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Italie : la ministre noire Cécile Kyenge comparée à un orang-outan par un sénateur

actualisé le 06/01/2014 à 14h43

De nouvelles insultes racistes ont été prononcées à l’encontre de la première ministre noire de l’histoire de l’Italie, Cécile Kyenge. Roberto Calderoli, sénateur du parti séparatiste et xénophobe la Ligue du Nord, a traité la ministre de l’Intégration d’orang-outan. Ses explications sont d’une mauvaise foi désopilante.

Les propos ont été tenus samedi 13 juillet, à Trevigno, dans la province de Bergame :

« ‘Cécile Kyenge fait bien d’être ministre, mais peut-être devrait-elle le faire dans son pays. Je me console quand je surfe sur Internet et que je vois les photos du gouvernement. J’aime les animaux, mais quand je vois les images de Kyenge, je ne peux m’empêcher de penser à des ressemblances avec un orang-outan, même si je ne dis pas qu’elle en soit un. »

L’auteur, Roberto Calderoli est sénateur de la Ligue du Nord, parti xénophobe et séparatiste du Nord de l’Italie. Il est également vice-président du Sénat. Et rien n’indique qu’il ne le sera plus. Car depuis sa prise de fonctions le 28 avril dernier, la ministre de l’Intégration Cécile Kyenge est l’objet de nombreuses insultes. Son tort ? Être née au Congo. Et plus spécifiquement être noire.

Et dans ce pays où l’on accueille les joueurs noirs sur le terrain de foot par des cris de singe, il ne fait pas bon être « bronzé », selon les termes de Silvio Berlusconi à l’encontre de Barack Obama.

Un Barack Obama « jeune, beau et bronzé », donc.

Alors climat particulier d’intolérance comme s’interroge La Croix ? Rien n’est moins sur. Mais les propos à caractère raciste sont, pour Cécile Kyenge, bien plus lourds. Après les « retourne au Congo », « singe congolais » et autre « elle a l’air d’une femme au foyer », le racisme vient de franchir un cap avec Roberto Calderoli. Des « paroles qui dépassent toutes les limites », selon le chef du gouvernement Enrico Letta, qui soutien, depuis sa nomination, sa ministre.

Née en République démocratique du Congo, Cécile Kyenge, aujourd’hui âgée de 48 ans, est arrivée en Italie en 1983. Venue pour suivre des études d’ophtalmologie, elle n’a pu acquérir la nationalité italienne que par son mariage en 1994, l’Italie fonctionnant sur le droit du sang – la loi permettant ce changement de nationalité n’est passée qu’en 1992. Elue maire de Modène en 2004, elle est la première femme noire à entrer au Parlement en 2009. Son combat principal : le droit du sol. Consciente qu’une proposition de ce type aura du mal à être acceptée, la ministre de l’Intégration a proposé à Mario Balotelli, premier joueur noir à endosser le maillot de la Squadra Azzura en 2010, de devenir son ambassadeur anti-racisme. Casquette qu’il a immédiatement accepté, étant lui-même victime du racisme des stades.

 

Les explications « bidon » de Roberto Calderoli

Lundi, pour répondre à la vague d’indignation, Roberto Calderoli a publié une interview dans plusieurs journaux italiens. Petit extrait, ça vaut le détour :

« Il y a eu une instrumentalisation. J’ai fait une blague, peut être exagérée, mais je ne me référais pas à l’aspect racial de la ministre. C’était une référence esthétique et je m’en excuse. Vous savez je possède beaucoup d’animaux. Quelques-uns très étranges. Je les respecte beaucoup et je les compare à des personnes. Quand je vois Letta (le président du Conseil, Enrico Letta, ndlr) par exemple, je pense à un héron qui, avec ses longues pattes, parvient à vivre dans les marais. (Pour Alfano, second d’Enrico Letta NDLR) Une grenouille qui saute de feuille en feuille. Quant à la garde des sceaux, Anna Maria Cancellieri, c’est un Saint-Bernard. C’est vous qui êtes raciste vis-à-vis des animaux. Si j’évoque un héron, une grenouille, un Saint-Bernard, personne ne dit rien. Mais si je parle d’orang-outan, tout le monde me saute dessus. »

Arrêtons-nous là pour ces explications primaires.

Et comme le rappelle Philippe Ridet dans le Monde, Roberto Calderoli est coutumier des sorties tapageuses. En 2006, il portait un tee-shirt anti-Islam devant un représentant de Benghazi et quelques mois plus tard il faisait « pisser un cochon » sur le terrain où devait être construite une mosquée.

Dimanche, dans La Repubblica, Cécile Kyenge a accepté les excuses de Roberto Calderoli :

« Je suis une femme de peu de paroles, on peut plaisanter mais maintenant il faut aller au-delà de l’offense ».

Quant aux fleurs envoyées par le sénateur de la Ligue du Nord :

« Je les ai offertes à la Madonna del buon consiglio »…

 

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