Économie 

A Lyon-Gerland : derrière les biotechs, les plans sociaux

actualisé le 09/11/2013 à 18h05

Lyon-Gerland est un quartier changeant. Tandis que le biotechnologies s’y concentrent, une partie de son industrie, autrefois fleurissante, est en déshérence. Tour d’horizon des usines mal en point.

Le quartier de Gerland est en pleine mutation. Au sud de la place Jean Macé, le 7e arrondissement de Lyon, porté par le développement des biotechnologies, attire en effet de nombreux investisseurs. Pour le maire PS de la ville, Gérard Collomb, c’est « un des quartiers d’avenir de Lyon ». Les projets d’aménagement et immobiliers y fleurissent. Mais Gerland est aussi le berceau d’une industrie plus classique, née au tournant du XIXe et du XXe siècle. Un secteur qui aujourd’hui a bien du mal à s’en sortir. Rue89Lyon vous propose un tour d’horizon des entreprises touchées de plein fouet par la crise.

Nexans : 185 postes supprimés à Lyon

NexansA l’usine Nexans, on attend de recevoir les lettres d’information. © Leïla Piazza / Rue89Lyon

Le 15 octobre, le fabricant de câbles Nexans a annoncé qu’il allait supprimer 468 postes en Europe. 185 d’entre eux se situent à Lyon, où l’usine spécialisée dans la fabrication de câbles spéciaux pour la marine et les chantiers navals sera fermée définitivement. Seul le centre de recherches, situé à Lyon, sera conservé, le fabricant ayant annoncé qu’il allait renforcer ses investissements en recherche-développement.

Selon un délégué CGT cité par France 3 Rhône-Alpes, la procédure d’information-consultation à Lyon « doit commencer le 6 novembre pour s’achever le 6 mars 2014 ». Dans l’intervalle, les syndicats vont rechercher « une proposition alternative ».

L’entreprise de fabrication de câbles de Gerland date de 1897 et s’appelait alors « Société française des câbles électriques », puis deviendra « Les Câbles de Lyon », pionnier dans l’industrie des conducteurs isolés au XXe siècle. En 1981, le siège de l’entreprise est transféré à Lyon. La société est rachetée en 2000 par Nexans, un an avant la création d’un centre de recherche fondamentale.

SITL : de la machine à laver à la voiture électrique, en passant par les difficultés

En 2010, l’usine de fabrication de machines à laver FagorBrandt de Lyon-Gerland était vouée à la fermeture, la production étant menacée de délocalisation en Pologne. Mais c’était sans compter la vente du site, qui employait alors quelque 500 personnes, à l’industriel Pierre Millet, PDG de la SITL, et l’annonce de sa reconversion dans la production de voitures électriques et de filtres d’épuration.

Progressivement, l’industriel a engagé ce virage à 180°. Si bien qu’en novembre 2012, SITL a commencé la commercialisation de véhicules. La production de filtres pour l’assainissement et le traitement des eaux a elle aussi démarré. Et l’entreprise annonce qu’elle va commercialiser des scooters et des vélos électriques.

En juin 2013, triomphant, Pierre Millet déclarait au Progrès :

« Nous sommes aujourd’hui en ligne avec nos objectifs. En 2016, l’ensemble de l’effectif de l’usine aura basculé sur la fabrication des véhicules électriques. »

24 millions d’euros d’investissement sont prévus d’ici 2016. Mais en attendant, la production de machines à laver reste l’activité principale de l’entreprise. En 2013, les nouvelles productions emploient seulement 120 personnes et représentent à peine 8% du chiffre d’affaires de la SITL.

Et depuis le 14 octobre, l’entreprise se retrouve en difficulté puisqu’entre 150 et 200 personnes sont au chômage technique. En effet, la production de machines à laver est à l’arrêt.

Paul Briglia, délégué syndical CGT en explique la cause au Progrès :

« Faute de trésorerie, les fournisseurs ne sont pas payés, donc les pièces ne sont pas livrées. »

Il évoque une situation « ubuesque puisque les carnets de commande sont pleins ».

SITL Gerland, qui emploie maintenant 400 personnes, reste en effet dépendant des difficultés financières du groupe Fagor, pour qui il produit toujours des machines à laver.

Kem One : après le rachat, le redressement judiciaire et l’attente, toujours plus longue, d’un repreneur

Kem One Le 26 septembre, après une manifestation, les salariés ont attendu devant le palais de justice la décision du tribunal. © Leïla Piazza / Rue89Lyon

Lors de l’annonce de la cession au financier Gary Klesch des activités vinyliques du géant de la chimie française, Arkema, en juillet 2012, la CGT avait annoncé un plan social déguisé.

Huit mois à peine après la création de la nouvelle société, Kem One, spécialisée dans la fabrication et la transformation de PVC et dont le siège social est à Gerland, était placée en redressement judiciaire et cherchait des repreneurs .

Le 26 septembre, le tribunal de commerce de Lyon a, à nouveau, prolongé la période de redressement judiciaire de six mois. Le tribunal désignera un repreneur, ou non, le 12 décembre.

Entre-temps, début octobre, une nouvelle offre de reprise a été déposée par Alain de Krassny, un industriel français de la chimie. Deux offres déposées auparavant émanent de fonds d’investissement américains : Sun European Partners et OpenGate Capital. Elles conditionnent la reprise à un plan social de 130 suppressions d’emplois (sur 1 300 concernés). Une autre offre, déposée par la CGT, mènerait à la création d’un consortium réunissant collectivités publiques et opérateurs privés.

A l’issue d’un Comité central d’entreprise, qui s’est tenu ce mardi 29 octobre, les représentants du personnel se sont montrés de plus en plus pessimistes, affirmant que les conditions d’une poursuite de l’activité ne sont toujours pas réunies et semblent même s’éloigner.

Mais la bataille risque de se poursuivre devant les tribunaux. En juillet, la CGT a assigné Gary Klesch et Arkema en justice pour « cession frauduleuse », tandis que le préfet du Rhône menace de saisir la justice si des irrégularités ont été commises dans la gestion du groupe chimique Kem One, par son actionnaire, Gary Klesch.

A BASF Beauté Care Solutions, des chances de reprise qui « s’amenuisent »

L’usine de cosmétiques BASF Beauty Care Solutions est menacée de fermeture. En effet, depuis juin 2013, la division lyonnaise du géant allemand est touchée par un plan de restructuration. 120 personnes travaillent sur les deux sites du 7e arrondissement de Lyon (rue Clément Marot et rue Saint Jean de Dieu).

Selon un membre du Comité d’entreprise, une cinquantaine de licenciements sont aujourd’hui envisagés. Et 40 postes seraient délocalisés, la direction souhaitant regrouper la production vers Nancy.

Même si une reprise est toujours possible, précise la direction de BASF France. Toutefois, reconnait-elle, « les chances s’amenuisent ». Le délai accordé s’arrête en effet en décembre. Et deux offres de reprise ont déjà avorté. Le centre de recherche, et sa trentaine de salariés, eux, seraient conservés.

BASF vend une autre de ses divisions lyonnaises

Le géant Allemand de la chimie, BASF, a par ailleurs annoncé en mars, la mise en vente de sa division Industrial Water Management, spécialisée dans les services aux stations d’épuration. Celle-ci s’inscrit dans un plan de regroupement de plusieurs divisions spécialisées dans le traitement de l’eau et l’exploitation minière et pétrolière, qui entrainera la suppression de 215 postes dans le monde.

Industrial Water Management (IWM) réalise un chiffre d’affaires d’une quinzaine de millions d’euros et emploie 61 salariés sur deux sites, à Lyon-Gerland (où se situe le siège) et dans un laboratoire à La Courneuve, en Seine Saint-Denis.
C’est finalement une filiale de Suez Environnement, Dégremont, qui a racheté IWM en mai.

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L'AUTEUR
Leïla Piazza
Leïla Piazza
Journaliste à Rue89Lyon
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