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Centrifugeuse de visionnage, summer edition : première partie

actualisé le 20/11/2013 à 23h05

L’été. Cette période rongée par le mal, où les blockbusters boudinés et les comédies mal à l’aise se cachent pour mourir.

Le Congrès d’Ari Folman

Une larme de Robin Wright inaugure la plus grosse déflagration cinématographique de l’année so far. L’actrice, redécouverte dans le pétard mouillé de Netflix House of Cards (matez la série anglaise originale avant de m’insulter), n’a jamais été aussi somptueuse que dans ce grand huit émotionnel aux propositions artistiques puissantes, aux discours d’une intelligence rare qu’une seule vision ne saurait honorer. Passée la scène du monologue d’Harvey Keitel, d’ores et déjà l’une des plus magnifiques de l’exercice filmique 2013, Le Congrès part dans tous les sens, prend le risque mesuré de noyer son spectateur sous les signes, symboles, et autres métaphores audacieuses dans un trop-plein graphique amplement justifié. Cette surenchère visuelle pourrait être la plus grande limite du second chef-d’œuvre du réalisateur de Valse avec Bachir – c’est d’ailleurs le reproche majeur qui lui est adressé -, mais il est à parier que les multiples visions à venir lui rendront justice.

Pacific Rim de Guillermo Del Toro

On ne va pas se mentir, Shakespeare et Dostoïevski sont loin. Très loin. Ils ont fui à toutes jambes dans un autre hémisphère et à la limite, on peut les comprendre. La projection de Pacific Rim est un grand moment de plaisir à peine coupable, où l’on se fout des punchlines à la con, où l’on tapote nerveusement sur l’accoudoir en attendant la prochaine scène de défouraillage, tout ça pour se prendre des images inédites dans la rétine. Des visions dantesques, à même de réveiller le gamin de dix ans en soi qui exhorte un gros robot numérique à péter la gueule au gloumoute numérique qui lui crache de l’acide fluo à la face. Guillermo Del Toro sait comment titiller chaque membrane d’excitation du geek lambda, c’est un fait, c’est historique, on ne peut pas le nier. Mais surtout, il sait comment tenir sa caméra, composer un cadre, inscrire un plan dans la dynamique d’un récit. Des qualités en raréfaction, qu’il faut louer et remercier pour le bonheur pictural qu’elles procurent, en attendant que Del Toro soit enfin autorisé à adapter Les Montagnes Hallucinées de Lovecraft.

Monstres Academy de Dan Scanlon / Moi, moche et méchant 2 de Chris Renaud et Pierre Coffin

Sale époque que celle où les génies créatifs de Pixar sont contraints de recycler leurs œuvres emblématiques comme de vulgaires franchises. Le cœur n’y est pas, et ça se sent dans un script à ce point balisé qu’il atténue tous les morceaux de bravoure d’une mise en scène pourtant inspirée. Même le redoutable Cars 2 avait plus de personnalité que ce triste Monstres Academy. Plus triste encore, le film se fait atomiser en termes d’efficacité rythmique par Moi, moche et méchant 2, produit visuellement hideux avec du Pitbull sur la bande-son. Non, vraiment, sale époque.

Before midnight de Richard Linklater

Tous les neuf ans, Julie Delpy et Ethan Hawke redeviennent Céline et Jesse, une femme et un homme, chabadabada devant la caméra de Linklater. Before Sunrise et Before Sunset avaient pour eux la magie d’une écriture affûtée et la complémentarité évidente de ses deux acteurs, devenus entretemps des icônes alternatives d’un cinéma à la marge, tu vois. Du coup, leur troisième collaboration sera plus mature, encore plus écrite, et réalisée sous les oripeaux de la fausse impro pour surligner la virtuosité. Sur l’éternelle rengaine franchouillarde du couple de quadra en crise, la petite bande à Before n’établit qu’un seul constat vaguement cinématographique : des gens qui s’engueulent, c’est chiant, même quand ils sont brillants.

World War Z de Marc Forster

En tout et pour tout, les scénaristes de cette superproduction au deux tiers honnête n’ont retenu qu’une poignée d’idées et un monologue du génial roman de Max Brooks. C’est sûr que les gros bruitages à la Inception, les plans aériens et les placements produits éhontés, c’est plus vendeur, coco.

American Nightmare de James DeMonaco

Alors c’est l’histoire d’un réalisateur / scénariste qui a une super idée, un « high concept » comme on disait dans les années 80 avant de crever sur ses chiottes d’obésité morbide et d’abus de substances. Imagine : une nuit par an, tous les citoyens d’une Amérique dystopique ont le droit de commettre tous les crimes qu’ils veulent, sans intervention policière. Tu les sens, les possibilités narratives de malade ? Et bien il n’en sera rien, puisque tout le film se déroule en huis clos. Voilà.

The Canyons de Paul Schrader

Triste chose. Paul Schrader ne sait plus filmer, Lindsay Lohan a l’air d’avoir 45 ans, tous les acteurs jouent atrocement mal, et le scénario de Bret Easton Ellis reflète, avec une involontaire cruauté, la pisseuse fan de Fifty Shades of Grey qu’il a fini par devenir. Le temps détruit tout.

Les Reines du Ring de Jean-Marc Rudnicki

Vous vous êtes déjà senti mal à l’aise devant un film au point de détourner le regard ? D’avoir mal pour son casting ? D’être pris de spasmes toutes les cinq vannes ratées ? Les Reines du Ring, coécrit par CINQ scénaristes, est un vent de force 12 sur l’échelle des Dalton.

La Marques des Anges – Miserere de Sylvain White

Pourquoi les bouquins de Jean-Christophe Grangé sont inadaptables ? Facile : leur structure mélange à la va-comme-je-te-pousse les cliffhangers vaseux à la Dan Brown et des conclusions qui lorgnent de toutes leurs maigres forces vers les résolutions de James Ellroy. Mais surtout, le plus gros problème, au-delà même du style tout relatif de l’auteur, reste que ses histoires sont totalement grotesques. Le combat de petits vieux réincarnés en animaux à la fin du Concile de Pierre, le principe même du Vol des Cigognes, et cette fois-ci ces mystérieux orphelins à la voix qui tue, tous les récits de Grangé racontent quand même n’importe quoi. Si en plus on rajoute le binôme le plus absurde de l’année dans les rôles principaux, faut pas venir s’étonner.

Les Stagiaires de Shawn Levy

Ça y est. Nous y sommes. Le futur, baby. Le placement produit ? Trop timoré. Autant s’acheter une page de pub de deux heures, où le nom de la marque est répété plusieurs centaines de fois, où le logo est omniprésent, où une palanquée de comiques quadras, visiblement dépressifs, fait tout pour avoir l’air heureux d’assurer le service après-vente. Mieux : pour brouiller les pistes, rajouter « D’après une idée originale de Vince Vaughn » au générique.

Copains pour toujours 2 de Dennis Dugan

Waouh. Juste : waouh. On est vraiment dans le futur, là, tout du moins dans celui décrit par le génial Mike Judge dans le non moins génial Idiocracy. Au menu : des blagues de pisse, de rot, de caca, du comique de situation inepte, sous-écrit, monté à la truelle, jamais Ô GRAND JAMAIS mis en scène de quelque façon que ce soit. Le genre de film qui ferait passer Very Bad Trip 3 pour du Lubitsch.

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François Cau
François Cau
Expendable chez So Film.
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