Société 

Un CDI, un appart’ et un enfant unique : Valentin et Ramona, des Roms made in France

actualisé le 11/11/2013 à 20h58

Il y a deux ans, Valentin, Ramona et leur fils unique sont entrés dans le dispositif d’intégration des Roms « Andatu ». Aujourd’hui, ils ont un appartement, leur fils est allé à l’école, lui a un CDI et elle prend des cours de français.

Valentin au travailValentin travaille dans une petite entreprise de soudage. ©Leïla Piazza / Rue89Lyon

Valentin et Ramona sont un couple rom qui défie les clichés. Arrivés en France il y a deux ans, ils vivent dans un logement social à Décines-Charpieu, dont ils viennent tout juste de signer le bail. Lui a un CDI de soudeur depuis trois mois. Et parle français presque couramment. Elle, a un peu plus de difficultés. Mais elle continue à prendre des cours pour apprendre.

Making-of
Rue89Lyon propose une série de trois portraits, trois parcours de Roms dans l’agglo lyonnaise. Après Dana et son couple franco-rom vivant dans un bidonville de Villeurbanne, puis Rodica, qui a vécu dans un tunnel au bord du périphérique avant de décider de retourner en Roumanie, c’est au tour de Valentin et Ramona, couple de trentenaires bénéficiaire du programme « Andatu ».

Pourtant, lorsqu’ils sont venus en France, en décembre 2011, rien ne les destinait à avoir des conditions de vie aussi confortables, comme l’explique Valentin :

« Je suis arrivé avec ma femme en France après être parti d’Italie. Ma femme avait son frère là, il habitait sur une platz (terme utilisé pour parler d’un bidonville, ndlr) à Pierre-Bénite. On est venu vivre avec eux dans une roulotte. »

Ils auraient pu, comme beaucoup de Roms de l’agglomération lyonnaise, errer de roulottes en cabanes, de tentes en squats. Mais dans les mois qui ont suivi leur arrivée sur ce terrain prêté par un promoteur à la limite d’Oullins et de Pierre-Bénite, leur chemin a croisé celui de l’association Forum Réfugiés, qui leur a proposé de rentrer dans le dispositif « Andatu » .

Ce programme d’intégration mis en place par le préfet du Rhône, et géré par Forum Réfugiés, a permis a quelque 400 Roms de se voir proposer un titre de séjour, des cours de français, des droits sociaux comme le RSA, les allocations familiales, un logement social, et un accès à n’importe quel emploi (alors que normalement les citoyens roumains et bulgares n’ont accès, jusqu’en janvier 2014, qu’à 297 métiers considérés en tension).

 

« On est partis parce que l’Italie, c’est presque la Roumanie maintenant »

Valentin ne sait pas pourquoi il a été choisi. Par contre, il a conscience que c’est une chance pour lui et sa belle famille :

« Au début, ils nous ont donné, à nous et à mon beau frère, une chambre en foyer (Adoma, ndlr) à Vaulx-en-Velin. »

Et puis tout s’est enchainé : Valentin a pris quelques cours de français.

« Mais pas longtemps parce que je me débrouillais bien, que j’étais allé à l’école en Roumanie et puis qu’après j’ai commencé à travailler. »

Forum Réfugiés l’a aidé à faire son CV, avec lequel il a commencé à trouver des missions en intérim dans le bâtiment, avant de valider une formation de soudeur. En seulement un mois. Et pour cause, avant leur arrivée en France, Valentin et Ramona ont passé 10 ans en Italie. Valentin y travaillait comme soudeur là-bas. Mais avec la crise économique c’était devenu difficile, explique-t-il :

« On est partis parce que l’Italie, c’est presque la Roumanie maintenant. Avec la crise, il y a de moins en moins de contrats de travail. On était obligés de travailler au noir. Des fois, le patron payait, parfois non. On ne savait jamais. »

Et puis, « c’était dur de trouver une maison », ajoute Ramona. A la fin, expliquent-ils, avec les galères de travail, sont arrivées celles du logement :

« On devait dormir dans des roulottes, des baraques… comme il y avait à Vaulx-en-Velin il y a pas longtemps. »

 

En Roumanie, « ils sont pas gentils avec les Roms ! »

Alors, comme la première fois, Valentin et Ramona ont préféré partir dans l’espoir de jours meilleurs. La première fois, ils avaient 21 ans, lorsqu’ils ont quitté la Roumanie. Mais à l’époque ils ne se connaissaient pas, puisqu’ils se sont rencontrés en Italie. Lui est originaire de la banlieue de Bucarest. Tandis qu’elle vient de Segacea, une ville de 8000 habitants dans le département de Dolj , au sud-ouest de la Roumanie. Elle a travaillé un petit peu dans l’agriculture là-bas. Lui dans le bâtiment et d’autres travaux manuels.

« Mais c’était dur et ça payait mal », constatent-ils en cœur.

Il affirme que le pays ne leur manque pas :

« Vivre en Roumanie… pfff… c’est difficile. La vie est chère. Et les salaires sont trop bas. C’est dur de trouver du travail. Et puis, c’est compliqué avec les institutions. A la mairie, la préfecture… ils nous traitent mal. »

Moins hésitante, Ramona tranche :

« Ils sont pas gentils avec les Roms ! »

 

Concubinage et fils unique

Valentin et Ramona ne se sont pas mariés. Quand ils nous reçoivent, Ils portent tout deux ce qui s’apparente à une marinière qui ferait presque penser à celle « made in France » chère à Arnaud Montebourg.

Avec ses longs cheveux blonds et ses yeux plein de curiosité, qui se concentrent pour comprendre tout ce qui se dit, Ramona paraît jeune. Elle a pourtant 33 ans, comme Valentin.

Dans la famille, un seul enfant de 16 ans, celui de Ramona, qu’elle a eu lors d’une première union. Un « concubinage », pas un mariage, précise-t-elle. Valentin l’appelle pourtant par moment « mon fils ». Sur la table, un téléphone portable. En fond, la TV allumée fait défiler les infos en continu.

« J’aime bien regarder les informations. Parfois je lis même le journal », précise Valentin.

Dans un coin du salon, un ordinateur portable. Lorsqu’il cherchait du travail, Valentin a posté son CV sur différents sites de recrutement. Un jour, un employeur lui a proposé un CDI de soudeur à Vaulx-en-Velin. Après deux jours d’essai, il était embauché. C’est un métier physique, certes, mais cela ne fait pas peur à celui qui, derrière son regard bienveillant et son sourire réservé, cache une bonne masse de muscle. Et puis, Valentin n’est pas vraiment du genre à se plaindre :

« Vous savez, les choses sont dures. Moi ça va, je suis habitué à travailler. »

Ramona et ValentinValentin et Ramona dans leur salon. © Leïla Piazza / Rue89Lyon

 

« Maintenant, il faut qu’on se débrouille seuls »

Ramona, elle aussi, s’accroche. Les difficultés dans la maîtrise du Français est un frein pour elle. Elle écoute attentivement tout ce que l’on dit. Et lorsqu’elle ne comprend pas, elle lance un regard à son compagnon, qui traduit. La plupart du temps, elle essaye de répondre en français, et glisse quelques mots d’italien et de roumain par ci par là.

Elle prend des cours de français avec Forum Réfugiés. Et dans un mois, elle terminera sa formation de français langue étrangère. A ce moment là, après deux ans, il sera temps de sortir du dispositif « Andatu » et de continuer leur chemin seuls. En abordant la question, on sent un peu d’anxiété. Mais aussi de la fierté, avoue Valentin :

« Je ne veux plus demander de choses à Forum Réfugiés, parce qu’ils ont déjà fait beaucoup pour nous. Grâce à eux, j’ai un chez moi et un CDI. Maintenant, il faut qu’on se débrouille seuls. »

Petit à petit, la famille se construit un avenir. Le fils de Ramona est allé au collège pendant un an, il a passé le brevet. Une bonne expérience pour lui, raconte Valentin :

« Cela s’est très bien passé. Dans ce collège (à Bron, ndlr), il n’y a pas trop de problèmes de racisme. Il y a des musulmans, des Roumains, des Allemands, des Espagnols… C’est comme ça la France, il y a plein de cultures différentes. »

Fière de son fils, Ramona, tend une photo de lui et lâche :

«  Il s’est fait plein de copains. Là, il dort parce qu’il a fait la fête avec des amis. Alors il est fatigué. Ah ces jeunes ! »

A 16 ans, il a arrêté l’école après son brevet. Mais son beau-père essaie de le faire entrer en stage dans son entreprise, pour voir si la sidérurgie lui va :

« Si ça lui plait, il fera la formation. Sinon, on cherchera autre chose. »

 

« La vie est un peu chère en France »

C’est que dans cette famille, le travail est une valeur importante.

« C’est un peu compliqué financièrement, avoue Valentin un peu gêné. Je suis le seul à travailler. Et il y a plein de choses à payer. On arrive à la fin du mois à zéro. La vie est un peu chère en France… Mais c’est pas grave, on va de l’avant ! Dans le futur, quand Ramona parlera bien français, elle pourra peut-être trouver un travail. Et ce sera plus facile de vivre. »

Les projets sont pourtant timides. Ramona a du mal à imaginer quel métier elle pourrait faire. Quelque chose de simple, « à cause de la langue », peut-être du ménage. Mais la motivation est là. Valentin imagine déjà ce qu’ils pourront faire lorsqu’ils gagneront mieux leur vie :

« On aimerait prendre un appartement plus grand, avec un balcon. Ici c’est bien, mais c’est petit… »

Quant à Valentin, il ne lui manque plus qu’une chose : le permis. D’ailleurs, le jour de notre rencontre, il l’a passé, pour la deuxième fois. Mais il ne le sent pas très bien. Une erreur qu’il juge injuste. Surtout, que, comme il dit, il sait conduire :

« J’avais le permis en Italie. Je l’ai perdu en arrivant en France. Et avec le travail, je n’ai pas le temps de retourner en Italie porter plainte pour le récupérer. Alors j’ai décidé de le passer en France. Mais c’est beaucoup plus dur ici. Les inspecteurs sont trop exigeants. »

Reportage de France 3, sur le programme « Andatu », diffusé le 3 octobre 2013.

 

« Les Roms, on est pas tous pareils »

Lorsque nous lui demandons ce qu’ils pensent des propos de Manuel Valls sur la « volonté d’intégration » des Roms en France, Valentin répond qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac :

« Certaines personnes n’ont pas voulu suivre le programme Andatu. Ils n’étaient pas prêts à rentrer dans le système, à suivre le programme. Les gens sont différents. Cela dépend des envies de chacun. Les Roms, on est pas tous pareils »

Pour lui, leur réussite est liée au programme « Andatu » mais aussi à leur caractère :

« On a eu de la chance. Mais aussi de la volonté. On voulait une vie plus normale. On était prêt à faire des efforts pour ça. »

Il est fier d’avoir fait ses preuves. Pour son appartement, par exemple, au début, c’était Forum Réfugiés qui avait signé le bail avec l’Opac du Rhône. Maintenant, c’est lui le locataire officiel :

« Si je n’étais pas allé travailler, l’Opac n’aurait pas voulu signer un bail avec moi. Et je me serais encore retrouvé à la rue. Andatu ou pas ».

 

 

 

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Leïla Piazza
Leïla Piazza
Journaliste à Rue89Lyon
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