Société 

Logement : l’arnaque « au mandat cash » fait fureur sur le Bon Coin

actualisé le 25/12/2013 à 22h05

Sur le Bon Coin ou sur d’autres sites de petites annonces, l’arnaque « au mandat cash » fait fureur. Ce qui peut transformer la recherche d’un logement à un loyer abordable en un véritable calvaire, particulièrement à Lyon.

Pigeon

Photo d’illustration. © ZeroOne / Flickr

Comme beaucoup d’étudiants, Florent s’est lancé en juin dans la recherche d’un appartement, avec sa petite amie. Et comme beaucoup, il s’est dirigé vers les sites de petites annonces. Dont l’un des plus connus : le Bon Coin.

Mais au milieu de centaines d’annonces, le couple a fait une découverte surprenante. Ils sont en effet tombés sur l’annonce de leur rêve : un appartement de 80m2 dans le 8e arrondissement de Lyon… pour 550 € (alors que ce genre de biens se loue en général plus de 800 € dans ce quartier).

« On leur a envoyé un premier mail pour demander l’adresse exacte et des photos supplémentaires. La personne nous a répondu mais sans nous donner les informations que l’on demandait. »

Florent commence alors à se méfier. Mais ce n’est que quelques mails plus tard qu’il va véritablement comprendre la supercherie.

« La propriétaire nous a expliqué qu’elle avait eu de mauvaises expériences et qu’elle voulait être sûre qu’on était de bonne foi. Elle nous a demandé de venir à la visite de l’appartement avec le reçu d’un mandat cash de 1100 €. C’est là qu’on a tout arrêté. J’avais entendu parler d’arnaques avec des mandats cash. »

Même schéma pour Stéphane, qui en décembre 2012 se retrouve « au pied du mur ». Il doit dénicher un appartement rapidement. Mais la période n’est pas propice. Intéressé par une annonce sur le Bon Coin, il comprend après quelques échanges de mails, que la personne lui demande de payer la garantie de l’appartement par mandat cash.

 

Un mode d’emploi bien rodé

L’arnaque semble grosse comme une maison. Mais en réalité, les escrocs ont mis en place des scénarios bien ficelés pour obtenir la confiance du locataire.

  • Vivre à l’étranger

Le dénominateur commun de la grande majorité de ces annonces frauduleuses est là : rapidement, le propriétaire du logement explique qu’il a dû partir vivre à l’étranger quelques années, en général pour des « raisons de boulot », selon la formule maladroite généralement employée.

  • Mettre en confiance sa victime

De là découle la suite. Le propriétaire rassure le futur locataire en affirmant que s’il loue son bien si peu cher c’est parce qu’il souhaite simplement que son logement soit occupé en son absence. Et que pour cela, il cherche une personne de confiance. Un argumentaire se met en place où les qualités du logement rivalisent avec les formules emphatiques du type :

«  Si notre logement vous convenait, dans le cas contraire c’est à dire si la maison n’est à votre goût, ce qui nous étonnerait beaucoup (…) »

Ou encore :

« C’est donc ce qui nous permettra de nous rassurer de votre bonne foi afin qu’on puisse s’organiser et considérer notre offre comme étant déjà louer (sic) aux autres intéressés. »

  • Montrer sa volonté de faire les choses en toute sécurité

Si le propriétaire se fait le plus sympathique et arrangeant possible, cela ne l’empêche pas de glisser au détour d’un mail qu’il a eu de mauvaises expériences et que s’il veut bien revenir en France ou faire déplacer un membre de sa famille (qui en général est gendarme ou a toute autre fonction rassurante) pour la visite, il ne veut pas se déplacer pour rien. La propriétaire du logement qui attirait Florent et son amie affirme par exemple :

« Comprenez bien que nous aimerions prendre nos précautions car pour ce qui est des visites, la semaine dernière nous nous sommes déjà fait déplacer pour rien par une personne (C’est à dire qu’elle n’était pas au RDV et elle n’avait même pas les moyens de louer l’appartement pourtant elle nous avait fait croire qu’elle était plus que intéressée). »

C’est pourquoi, elle demande au futur locataire de faire preuve de bonne foi en bloquant l’argent de la caution via un mandat cash.
L’argumentaire peut sensiblement changer. Par exemple, le propriétaire du logement que convoitait Stéphane, affirmait que comme il venait d’emménager aux Etats-Unis, ses comptes n’avaient pas encore été validés :

« Concernant le dépôt de garantie, ça sera un peu particulier parce que mon compte bancaire est actuellement indisponible pour toutes opérations. Mon gestionnaire m’a promis décanter (sic) la situation et m’a suggéré pour mes transactions en attendant d’utiliser le mandat postal Western union qui a l’avantage d’être sécurisé(…) »

  • Récupérer le mandat cash

Il ne reste alors plus qu’à récupérer le mandat cash. Cette opération est normalement relativement sécurisée. En effet, pour retirer le mandat, le bénéficiaire dit disposer du numéro d’identification transmis par l’expéditeur. Mais les arnaqueurs ont apparemment trouvé la parade. En général, ils demandent à la personne de scanner le reçu du mandat cash pour prouver que l’argent a bien été déposé. Ou alors ils suggèrent au locataire de se connecter sur un site internet de suivi du mandat-cash. Un site piraté, qui lui permet de récupérer les informations nécessaires au retrait de l’argent.

 

Une arnaque en plein développement

Heureusement, ni Florent, ni Stéphane ne sont pas allés jusqu’au dépôt de l’argent en mandat cash. Mais les forums regorgent de témoignages de personnes qui se sont faites avoir.

Cette arnaque est devenue courante. A tel point que l’association de consommateurs CLCV a récemment lancé un avertissement sur le sujet. Durant ses trois mois de recherche, Stéphane estime avoir vu ce type d’annonce environ quatre fois par jour sur le site du Bon Coin.

« Avec des vagues, certainement le temps de gérer les mails et de faire les démarches pour empocher l’argent. »

Difficile pourtant de mesurer l’ampleur du phénomène, les escrocs s’abstenant en général de mentionner leur volonté d’être payés en mandat cash dans l’annonce. Pourtant, selon Stéphane, il est possible de reconnaître ces annonces :

« Avec le temps, j’ai appris à les repérer. Outre les fautes d’orthographes, les formules étranges et les lieux improbables, on retrouve les mêmes photos dans des dizaines d’annonces. Et en général, dans le titre de l’annonce, il y a l’adresse exacte du logement, en majuscules. »

Bon Coin

Capture d’écran du site du Bon Coin

 

« Certaines arnaques passent entre les mailles du filet »

Du côté du Bon Coin, l’un des sites les plus souvent victimes de ces arnaques avec Ebay, on explique que même avec 150 modérateurs, il est bien difficile de vérifier les 600 000 annonces déposées chaque jour sur le site.

« Certaines arnaques passent entre les mailles du filet », reconnaît le service presse.

Le site de petites annonces a toutefois mis en place un filtre automatique qui permet de vérifier toute annonce mentionnant « mandat cash ». Un filtre dont l’efficacité est limitée, le terme n’apparaissant que rarement dans l’annonce.
La politique du Bon Coin interroge Stéphane :

« Je leur ai signalé. Mais j’ai plutôt eu l’impression qu’ils n’en avaient rien à faire. Ils m’ont simplement renvoyé le texte d’avertissement standard. »

La stratégie du géant de la petite annonce est claire sur ce point : faire de l’information, notamment via des messages d’avertissement qui apparaissent dès que l’on cherche à entrer en contact avec un vendeur. Il y est notamment écrit :

« Le paiement du bien que vous souhaitez acheter ne peut se faire que par mandat cash ou Western Union ? Ces modes de paiement ne sont pas sécurisés et risquent bien d’être factices. Nous vous conseillons d’utiliser des moyens de paiement plus sécurisés. »

L’entreprise se satisfait donc d’informer les internautes. Des internautes qui prennent rarement le temps de lire les avertissements.

 

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L'AUTEUR
Leïla Piazza
Leïla Piazza
Journaliste à Rue89Lyon
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