Politique 

Primaire UMP : comment rappeler aux Lyonnais que Gérard Collomb est socialiste

actualisé le 08/01/2014 à 12h37

Le débat télévisé de ce lundi soir, en vue de l’investiture UMP pour les municipales de mars prochain, n’a pas révélé de réelles divergences de programme entre les cinq candidats de la droite. Pour eux, il s’agit surtout de rappeler aux Lyonnais que Gérard Collomb est socialiste, tandis que l’actuel maire s’évertuerait à le faire oublier.

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Les cinq candidats à la primaire UMP à Lyon.

Ce n’est que dans les dix dernières minutes de ce débat, diffusé sur la chaîne locale TLM, que la question politique a surgi. Celle qui devrait fonder la stratégie du candidat UMP, qu’il soit Nora Berra, Georges Fenech, Emmanuel Hamelin, Michel Havard ou Myriam Pleynard (dans l’ordre alphabétique), face au sortant socialiste, Gérard Collomb, en mars 2014.

Soit « lutter contre l’hypocrisie » de l’actuel maire, selon Georges Fenech. Pour Emmanuel Hamelin, Gérard Collomb constituerait ainsi une sorte d’imposture :

« Un coucou qui se met dans le nid des autres et reprend les projets de ses prédécesseurs (c’est-à-dire les maires de droite à Lyon jusqu’en 2001, Raymond Barre ou Michel Noir, ndlr). »

Refrain repris par Michel Havard, pour qui l’étiquette socialiste est carrément cachée. Et par Nora Berra, qui ne justifie la présence de Gérard Collomb dans le fauteuil de maire de Lyon que par la division de la droite :

« Je ne veux pas qu’il fasse à Lyon ce que François Hollande fait à la France. »

Une division de la droite, donc, que les cinq candidats voudraient faire appartenir au passé. Au point d’être restés globalement consensuels pendant ce débat, allant jusqu’à se partager les différents aspects d’un projet UMP global, avec de légères variations dans le ton et dans la forme. Et quelques rares coups de griffe.

Débat « Primaire UMP » à Lyon, sur le plateau de TLM. Prise par Yann Compan (secrétaire fédéral UMP dans le Rhône).

 

« Tu m’as piqué mes idées, bravo ! »

C’est à Georges Fenech, député de Givors, que revient la palme des idées. L’ancien magistrat qui s’est fait connaître en dirigeant la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Mivilud) a mené la danse à plusieurs reprises, indiquant dans sa posture qu’il est, lui, animé par un positionnement politique de fond.

A la différence notamment d’un Michel Havard, conseiller municipal, qui se positionne davantage comme un gestionnaire capable de la ville.

Georges Fenech a réussi à mettre l’accent sur une thématique qui lui était jusque-là propre, la sécurité, répétant sa volonté de « faire de Lyon la ville la plus sûre de France ». Et même, faire de l’ensemble de la ville une zone de sécurité prioritaire (ZSP).

Nora Berra s’est aussitôt emparée de la formule, ne voulant pas passer pour la laxiste de cette droite globalement assez affirmée. La députée européenne et ancienne secrétaire d’Etat a également préconisé la mise en place d’une cellule d’écoute pour les victimes.

Ce à quoi Georges Fenech a répondu par un très peu courtois, au regard du ton du débat, « tu m’as piqué mes idées, bravo ! ».

 

Un palais omnisports, un Zénith, un métro ouvert toute la nuit, des brigades…

En dehors des quelques piques entre Berra et Fenech, tous se sont passés le relais pour égrener un projet UMP unique. Ils sont donc prêts à armer la police municipale (avec des tasers et des armes de 4è catégorie), et espèrent en augmenter le nombre.

Tous veulent réussir à désenclaver le quartier Confluence, éventuellement par un prolongement du métro. Michel Havard replaçant à cette occasion sa marotte : un métro partant de la gare Saint-Paul jusqu’à la gare Part-Dieu et qui irait, même, dans l’avenir, jusqu’à Montchat et l’hôpital mère enfant de Bron.

Le stade de Gerland pourrait devenir, selon Nora Berra, un grand campus du sport, à destination du sport amateur, du sport de loisir et universitaire, pour faire de Lyon « une sorte de ville oxygène ». Emmanuel Hamelin verrait bien là un palais omnisports qui pourrait aussi servir de Zénith lyonnais.

Georges Fenech a fait mouche en proposant un « pass Gones », soit la gratuité des transports pour tous les enfants jusqu’à 12 ans, et un métro ouvert toute la nuit pendant les week-ends sans oublier, pour cela, une brigade des transports spécifique.

 

Roms, professionnalisation de la politique : Myriam Pleynard joue la « gauchiste » du lot

Laissant la plupart du temps bouche bée voire tout à fait sceptiques ses adversaires, tout comme les deux journalistes en charge d’animer le débat, Myriam Pleynard a tenté de ne pas être trop scolaire face à quatre politiques rompus à l’exercice médiatique.

La seule candidate à l’investiture UMP à n’avoir jamais été élue, qui a troqué sa carte du PS contre une carte de l’UMP en 2012, aime dire qu’elle représente les « valeurs d’un gaullisme social ».

Jusqu’à, lorsque la question des Roms dans l’agglomération lyonnaise a été abordée, préconiser une véritable politique d’accueil « digne » et d’intégration de ces populations, d’alphabétisation et de scolarisation des enfants, d’entreprenariat et de logements (avec l’exemple du village mobil-homes fournis par Alain Sitbon à Villeurbanne).

Quand Georges Fenech, lui, a rapidement répondu à la question : une brigade anti-squat, le démantèlement de « tous les campements illicites de ces populations dans la précarité et donc criminogènes ». Trouvant même Manuel Valls bien petit bras en comparaison de Nicolas Sarkozy.

Systématiquement pédagogique, tentant notamment d’expliciter la différence entre police municipale et police nationale, Myriam Pleynard a suscité une sorte de silence dépité ou d’agacement silencieux (c’est selon) de la part de ses adversaires.

Au final, loin des considérations stratégiques de l’UMP local, la deuxième femme de cette primaire a annoncé au nez et à la barbe de ses collègues UMP qu’elle luttait contre la professionnalisation de la vie politique, que 60% de ses listes seraient composées de gens n’ayant jamais exercé de mandat politique. Mais elle a aussi fait entendre qu’elle n’avait pas vraiment de projet, qu’il se ferait grâce à une sorte de « boîte aux lettres » ouverte aux idées des Lyonnais eux-mêmes.

Sur le mode doux, moins radical que celui de Georges Fenech notamment, c’est Emmanuel Hamelin qui est parvenu à s’attribuer la place du candidat de centre droit apaisé, focalisant notamment sur le problème des places en crèche (il en promet 1500 s’il est élu). Il a seul été sur la réserve concernant l’idée de l’armement de la police. Objectif : séduire l’important électorat centriste lyonnais, que Gérard Collomb a jusque-là su se mettre dans la poche.

 

Gérard Collomb est, « le lundi, de droite à Lyon et, le mardi, socialiste au Sénat »

Difficile pour les quatre candidats élus, hors Myriam Pleynard, de se distinguer réellement puisque sur de nombreux points, ils rejoignent les choix de Gérard Collomb, critiquant uniquement une façon de les présenter ou encore la gestion de leur timing.

D’accord avec le maire PS sur la réalisation du Grand stade de l’OL à Décines ; sur l’Anneau des Sciences (autrement plus connu sous le nom de TOP) ; sur le projet de métropole d’intérêt européen ; sur la vidéosurveillance (à développer largement toutefois pour chacun d’entre eux).

Le débat a donc révélé ce à quoi on pouvait s’attendre à cette heure : la campagne à droite se fera sans doute sur le désamour voire le rejet de nombre d’électeurs envers la politique gouvernementale socialiste, à laquelle Gérard Collomb est censé souscrire.

« On ne peut pas être le lundi de droite à Lyon et, le mardi, socialiste au Sénat. Et voter les lois du gouvernement, le matraquage fiscal des entreprises, etc. », a déclaré Georges Fenech pendant le débat.

Et pourtant, c’est peut-être bien cette gymnastique-là, en plus de la confortable position de maire sortant, qui fait pour l’heure de Gérard Collomb le favori de ces élections municipales de 2014.

 

 

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L'AUTEUR
Dalya Daoud
Dalya Daoud
Redchef à Rue89Lyon.
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