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Ryan Gosling, ce douloureux problème

actualisé le 07/01/2014 à 15h51

Only God Forgives de Nicolas Winding Refn n’en est qu’une longue et énième démonstration : l’idole des jeunes Ryan Gosling est un gros boulet du cinéma contemporain.

A un moment, il faut arrêter de se mentir. En termes d’acting, Ryan Gosling a tout donné dans Danny Balint (2001) et The United States of Leland (2003). Depuis, il a assez habilement partagé sa carrière entre des comédies romantiques dont le culte survit difficilement au poids des années (que les addicts à l’intolérable N’oublie jamais voient donc Terrain d’entente ou même Love Actually, FOR CHRIST’S SAKE), et des productions indépendantes qui font « sensation à Sundance », comme Half Nelson ou Une fiancée pas comme les autres.

Le jeu de Ryan Gosling a fini par se fondre dans la déréliction artistique du cinéma indé américain tel qu’on le célèbre au festival de Robert Redford : creux, anodin, sans style, de la pose arty qui bredouille quelques questions avant de partir en courant. Blue Valentine a encore entretenu le doute sur son potentiel ; puis vint la doublette Drive / Crazy, stupid, love.

Deux icônisations exigeant un jeu en retrait – du pain béni pour notre Ryan. Dans le film de Nicolas Winding Refn, l’illusion est parfaite : il campe un personnage venu de nulle part, sobrement nommé le « Driver », dont la meilleure caractérisation reste sa réplique récurrente, « I drive ». Beaucoup de critiques  ressuscitèrent l’adjectif « minéral » pour l’occasion, et en effet, Gosling y est aussi expressif qu’une roche – oui, c’est le rôle qui veut ça, bien sûr. Dans la comédie dramatique de Glenn Ficarra et John Requa, Ryan achève sa métamorphose en mème « Hey girl ». Une pure et simple gravure de mode, que l’on ballade de scènes en scènes en costumes pimpants ou torse nu. L’illustration cristalline de la notion de personnage décoratif.

Dans les saisissants pamphlets Les Marches du Pouvoir et Gangster Squad, qui nous révélaient sans ambages que la politique, c’est pas joli-joli et que les gangsters, c’est quand même des gens assez violents, Gosling cultive la transparence jusqu’à disparaître de certains plans.

Derek Cianfrance, le réalisateur de The Place Beyond The Pines, ose alors l’impensable : le décolorer en blond, lui coller des tatouages et un pantalon sale, pour finalement (SPOILER) le virer de l’histoire au premier tiers. Encore une fois, inutile de se mentir : c’est pour cette dernière raison qu’on se souvient positivement de son rôle dans le film.

Déboule alors ce gros coquin de Nicolas Winding Refn, et ses cortèges d’expérimentations cinématographiques aléatoires. Son nouveau film, Only God Forgives, ressemble à une œuvre de transition dans sa filmographie, un temps mort où il testerait de nouveaux cadres et de nouvelles perspectives sans trop se soucier de la mise en scène, ravalée ici à 75% de plans fixes. Côté scénario, on est quasiment dans l’abstraction minimaliste constellée d’inserts à peu près oniriques. Le personnage de Ryan Gosling est un dealer torturé, sous le joug du désir de vengeance de sa mère castratrice, pour laquelle il nourrit un Œdipe gros comme ça. Mais la performance de l’acteur se garde bien de prendre ces éléments en considération.

Ryan Gosling n’essaie même plus de jouer. Il arbore toujours le même air impavide, conserve le même ton monocorde. Il n’exprime absolument rien. Pour vous le prouver, je vous propose ce petit jeu : essayez donc d’assigner à chaque photo l’émotion que Ryan est censé exprimer :

1/ le désir de vengeance réprimé

2/ la rage aveugle

3/ la colère sourde

4/ le doute

5/ le gros trauma familial irrésolu

(Réponses : 1E, 2C, 3A, 4D, 5B)

Le rôle n’excuse plus rien. Le script de Nicolas Winding Refn a beau ne pas briller par son originalité, il contient tout de même matière à brasser des notions complexes, des nuances précieuses – surtout dans un projet aussi artistiquement fragile. Tel Bartleby, Ryan Gosling préfère ne pas. C’est un choix, qu’on a le droit de contester. Tout comme on a le droit de considérer Ryan Gosling comme une escroquerie à la photogénie qui, dans le fond, ne vaut pas mieux qu’un Taylor Lautner ou un Robert Pattinson.

Et encore, les deux têtards de la série Twilight ont presque plus de mérite que Gosling : eux, au moins, ils bossent. Mal, mais ils bossent. Robert fait même des efforts. Ryan, lui, a laissé tomber. En fait, si l’on en croit ses déclarations récentes, il va même s’arrêter quelque temps parce qu’il se sent « fatigué ». Pauvre, pauvre tichou.

Quant à Winding Refn, cinéaste aussi passionnant qu’inégal, son dernier film fait surtout penser à ce passage de Fight Club, étiré sur une heure et demi.

 

 

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L'AUTEUR
François Cau
François Cau
Expendable chez So Film.
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