Cultures 

Sens Interdits : le festival qui prend les préjugés à contre-sens

actualisé le 31/10/2013 à 09h59

À l’initiative des Célestins, les théâtres de la région lyonnaise accueillent en octobre le festival Sens Interdits, au sein duquel six spectacles se penchent sur le statut des femmes en Égypte, au Liban, en Allemagne ou en Pologne.festival Sens interdits 1« Chœur de femmes » © Antinio Ernesto Munoz / Witold Meysztowicz / Sens Interdits

Grande manifestation théâtrale de la région lyonnaise pour laquelle s’unissent, autour des Célestins, de nombreux établissements culturels, le festival Sens Interdits est l’occasion pour les spectateurs de découvrir des artistes du monde entier. Placé depuis sa création en 2009 sous les trois termes de “Mémoires, Identités, Résistances“, ce festival présente des spectacles qui s’inscrivent tous, d’une manière ou d’une autre, dans le discours politique de notre temps et tentent de décrypter la société. Pour cette troisième édition, six spectacles interrogent le statut des femmes, dans des environnements aussi divers que la très catholique Pologne, la communauté kurde allemande, l’Égypte post-révolutionnaire ou encore le Liban en reconstruction.

 

Chorus Line à la polonaise

Avec Chœur de femmes et Magnificat, la Polonaise Marta Gornicka remet sur le devant de la scène la forme chorale du théâtre antique, afin de faire entendre une multitude de voix de femmes en proie au machisme quotidien et aux stéréotypes véhiculés par l’Église catholique. Dans ces deux spectacles, Gornicka utilise le même dispositif d’un chœur de femmes chantant et scandant des textes issus de la vie quotidienne ou d’auteurs féministes comme Simone de Beauvoir et Elfriede Jelinek. En outre, dans Magnificat, la metteure en scène s’attaque à la puissance de l’Église catholique en Pologne et tente de déconstruire la figure de la femme, à la fois icône intouchable et mère, incarnée par la Vierge Marie. Le dispositif polyphonique des spectacles confère alors une force inattendue aux textes et, loin de reconstruire une image simplifiée de “la“ femme, fait entendre les différences qui séparent les unes des autres.

Chœur de femmes et Magnificat, samedi 26 octobre au Théâtre de la Renaissance, 7 rue Orsel–Oullins

 

Lever le voile sur Neukölln

De son côté, l’Allemande Nicole Oder s’empare du roman ArabQueen de Güner Yasemin Balci et donne à voir les conflits et tiraillements qui traversent Mariam, jeune Kurde musulmane émigrée à Berlin. Dénonçant à la fois les traditions autoritaires et patriarcales de la communauté kurde et les préjugés des Européens sur l’islam, Oder propose une réflexion sur l’intégration des étrangers dans les sociétés occidentales et interroge la construction identitaire d’une adolescente prise entre deux mondes.

ArabQueen, du 25 au 27 octobre au Théâtre Nouvelle Génération, 23 rue de Bourgogne – Lyon 9

sens interdits 2« Magnificat ». © Krzysztof Krzysztariac / Sens Interdits

 

Beyrouth et Le Caire en quête d’identité

Enfin, trois spectacles interrogent les sociétés égyptienne et libanaise, plus de deux ans et demi après le “Printemps arabe“. Avec Bussy Monologues, Sondos Shabayek, ancienne journaliste freelance, effectue un minutieux travail documentaire en réunissant des témoignages recueillis auprès de femmes égyptiennes sur l’image que la société leur renvoie de leur corps, présentés sous forme de monologues en duo avec l’actrice Mona El Shimi. Autre artiste égyptienne, Chirine El Ansary a grandi entre Paris et Le Caire. Riche de ce double héritage culturel, elle est, elle aussi, allée recueillir, auprès des habitants de son ancien quartier cairote, des paroles qui disent la frustration, la désillusion mais aussi l’espoir qui persiste, plus de deux ans et demi après les premiers soulèvements de la place Tahrir et les a retranscris sous forme de conte dans le spectacle Hoda. Avec Beirut Sepia, la Libanaise Chrystèle Khodr se penche quant à elle sur la mémoire au Liban. Confrontée aux grues et aux chantiers de reconstruction qui parsème la capitale libanaise, l’artiste est partie à la recherche d’histoires de femmes qui ont traversé la guerre civile et vu leur ville se métamorphoser. En grattant les façades aseptisées du nouveau centre-ville beyrouthin, Khodr tente de décrypter cette tendance de la société libanaise à l’oubli et à l’ensevelissement de l’Histoire.

Bussy Monologues, du 24 au 26 octobre au Théâtre de l’Élysée, 14 rue Basse Combalot – Lyon 7
Beirut Sepia et Hoda, les 27 et 28 octobre au Théâtre des Asphodèles, 17 impasse Saint-Eusèbe – Lyon 3 et les 29 et 30 octobre au Théâtre de l’Élysée, 14 rue Basse Combalot – Lyon 7

En accueillant le travail de ces créatrices, le festival Sens Interdits dresse un panorama des questions qui traversent le statut des femmes dans des sociétés en pleine mutation. En outre, dans un contexte théâtral largement masculin, l’accueil de ces auteures et metteures en scène apporte un regard essentiel à la construction d’un propos qui se veut véritablement dialectique.

 

Mais encore…

Le festival Sens Interdits comprend quinze spectacles venus de treize pays différents. Parmi les plus attendus figure la pièce-fleuve (en deux parties) d’Hélène Cixous, L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge (1985) : près de 7h au total…

Par Stéphane Caruana sur heteroclite.org

 

Infos pratiques

Sens Interdits

Festival international de théâtre, du 23 au 30 octobre

 

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