Cultures 

De Fourvière à Vienne : Deux concerts en forme de flash-back folk

actualisé le 03/01/2014 à 08h49

Concerts / D’un côté, à Fourvière, le revival de l’âge d’or hippie avec le trio Crosby, Stills & Nash, de l’autre, à Vienne, le rock épileptique de Neil Young et sa fidèle machine de guerre Crazy Horse. Le tout à un jour d’intervalle. Etrange coïncidence quand on sait à quel point ces quatre frères de sang folk rock sont à jamais liés. 

Crosby, Stills & Nash

Crosby, Stills & Nash

 

Ensemble ou séparément, David Crosby et Stephen Stills les Amerloques, Graham Nash l’Anglais et Neil Young le Canadien ont écrit quelques unes des plus belles pages de l’histoire du rock. C’est avec Stephen Stills, rencontré au Canada et retrouvé à Los Angeles au hasard d’un embouteillage, que les choses démarrent réellement pour Neil Young. En 1966 les deux fondent, avec Richie Furay, Richard Dewey et Bruce Palmer, Buffalo Springfield, dont résonnent à jamais les notes de For What It’s Worth (éternel hymne hippie) et Mr Soul.

Si Stills tire les ficelles, déjà le talent de Young est immense. Surtout, on le constatera plus tard, il est bien plus doué que Stills pour ne pas le gâcher. Lorsque le groupe se sépare après dix-huits mois, trois albums et quelques clashs, Stills rejoint deux types qui ont déjà goûté à la gloire : David Crosby avec les Byrds et Graham Nash de l’autre côté de l’Atlantique avec les Hollies, l’un des emblèmes de la « British Invasion ». Inutile de dire que tout cela sent le génie à plein nez et qu’en un album, le trio s’installe sur le toit du folk rock et du Flower Power.

 

Déjà Vu

Chez CS&N, on peut se permettre de partager les chansons, comme on partage le canapé sur la pochette de l’album, sans y perdre en qualité. Cela n’empêche pas leur producteur Ahmet Ertegun d’insister pour faire appel à un Neil Young qui vient de frapper très fort avec son deuxième album solo Everybody Knows This Is Nowhere, première chevauchée du Crazy Horse. Le temps notamment du sublime Déjà Vu (sorti en 70), précédé d’une participation à Woodstock – où Young refuse d’être filmé – et à Altamont, le cataclysmique festival organisé par les Stones, que le Loner qualifiera dans son autobiographie de «monstrueux ego trip carburant à la coke», ajoutant :

«J’ai senti la musique mourir cette nuit-là».

 

Sur Déjà Vu, Young joue essentiellement les utilités avec l’humilité qu’on lui connaît, mais c’est sous l’étiquette CSN&Y que, suite au meurtre par la police de quatre étudiants pacifistes lors d’une manifestation sur le campus de l’Université de Kent State, il écrit l’épidermique Ohio, fabuleux single du quatuor qui le suivra toute sa carrière et devient un emblème de contestation. Young osant – acte téméraire pour l’époque – citer le nom et pointer la responsabilité de Richard Nixon dans le drame. A propos d’Ohio et de CSN&Y, le Canadien dira ceci :

«Nous étions profondément en phase avec notre génération et nous le sentions au plus profond de nos tripes. Je les adorais ces types».

En pleine bourre créative, et dans le sillage d’un succès générationnel, les albums solos pleuvent comme autant de chef-d’œuvres : After the Gold Rush pour Young, If Only I Could Remember My Name pour Crosby, l’éponyme Stephen Stills et Songs for Beginners pour Nash. Tous entrent dans le Top 15 américain. Jamais sans doute n’aura été réuni tel quatuor de songwriters, aussi différents que complémentaires, capables d’enregistrer séparément leur part d’un chef-d’œuvre. L’intensité de Stills, le perfectionnisme de Nash, l’inventivité de Crosby et la ferveur du maverick Young font des merveilles mais… tournent court.

 

Neil Young & Crazy Horse

Americana, l’album sorti en 2012 par Neil Young & Crazy Horse
Nostalgie

En réalité, en dépit des apparences, le quatuor est incapable de se mettre d’accord sur la direction à prendre. De ce cocktail de coke et d’ego devenu ingérable, Young s’éclipse vite fait : il a tant de chef-d’œuvres à écrire – dont l’impensable triplette Harvest (1972), On the Beach (1974), Zuma (1975) – tant d’expériences soniques à mener avec son Crazy Horse, de Rust Never Sleeps (1979) aux balbutiements grunge de Ragged Glory (1990), première salve sidérurgique d’un Young régénéré par les 90’s et oscillant entre mélancolie (Harvest Moon, Sleep with Angels, son hommage à Kurt Cobain) et défouraillage en règle (Mirror Ball, avec Pearl Jam, Broken Arrow…). Même énergie chauffée à blanc sur ses deux derniers albums, les forts bien nommés Le Noise et Psychedelic Pill.

De tous, seul Young sera capable de véritablement faire face à une marée de problèmes personnels (drogue, alcool, maladie, pertes de proches), à la sublimer en autant d’albums géniaux, et fera toujours un peu office de béquilles pour ses trois compères (ils enregistreront encore à quatre, bien plus tard, albums studios dispensables et lives), les abandonnant souvent aussi vite qu’il était venu à leur rescousse.

De la même façon, le trio, lui, passera beaucoup de temps à se déchirer et à se rabibocher, le successeur de Déjà Vu ne paraissant qu’en… 1977, après l’intermède Crosby & Nash – Stills est alors en plein naufrage mais se joindra à Young le temps de l’album Long May You Run. Surtout CS&N ne retrouvera jamais une flamme depuis trop longtemps éteinte. Il était écrit que de ces quatre chevaliers du mythe hippie, seul Neil « Perceval » Young devait aller au bout de sa quête – toujours en cours. Pour les autres, reste la légende, gravée dans le marbre de la nostalgie.

 Par Stéphane Duchêne, sur petit-bulletin.fr

Infos pratiques

Neil Young & Crazy Horse, au Théâtre antique de Vienne, lundi 15 juillet

Crosby, Stills & Nash, au Théâtre antique de Fourvière, mardi 16 juillet

 

 

 

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