence (et des profs collaborateurs…) de Lyon 2, ainsi qu’un responsable d’école doctorale notamment, étais « harcelante, violente, menaçante », complètement folle, à enfermer (une lettre au maire de Lyon, paraphée du président lui-même, et suggérant à ce maire d’user de ses pouvoirs d’internement d’office, fut même envoyée !).

    Ce n’est qu’après quasiment trois ans de procédure, et après plus de 2 ans d’interdiction totale d’accès aux campus de cette université (et les actions « manu militari » voire les menaces de certains vigiles excédés induites par cela), que Lyon 2 a été déboutée entièrement de sa plainte (par la 4e Chambre d’appel correctionnelle, présidée par Mr Burkel, c’est dire…).

    Alors les mensonges des « responsables », ou du moins de certains d’entre eux, devenus un mode de gestion des relations, je connais bien : j’en ai souffert trois ans ! J’en souffre encore !
    Et tout ça pour quoi ? Pour avoir marqué mon opposition au barrage déloyal fait à mon accès en doctorat par le directeur de mon école doctorale.
    Voilà mon crime : avoir voulu faire une thèse à Lyon 2…après un master recherche mention très bien, en plus.
    Et en étant, fichtre, élue syndicale au sein de mon conseil d’UFR. N’en rajoutez plus !

    Précisions sur le verdict ici (il reste une partie, individuelle, de la plainte, pour laquelle nous sommes en train de préparer une demande de Cassation) : http://crea-tifs.blogspot.fr/2013/10/verdict-du-proces-dappel-de-sophie.html

    Et appels interorgas pour l’audience d’appel et les précédentes, là : http://crea-tifs.blogspot.fr/search/label/plain%27tif%20%3A%20la%20plainte%20de%20Lyon%202

    Pour moi, les procédés de mensonges sont exactement les mêmes.
    Et le fait que Préfecture + institution policière, d’une part, Parquet, d’autre part, gobe tout cela comme une lettre à la poste depuis des années maintenant (depuis fin 2007 – date du saccage des locaux syndicaux FSE et associatifs alentours, par le président lui-même), je trouve que c’est VRAIMENT inquiétant pour notre démocratie. Parce que ça n’est pas du fait des étudiant.e.s, si Lyon 2 peut être perçue comme une zone de non droit (non droit aux études selon son mérite, par exemple, mais aussi d’autres choses).

  4. Bon témoignage.

  5. C’est très bien de donner un avis différent de celui véhiculé par les médias courants! Et surtout de nous éclairer sur ce qui se trame à Lyon 2… Étudiant, j’ai reçu un premier mail du Président appelant à le soutenir contre je ne sais quels contestataires. Son mail était si peu clair que personne dans mon entourage n’en n’a tout compris! … et j’ose supposer que des étudiants en Master sont à peu près doués de capacités cognitives suffisantes. Du coup, je n’avais pas vraiment conscience de ces tensions internes. Mais peut-être le Président, sous pression, fait-il ce qu’il peut pour gérer au mieux les effets de la réforme, ça, je n’en sais rien.

    Quant à l’autonomisation des universités elle-même, si la répartition du budget se fait par fac, effectivement, c’est très risqué. Même avec une université regroupant toutes les facultés, il semble évident que les universités parisiennes en tireront tous les bénéfices, au détriment de la province! En Allemagne, si le système semble pouvoir fonctionner à peu près, c’est qu’en plus d’une bien meilleure reconnaissance des sciences humaines, le poids économique des Länder (les régions autonomes) réparti de façon beaucoup plus égale l’offre universitaire!
    Alors à moins que du jour au lendemain la France ne soit plus un Etat centralisé sur Paris, j’ai du mal à voir comment les universités autres que Parisiennes pourront tirer profit d’une telle réforme.
    Les étudiants en pâtiront: le personnel étant déjà dépassé, si le but est de réduire les effectifs, comment peut-on donner à un seul et même responsable d’échange la responsabilité de 2 ou 3 nouvelles universités par exemple?

    Beaucoup d’interrogations que le Ministère ne s’échine étrangement pas vraiment à éclaircir.