Société 

Prof remplaçant : Ne te plains pas, tu as un travail à vie et plein de vacances

actualisé le 15/11/2013 à 10h26

Sur Twitter, @prof_de_cefran sollicite les témoignages d’autres profs remplaçants qui travaillent, comme elle, « dans les limbes de l’Education nationale ». Elle enseigne les lettres depuis huit ans, sans affectation fixe. C’est une titulaire sur zone de remplacement. Rue89 publie son témoignage et un extrait du récit d’un de ses collègues.


Un trousseau de clés. © David Gallard/Flickr/CC

Pendant huit ans, j’ai été titulaire sur zone de remplacement (TZR). TZR, c’est un peu les limbes de l’Education nationale : t’es prof mais tu erres dans un « no man’s land », tu sais pas vraiment où tu vas finir, tu te demandes un peu ce que t’as fait pour mériter ça et en même temps tu l’acceptes parce que t’es fonctionnaire, hein, t’as déjà bien de la chance d’avoir un taf à vie et plein de vacances.

Tu peux pas vraiment te plaindre.

Et pourtant, curieusement, tu trouves ça dur de ne pas savoir, le 30 août, où tu iras enseigner le 2 septembre, de te demander s’il faut te préparer au collège ou au lycée, à un établissement bourgeois ou à une ZEP (zone d’éducation prioritaire).

Tu arrives un peu après la pré-rentrée, tu ne connais personne, tu prends l’habitude d’aller te présenter à tout le monde, administration, intendance, salle des profs, d’emprunter des clés et d’aller les refaire au « clé-minute » du métro, parce que des clés, il n’y en a pas pour toi, petit TZR.

Tu prends tes marques, tu parviens à faire ton métier, plus ou moins vite, plus ou moins efficacement, selon la difficulté des élèves et la durée de ton affectation.

Tu es la dixième prof de l’année

Si ça ne prend pas bien, tu te remets en question, tu te demandes ce qui te manque, l’autorité, le charisme, le fameux « rayonnement personnel » sur lequel doit te noter ton chef d’établissement… (selon la chaleur que tu émets en le croisant dans le couloir ?)

Si l’une de tes classes se rebelle un peu, parce que tu es la dixième prof de l’année et que le jeu, c’est de faire sauter le ou la remplaçante, ou parce que tu remplaces un ou une enseignante qu’ils affectionnaient particulièrement, tu acceptes le bras de fer, tu fais tout pour le gagner.

« Douceur et fermeté, douceur et fermeté », qu’on te dit, et tu le fais de tout ton corps et de toute ton âme et pourtant certaines heures se transforment en cauchemar, ta voix se mue en un lamentable filet au fur et à mesure que la séance avance. A la fin du cours, tu vois écrit « Machine (ton nom) = grosse pute », sur une table et tu as beau te dire que ça te fait rien, et même en rire avec les collègues, eh ben ça te fait quelque chose.

Et puis, de plus en plus, avec les années, regard suspect du chef quand tu arrives et que tu préviens qu’étant TZR, (et donc dans une situation plus fragile qu’un autre enseignant) tu attends un soutien indéfectible de ton administration : ah bon mais pourtant maintenant (à votre âge) c’est un choix, non ?

Il faut bien que tu « capitalises » tes points

Parce que tu as fait le choix, en effet, de ne pas demander de poste fixe au risque de te retrouver dans une ZEP pourrie où tu resterais cinq ans minimum, parce que, surtout, tu ne voulais pas perdre tes points, ayant, curieusement, un projet de vie, qui est, tout simplement, de quitter Paris et sa banlieue pour aller voir ailleurs.

Ce « TZRiat » éprouvant, quoique passionnant, est dès lors devenu, oui, une sorte de choix, puisqu’il fallait bien que tu « capitalises » (oui on capitalise aussi dans l’éducation nationale…) tes points afin d’obtenir une mutation qui te plairait vaguement.

Vogue la TZR, donc, quelques années de plus…Une quinzaine d’établissements plus ou moins difficiles, et plus ou moins loin de chez toi, mais tu ne peux pas te plaindre, puisque c’est un choix. Et puis tu as de la chance, tu es fonctionnaire et tu as un travail à vie et plein de vacances.

Un enfant et demi plus tard (enceinte, donc), tu fignoles ta « mutation simultanée », avec ton conjoint : à vous la verdure, le calme et la volupté !

La Bretagne, même les Bretons n’arrivent pas à y rentrer

Sauf que… tu n’as toujours pas assez de points pour aller là où tu le voudrais. Tu écartes donc les académies de Montpellier, de Bordeaux, de Nantes, de Lyon. La Bretagne, même les Bretons n’arrivent pas à y rentrer, tu n’y penses même pas.

En gros, il te reste le Nord ou le Centre de la France. Allez, va pour l’académie d’Orléans-Tours. Tours a l’air d’être une ville sympa, tu es un peu limite en points, mais si tu regardes la barre d’admission dans le département d’Indre-et-Loire l’année précédente, ça devrait le faire, au pire en tant que TZR (ben oui tu commences à te dire que c’est ta vocation).

En attendant les résultats, tu transpires un peu quand même, parce que t’as pas trop envie d’être mutée dans le Cher, perdre tes 180 points pour un truc que t’as pas du tout demandé ça te ferait un petit peu pleurer mais tu es fonctionnaire et tu as plein de vacances donc tu attends en serrant les dents. C’est le grand poker annuel de l’Education nationale, tu attends presque sereinement que le rectorat daigne te montrer ses cartes.

 

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