Cultures 

C’est bien beau d’être artiste #14 : Katia Mayen

actualisé le 08/01/2014 à 21h29

La première fois qu’on a assisté à un concert de Katia Mayen, c’était il y a un peu plus de 10 ans, sur les pentes de la Croix-Rousse, au  théâtre de la Platte. Depuis, la salle a fermé ses portes et l’artiste a quitté Lyon, le pays et a même changé de nom (je fais souvent cet effet aux femmes). À l’époque, la compositrice et interprète – mais aussi comédienne – livrait son répertoire seule au piano.

Aujourd’hui, « Kat May » a su apprendre de ses voyages. De la Suède, elle gardera une certaine mélancolie propre au climat scandinave qui colle plutôt pas mal à notre printemps 2013. De l’Angleterre où elle a enfin posée ses valises, à Camden Town, au nord de Londres, elle aura su saisir l’énergie et les opportunités pour peut-être enfin se révéler au grand public.

Kat May
Crédit photo : Matthieu Roggero

En effet, Kat May fait parti des 15 artistes sélectionnés par les InRocKs lab sur la région Sud-Est pour devenir l’une des découvertes de l’année (votez ici). Un concours très relevé qui profite souvent aux formations maîtrisant le mieux les réseaux sociaux. Les plus plébiscités auront la chance de jouer au Transbordeur pour des demi-finales le 27 juin prochain avant de s’envoler pour la capitale pour la grande finale, avec, à la clef, un clip offert à l’heureux vainqueur.

Alors oui, Kat May se présente dans notre région, après nous avoir délaissé. La belle affaire diront certains ? L’artiste, amusée, se dit « Lyonnaise de cœur » :

Lyon est la seule ville du monde dans laquelle je me sens vraiment chez moi !  J’y ai vécu les plus belles années de ma vie et je rêve d’y revenir un jour. Bientôt, j’espère… Donc, oui, je n’aurais pas pu m’inscrire dans une autre ville pour ce concours.

Bonne réponse. Du coup, nous avons décidé de la soumettre à notre désormais célèbre questionnaire sobrement intitulé : Orgueil et préjugés.

Mais d’abord, pourquoi cet exil en Angleterre ?

C’est drôle que vous parliez d’exil, car c’est effectivement un peu comme ça que j’ai ressenti mon départ de France. Lorsque j’ai quitté l’hexagone, j’ai eu la sensation de me déraciner, de laisser tout un pan de ma vie derrière moi. C’était une période un peu confuse et j’avais besoin de prendre du recul, de recommencer quelque chose ailleurs sans interférence avec ce que j’avais vécu avant.

Un besoin de renaître, de trouver le calme et la clarté propice à l’écriture et la composition. Et puis je chante en anglais, donc je me suis dit que ça serait plus simple d’aller apprendre la langue dans son pays d’origine au lieu de continuer à chanter en yaourt.

« Je pense que Londres est la ville parfaite pour débuter une carrière car tu as des opportunités de concert partout, tout le temps. »

Qu’est ce que vous trouvez là-bas que vous ne trouviez pas en France ?

La pluie. La malbouffe. Les bobbies. Les bus à deux étages… Hm, est-ce que j’ai déjà dit la pluie ?

Il y a, à Londres, une énergie incroyable, spécialement dans le domaine de la musique. Tous les pubs (ou presque) ont une soirée open-mic par semaine, du coup tout le monde peut prendre une guitare et venir chanter. Pas toujours très juste. Mais c’est aussi une des choses que j’apprécie en Angleterre… On ne te juge pas ! On va plutôt avoir tendance à t’encourager.

Je pense que Londres est la ville parfaite pour débuter une carrière car tu as des opportunités de concert partout, tout le temps. En ce qui me concerne, depuis la sortie de l’EP l’an dernier, je n’ai démarché aucun promoteur, aucune salle. Tous les concerts que j’ai faits m’ont été proposés par des promoteurs qui avaient entendu parlé de moi et qui sont venus me chercher. Et ça c’est précieux quand tu ne connais personne et que tu n’as pas de carnet d’adresse professionnel.

 

Et votre expérience suédoise ?

J’ai vécu a Stockholm pendant deux ans. Les deux hivers les plus froids et les plus longs de toute ma vie. Mais ça en valait la peine parce que j’y ai trouvé le calme et la sérénité dont j’avais besoin. La Suède est un pays génial plein d’espaces vierges pour pouvoir créer, de nature sauvage, de silence et il y a un véritable bouillonnement artistique au cœur de la ville.  Et puis, toute la musique que j’aime et que j’écoute est scandinave, donc ça avait du sens d’être là pour débuter ce projet.

« Pendant l’un des concerts les plus importants que j’ai fait, j’ai oublié les paroles d’une chanson. Le trou noir. Je me suis retrouvée la bouche ouverte face au public et j’ai vécu ce grand moment de solitude pendant lequel le temps s’arrête »

 

Votre premier geste artistique ?

Était-ce le premier collier de nouilles confectionné pour la fête des mères ou cette chanson mémorable composée sur le synthé de ma grand-mère pendant un interminable repas de famille ? Je ne sais plus… La poule, l’œuf… Tout ça quoi !

Blague à part, je pense que le véritable « premier » geste artistique est celui qui est conscient, qui marque un changement, qui se « pense ». Avant lui, la création existe dans son état le plus pur. Après lui, les problèmes (pour ne pas dire les emmerdes) et les questionnements commencent. Que fais-je, où vais-je, qui suis-je, qu’est ce que tout cela veut dire ? Au vu de cet éclairage, je dirais que mes premières chansons sont donc mon premier geste artistique assumé.

 

Quelle pratique artistique trouvez-vous intolérable ?

Celle que l’on abandonne parce qu’on a peur d’aller jusqu’au bout… Sinon, je ne suis pas très fan de l’amalgame que l’on fait entre une approche artistique et un produit de « divertissement ». Mais je crois que dans l’état actuel des choses, il est malheureusement difficile d’y échapper. Du coup, pour le grand public, Nicky Minaj et Björk font le même métier. C’est triste.

 

Quelle est pour vous la plus grosse arnaque artistique ?

La plus grosse, je ne sais pas. Il y en a plein, en fait. On est tous plus ou moins une arnaque artistique pour quelqu’un, non ? Plus sérieusement, pour pouvoir répondre à cette question il faudrait définir ce qu’est une arnaque et plus spécifiquement une arnaque artistique… Et ça, c’est complètement subjectif. Je n’ai pas du tout accroché avec le délire  « Gangnam Style » et autres « Harlem Shake« , mais apparemment j’étais l’une des seules personnes de mon entourage à ne pas trouver cela « génial », donc mon jugement en la matière parait peu représentatif de ce que pense la société .

Kat May
Crédit photo : Matthieu Roggero

Votre pire souvenir pendant un concert ?

Pendant l’un des concerts les plus importants que j’ai fait (auquel étaient conviés des promoteurs et des gens du « business »), j’ai oublié les paroles d’une chanson. Le trou noir. Le vide. Je me suis retrouvée la bouche ouverte face au public et j’ai vécu ce grand moment de solitude pendant lequel le temps s’arrête. Je suis restée figée et j’ai essayé de combler, tant bien que mal, en faisant du yaourt (mais quand tu fais ça en Angleterre, le public comprend bien que tu dis n’importe quoi). Finalement je me suis arrêtée,  j’ai fait une blague sur le fait d’être française et c’est passé.

 

Avec lequel de vos parents pensez-vous avoir un problème ?

Tiens, vous venez de me rappeler que je n’ai pas vu ma psy depuis longtemps (rires).

 

À quelle personnalité politique pourriez-vous dédier une de vos chansons ?

Mes chansons ne sont pas très « politiques » du coup, j’ai du mal à trouver un lien entre une chanson et une personne en particulier. Je dédierais peut-être « The Lake » à toutes les femmes politiques qui cherchent à faire avancer les choses en matière de parité et d’égalité et qui combattent la misogynie ambiante au quotidien. Go Girls !

Le dernier produit culturel consommé/acheté/emprunté ?

Je viens d’acheter des places pour le concert de Woodkid au Roundhouse et pour le spectacle de danse d’Akram Khan à Sadler’s Wells… Le mois de mai s’annonce plutôt pas mal en termes de sortie. Sinon j’ai aussi « découvert » le dernier album de James Blake. La chanson « Retrograde » me suit partout en ce moment. Et je viens de terminer « Le cœur régulier » d’Olivier Adam.

 

Avez-vous déjà sacrifié votre art pour de l’argent ?

En tant qu’auteur-compositeur, jamais… Je vis actuellement exclusivement d’amour, de musique et d’eau fraîche. En tant que comédienne, il m’est arrivé d’accepter des boulots artistiquement douteux pour un salaire de misère. Sur le coup, je l’ai très mal vécu, mais avec le temps j’ai compris que ce sont finalement ces projets-là qui te donnent l’énergie d’évoluer vers ce que tu veux vraiment.

Tu te découvres une force que tu ne t’imaginais pas et tu casses le moule de tes « fausses croyances ». Tu t’aperçois que tu n’es, en fait, pas obligé de faire des choses avilissantes pour survivre, tu peux choisir de gagner ta vie « dignement » en faisant ce qui te semble important et sensé. C’est un long processus parce que tu dois combattre les préjugés, les angoisses d’une société qui voit d’un mauvais œil l’union entre travail, argent et plaisir… Mais, en fin de compte, c’est possible. Du coup, je ne regrette pas mes « sacrifices », j’espère juste ne plus avoir à les refaire.

Aujourd’hui, je suis une farouche partisane de l’honnêteté artistique et intellectuelle, quel que soit le prix à payer. Et je chéris trop ma liberté pour la troquer contre quoi que ce soit.

 

Et sinon, vous comptez faire un vrai métier, un jour ?

Oui, quand je serai grande, je serai chanteuse. Si, si, c’est un métier !

 

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L'AUTEUR
Mickael de Drai
Mickael de Drai
Journaliste et vidéaste pénible pour Rue89Lyon et La brèche
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