L’écran et les autres
Knut, c’est un peu le Cousin machin du cinéma. Il est toujours par là, tout le monde le connaît, mais personne ne sait vraiment ce qu’il fait. Il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Et, comme parfois il est drôle, on continue de l’inviter aux réunions de famille.
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Thérapie de groupe à Cannes pour les cinéma Art et Essai

actualisé le 08/01/2014 à 22h22

Cannes c’est le plus grand marché de films, le lieu de retrouvailles de tous ces professionnels, bla bla bla. Les dessous qu’on n’évoque pas vraiment dans la presse mais tout le monde sait désormais que cela existe.

Pour les salles de cinéma Art & Essai de France, Cannes débute quelques dizaines d’heures auparavant, notamment avec leur traditionnelle Assemblée générale.

Les cinémas Art & Essai – Kézako ? Simplement des salles qui consacrent l’essentiel de leurs séances à des films labellisés Art & Essai par un collège de 100 personnes. Soit, environ 2 000 écrans en France.

 

L’état des lieux

Tadam ! Le 66ème Festival de Cannes a débuté, sous la pluie. On a ressorti le smoking, astiqué les bijoux, chaussé les bottes à talons et direction Méditerranée pour pavaner.

L’Assemblée générale est l’occasion de faire l’état des forces, de compter les cadavres, de se consoler en sachant que son collègue souffre autant, voire plus, et de dire que les Pathé-Gaumont-Ugc sont de grands méchants. Les salles Art & Essai ont survécu au passage au numérique, mais voici que les multiplexes leur taillent des croupières en marchant sur leurs plates-bandes d’offre d’œuvres.

L’association des cinémas Art & Essai part du principe que ses salles ont droit de faire un grand écart de programmation, de mettre à l’affiche tout autant les grosses machines qui font de l’argent (sans pour autant se compromettre avec les « merdes sans intérêt cinématographique » – vues cependant par des millions de spectateurs) que les films du monde, les œuvres d’émergence… qualifiés de « plus exigeants ». S’arrogeant aussi le droit de dire ce qui est bien et ce qui est mal, ces cinémas tentent de boxer en toutes catégories.

Et, comme nous sommes dans une économie de marché, leurs armes financières sont bien moindres que chez Pathé-Ugc… qui mettent donc à l’affiche les grosses machines mais aussi, de plus en plus, les Almodovar, Resnais, Nichols etc qu’elles délaissaient auparavant.

Alors, les cinémas Art & Essai en appellent à l’arbitre (le CNC) et à ses aides. Et pleurent.

 

En face, ceux qui détiennent les films (les distributeurs) décident aussi de gagner de l’argent (qui leur reprocherait ?) et donc de mettre leurs films là où ils pensent qu’ils feront le plus d’entrées possible. Et, en France, la grande majorité des billets étant vendue par les multiplexes, et bien, curieusement, les distributeurs se disent que mettre un film dans ceux-ci pourrait être un bon calcul (le « pourrait » est d’importance).

Résultat : les salles Art & Essai se plaignent qu’elles n’ont plus accès aux films, donc qu’elles perdent de la recette et sont fragilisées.

 

 

 

Alors, que fait-on ?

Les salles Art & Essai demandent au CNC de la régulation.

Mais, peut-on constamment s’en remettre à l’arbitre ? Surtout quand l’arbitre pourrait être dans l’œil de Bruxelles qui n’aime pas vraiment les arbitres interventionnistes.

 

Environ 600 films sortent chaque année en France. Il y a 6 000 écrans. Malheureusement, les salles veulent toutes les mêmes 200 films. Et les autres films luttent pour accéder aux écrans. N’est-ce pas ici le paradoxe ? Des salles se plaignent de ne pas avoir les films (qu’elles veulent) et la majorité des films cherchent des salles. Ubuesque cette situation.

 

Partant du principe que nous restons dans une économie de marché (désolé, JL. Mélenchon n’est, en effet, pas majoritaire), et que le cinéma répond à la loi de l’offre et de la demande (où l’offre prime sur la demande), que pourrions-nous préconiser ?

 

  • Limiter le nombre de copies : arrêter de sortir des films sur des configurations à 600-800 copies qui asphyxient le marché de l’offre. Des films trouveraient alors de l’espace.
  • Obliger les distributeurs à couvrir tous les bassins de population et donc servir la ruralité aussi bien que les agglomérations. Autrement dit, assumer que le cinéma est un bien public (sinon, quelle logique à vouloir sortir la culture des accords de libre échange ?)
  • Supprimer la logique de la sacro-sainte « sortie nationale du mercredi » : davantage de souplesse, pour davantage de diversité. Et des programmations de salles qui pourraient être moins systématiquement hebdomadaires, et une chronologie des médias plus adaptée (nous y reviendrons dans un autre article).
  • Evidemment, revoir les critères d’attribution des fonds de  soutien du CNC pour éviter que les salles et les distributeurs n’aient qu’une logique de catalogue, de volume, au détriment de la durée, de l’accompagnement des œuvres…

 

La réflexion n’a pas fini de mobiliser les festivaliers cannois. Le rapport Lescure, la reprise des négociations des accords d’échanges Europe-Etats-Unis et donc la remise en question de l’exception culturelle… vont apporter encore bien des occasions de réfléchir à ce contexte de concentration.

 

Cependant, si beaucoup de distributeurs et de salles de cinéma appellent à la réflexion, à davantage de concertation, voire à changer les règles… il est très probable que toutes ces bonnes intentions se heurtent, dès le retour à la réalité du quotidien, au triste constat du chacun pour soi. Et si un plus petit meurt, c’est toujours un peu plus d’espace vital pour un plus grand. Et, à ce jeu, qu’on ne souhaite pas, on sait déjà qui gagnera.

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Knut, c’est un peu le Cousin machin du cinéma. Il est toujours par là, tout le monde le connaît, mais personne ne sait vraiment ce qu’il fait. Il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Et, comme parfois il est drôle, on continue de l’inviter aux réunions de famille.
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