Société 

France Bleu Saint-Étienne : une bien chère radio locale

Depuis ce lundi matin, France Bleu Saint-Etienne fait entendre sa voix dans les transistors de la Loire. C’est la 44e locale du réseau de Radio France. Déjà des voix s’élèvent contre l’attribution de 600 000 euros de subventions pour l’implantation d’une station déjà financée par la redevance audiovisuelle. D’autant que les bénéfices pour le territoire en termes d’emploi et d’image semblent bien minces.

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Le 17 mai, Jean-Luc Hees, Pdg de Radio France et Maurice Vincent ont signé la convention pour l’installation de France Bleu à Saint-Étienne. © Pierre Charmet/Saint-Etienne Métropole

 

Ce lundi 9 septembre à 6 heures, le jingle France Bleu a résonné dans les foyers stéphanois. Après quinze années de lobbying, la demande initiée par Michel Thiollière (UMP) aura finalement abouti sous la mandature de son successeur à la mairie de Saint-Étienne, Maurice Vincent (PS). Une réussite consensuelle qui commence à faire grincer quelques dents.

Car l’implantation de la 44e station France Bleu dans la Loire aura nécessité un effort financier à hauteur de 1,2 million d’euros, subventionné pour moitié par les collectivités locales : Saint-Étienne Métropole (300 000 euros), le conseil général (200 000 euros) et la ville de Saint-Étienne (100 000 euros). Six mois après les déboires du coûteux Pôle médias de Wan-Ifra.

 

« Subventions dispendieuses »

La semaine dernière, c’est Éric Berlivet (UDI) qui a sorti les cartouches pour dénoncer, sur un mode franc-tireur, une « gabegie pour les dépenses publiques » et une « concurrence déloyale subventionnée par l’argent public » :

« Un bureau local avec un journaliste qui répercute les informations locales au niveau national aurait coûté beaucoup moins cher et aurait été bien plus efficace », estime-t-il.

Plus mesuré, le chef de file UMP de l’opposition à la mairie de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, reconnaît clairement que « ce n’est pas aux élus d’acheter la décentralisation d’un service public ».

Même critique du côté des radios locales :

« Je suis déconcerté par l’octroi de subventions dispendieuses alors que Radio France est déjà financée par la loi de finances et par l’impôt », déclare Alain Liberty, directeur des programmes de Radio Scoop.

L’homme s’interroge d’ailleurs sur l’opportunité réelle de financer une antenne qui ne fera parler de la Loire au niveau national que « quelques minutes » par semaine dans « l’actu des régions » de France info.

Autre sujet de préoccupation : « Les radios s’inquiètent de la présence prioritaire de France Bleu en tant que partenaire sur les grands événements », souligne Kévin Moignoux, chargé des relations institutionnelles au Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes (Sirti).

Pour Maurice Vincent, « la vraie question est de savoir si Saint-Étienne mérite cette implantation. Pour moi, la réponse est oui. »

Le maire socialiste précise que « le modèle d’implantation de France Bleu est le même partout en France ». En effet, il y a trois ans, l’installation du réseau au Mans avait coûté aux collectivités une somme équivalente (550 000 euros), prise en charge à parts égales entre le conseil général et la ville.

 

Pas de création d’emplois

Mais la grogne autour des financements publics de France Bleu soulève également une autre question : celle de l’emploi. Car sur 28 salariés (26 équivalents temps plein) qui s’activent déjà dans les locaux stéphanois de France Bleu, l’essentiel est issu de redéploiements en interne au sein de Radio France. Seuls les salariés en charge de l’accueil ont été recrutés via Pôle emploi Saint-Étienne. Jean-Lou Philippe, directeur de France Bleu Saint-Étienne, explique :

« On avait une équipe à construire, nous avons donc fait appel à des gens qui ont été formés chez nous, Nous ne pouvions pas recruter des journalistes locaux. C’est le fonctionnement normal de Radio France. Nous ne travaillons qu’avec des journalistes qui sont déjà passés par plusieurs stations du réseau. »

De son côté, Maurice Vincent parle bien de « création de 26 emplois sur le territoire ». Mais tout le monde ne partage pas son point de vue très… localisé.

« Si l’on se place au niveau de Radio France, il n’y a pas de création d’emploi, car il ne s’agit que de redéploiements, commente l’élu UMP Gaël Perdriau. Certes, c’est une bonne nouvelle pour notre territoire dans la mesure où 26 familles viennent s’y installer, mais parler de créations d’emplois est impropre. »

 

France Bleu Saint-Etienne : « au détriment des autres stations du réseau »

« Comme toute nouvelle création au sein de Radio France, l’implantation de France Bleu à Saint-Étienne se fait au détriment des autres stations du réseau », ajoute Valeria Emanuele, secrétaire nationale du SNJ Radio France. Une situation régulièrement dénoncée par les syndicats.

En cause, le contrat d’objectifs et de moyens passé entre le groupe et l’État pour la période 2010-2014. Celui-ci stipule la nécessité de « maîtriser les coûts salariaux » en maintenant les effectifs totaux.

« Les stations de France Bleu travaillent avec de moins en moins de journalistes, constate Valeria Emanuele. A Saint-Étienne, ils seront six journalistes et un rédacteur en chef pour assurer l’antenne sept jours sur sept. »

Un travail auquel s’ajoutent les articles à fournir pour le web, ainsi que la correspondance pour France Info, France Inter et France Culture.

 

 

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L'AUTEUR
Yann Petiteaux
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