Société 

Cigarette électronique : comment je me suis mis à cloper à 35 ans

actualisé le 11/02/2016 à 23h55

Un rapport rendu ce mardi à la ministre de la Santé, Marisol Touraine, vise à interdire la consommation de la cigarette électronique dans les lieux publics. De quoi perturber Eliot SuperNes, blogueur sur Rue89Lyon, qui s’était justement mis à cloper avec ce nouvel objet du désir. Article paru le 29 janvier 2013.

On ne sait jamais vraiment pourquoi un non fumeur ne fume pas. La faute au goût ? C’est un peu présomptueux, personne n’aime vraiment ça au début. Et il n’y a bien que les femmes pour continuer à essayer un truc même si la première fois, c’est plutôt désagréable.

Peut-être qu’à une époque où tout le monde voulait avoir l’air cool, je préférais faire autre chose de l’argent de mes parents. Geek de la première heure, j’échangeais des disquettes 3.5 sous le manteau. Mes géniteurs étaient pourtant eux-mêmes fumeurs. Comme quoi, certaines choses ne se transmettent pas.

Alors bon dieu, qu’est ce qui a bien pu se passer ? Une prise de conscience précoce face à une industrie et aux risques liés au tabac en bon hypocondriaque ? Une peur panique de l’attachement et de la dépendance ? Non, définitivement non. Mon acuponctrice essaie à chaque séance, entre deux aiguilles, de me faire avouer mon alcoolisme qu’elle dit mondain pour ne pas perdre un client. Je n’ai jamais eu conscience de cette dépendance, ni honte de financer les alcooliers. Alors pourquoi ce rejet ?

Car rejet, il y a. De l’odeur, de la poussière générée, des abandons de table au milieu des repas pour s’en griller une dans le froid, de la mauvaise haleine associée au café. Autant de raisons de ne plus supporter fumeurs et fumée.

Alors évidemment, il a fallu que je me mette à la colle avec une dépendante au premier degré, histoire de me simplifier le quotidien. Saoulée par mon harcèlement journalier, par les réflexions de son père sur le prix du tabac, fatiguée par sa pause clope presque clandestine à la fenêtre de la cuisine le soir et titillée, la trentaine passée, par une horloge biologique qui s’apparente de plus en plus à un ventilo, pour elle, la cigarette électronique est apparue comme un palliatif intéressant. Testé et approuvé par des amis.

Des amis qui avaient l’air tellement beaux, tellement fiers, tellement sensuels et snobs, cette longue « clope » au bec, rappelant les Vogue si chics ou les fume-cigarettes des années folles. Préservant le geste, la nicotine, tout en cessant toutes nuisances pour leur entourage.

Comme un signe du destin, une boutique sur l’avenue Jean-Jaurès (Lyon 7e), à deux pas de chez nos sublimes amis, venait d’ouvrir ses portes, spécialisée dans ce précieux objet.

Je décide d’y accompagner ma douce. C’est important de faire ce genre de démarche à deux. Ca peut changer une vie. Je remarque immédiatement les mains du vendeur, ses doigts jaunis par le tabac. Je me dis que le sevrage n’a pas vraiment dû être efficace chez lui. Puis je me laisse séduire par la technologie. La batterie qui se recharge en USB provoque chez moi une semi érection. Le choix infini de parfum, avec ou sans nicotine, me fascine. Goût Marlboro pour les puristes, whisky, café, fraise et même Piña Colada. J’aime bien ça, moi, la Piña Colada. Ça sent un peu le club de vacances all inclusive.

Je décide de tester quand vendeur et petite amie ont le dos tourné. Avec la cigarette électronique, il faut aspirer doucement pour avaler un max de fumée. Ça m’évoque un peu la chicha. J’aime bien ça moi, la chicha. Ça me rappelle de beaux moments de convivialité lors de mes voyages en Turquie. Le plaisir du narguilé, l’encombrement de l’appareillage kitsch en moins. Je valide.

Pas que mon assentiment pèse beaucoup dans la balance. Peu importe, ma douce achète et moi, j’exulte. Un nouveau truc à brancher sur mon laptop.

« L’essayer, c’est l’adopter ! »

Les premiers jours, c’est la passion. Elle ne sort jamais sans et devient l’attraction en soirée et aux repas. Une sorte de super VRP. Les fumeurs qui se font rabrouer depuis 20 ans par des non-fumeurs avec leurs histoires de cancer et de tabagisme passif deviennent à leur tour agressifs et moralisateurs à son encontre, s’inquiétant d’une technologie qui serait bien plus dangereuse selon eux. J’avance l’idée que c’est peut-être un faux discours tenu par l’industrie du tabac pour ne pas voir fondre ses profits. On me rit au nez. La vérité, c’est que personne n’a vraiment étudié la question. Mais bon, sans goudron, ni ammoniac et encore moins d’arsenic, ça ne peut pas être vraiment pire.

Au moins, avec la clope électronique, on peut tout se permettre. Et avec classe. Fumer au resto, dans les transports en commun, au bureau, ou à côté d’une femme enceinte qui, d’ailleurs, n’en a guère plus rien à carrer de se fumer une clope depuis qu’un gynéco a déclaré à une de ses potes hystériques qu’il fallait mieux s’en griller une plutôt que d’être stressée pendant sa grossesse. Mais je digresse.

Ma compagne fume maintenant sa cigarette électronique dans notre canapé après le dîner. Je me permets de tirer une « latte » ou deux à la volée. J’aime bien ça, dire que je peux « tirer des lattes ». J’ai l’impression d’enrichir mon vocabulaire. Je rattrape le temps perdu. Je lui demande de me faire une soufflette. Je tente d’aspirer la fumée dans des positions folles, en inventant 1000 et une manière de tenir ma tige. Et puis c’est l’escalade. Je me rends compte que ma moitié était frustrée de ne pas pouvoir fumer après l’amour. Aujourd’hui, elle peut. Je me dis même que la baise est devenue une excuse pour enfin fumer au lit.

Depuis, ma douce s’est arrêtée de fumer du tabac à la maison, mais continue au bureau. Le besoin d’échanger des ragots sur le trottoir, pendant la pause clope avec ses collègues. Et moi, entre deux articles, je lorgne dangereusement sur le paquet de Camel que vient d’oublier l’un de mes collègues sur mon bureau, avec l’incroyable envie de lui piquer discrètement son feu…

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