Société 

A Lyon, les anti-mariage gay huent Frigide Barjot et affichent leurs divisions

actualisé le 20/01/2014 à 16h57

Pour la manifestation anti-mariage gay de ce dimanche, Frigide Barjot avait fait le déplacement à Lyon. La pasionaria de la lutte contre la loi juste votée a pu tester son idée d’union civile pour les homosexuels en remplacement du mariage. Ce qui lui a valu d’être copieusement huée.

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Banderole de tête de la manif lyonnaise contre le mariage gay. Photo : Laurent Burlet/Rue89Lyon

En prévision de ce dimanche 5 mai, le collectif d’associations la « Manif pour tous », misait beaucoup sur la manifestation lyonnaise, qui devait être la plus importante de tous les rassemblements organisés ce dimanche en France.

Question chiffres, ce fut en effet une réussite si l’on en croit les organisateurs du défilé lyonnais. Ils ont annoncé 20 000 personnes quand la police en a comptabilisé 9 000. Cette mobilisation reste toutefois en deçà de la première manifestation lyonnaise anti-mariage gay du 17 novembre dernier : entre 22 000 et 30 000 personnes, selon les estimations.

En revanche, sur la question de la cohésion de groupe, l’heure est à la division.

 

L’union civile de Frigide Barjot huée

Jusque là, Frigide Barjot avait réussi à garder le leadership sur le mouvement de la « Manif pour tous ». La radicalisation impulsée par le « Printemps français » ne l’avait pas fait trop affectée.

Mais à Lyon, la porte-parole la plus médiatique des anti-mariage gay a pu mesurer à quel point elle n’a plus le soutien des foules.
Devant plusieurs milliers de manifestants réunis place Bellecour, elle a défendu sa proposition de remplacer la loi sur le « mariage pour tous » par une union civile pour les homosexuels. Qui ne donnerait pas droit à l’adoption. Huées et cris de protestation.

Ulcérée, elle a quitté le camion-podium. Une vingtaine de ses supporters l’ont rejointe. Mais également une dizaine de membre du GUD, un groupuscule d’extrême droite qui en a remis une couche.

Devant ses partisans et quelques micros de journalistes. Elle a développé sa pensée :

« L’union civile est la seule manière de gagner. Si vous n’y croyez pas, allez manifester ailleurs ».

Après un bon quart d’heure, le député UMP Hervé Mariton, également favorable à l’union civile, est venu la chercher.
Frigide Barjot ne s’est pas démontée. Elle est remontée sur le podium, après avoir fait enlever une banderole «loi Taubira, union civile, mêmes dégâts» :

« Il nous reste dix jours avant que le Conseil constitutionnel rende sa décision. Si nous ne faisons pas la proposition de l’union civile, l’adoption passera ».

Mêmes causes, mêmes effets : hormis quelques applaudissements ultra-minoritaires, elle s’est encore faite huer.
Elle a ensuite laissée la place à son ami gay, Clément qui, lui aussi, s’est fait huer sur l’idée d’union civile.
Pour rattraper le coup, Jean-Baptiste Labouche, le président de l’association « En marche pour l’enfance » (principale organisation de la Manif pour tous en Rhône-Alpes) a tenté d’apaiser les tensions :

« Contre ce mariage, nous demandons la démocratie. Nous avons également droit à la démocratie entre nous. Je vous demande de respecter celle qui préserve l’humanité durable ! »

 

Un ami gay et un drapeau arc-en-ciel : « les symboles de l’adversaire »

Le président de l’association « Causette et Gavroche », Raphaël Naugier, a également pris la parole pour le calmer les foules :

« On dort peu depuis le mois d’octobre. On a besoin de votre soutien. Nous n’avons pas le droit de nous disperser ».

Les responsables de la banderole anti-union civile qui a tant déplu à Frigide Barjot, ce sont « Les Enfants des Terreaux », un collectif anti-mariage gay porté sur les actions à la limite de la légalité. L’un des admirateurs du collectif, Kevin Pichart, a certes rangé la banderole, mais il reste droit dans ses bottes :

« A partir du moment où Frigide Barjot vient avec un ami gay et son drapeau arc-en-ciel, elle utilise les symboles de l’adversaire. On l’a admirée. Mais là, on ne peut pas l’accepter. On sait très bien que l’union civile débouchera aussi sur l’adoption. »

Il affirme que 20 des 25 délégués de la « Manif pour tous » en Rhône-Alpes ont voté contre cette union civile. Du côté des associations, comme des manifestants, Frigide Barjot a donc largement été mise en minorité.

 

Cacher cette extrême droite

Cet affichage des divisions intervient alors que, durant toute la manifestation, les organisateurs avaient essayé de donner une image unie et souriante.
Le service d’ordre a tenté de limiter la visibilité des groupuscules de l’extrême droite radicale, très présents chez les anti-mariage gay à Lyon.
Manque de chance, ces groupes avaient particulièrement décidé de se montrer ce dimanche :

  • Alexande Gabriac, le fondateur des Jeunesses nationalistes, a réussi à défiler à dix mètres derrière les députés UMP avec une dizaine de ses hommes. Le service d’ordre a finalement réussi à le faire sortir.
  • Une trentaine de militants du GUD se sont faufilés en tête de cortège pendant plusieurs centaines de mètres. Les organisateurs les ont fait partir à quelques encablures de l’arrivée sur la place Bellecour.

Par contre, les identitaires ont tranquillement pu défiler. Ils formaient un groupe d’une cinquantaine de personnes défilant derrière une banderole « la famille est notre identité ».

L’un des responsables du service d’ordre tente d’expliquer cette gestion de l’extrême droite :

« S’il y a des tensions, on est obligé de les sortir. Là, ils faisaient effet de masse et les élus devenaient tendus ».

Quant à la présence de Christophe Boudot, secrétaire départemental du FN, elle n’a pas dérangé les élus UMP, comme le député Hervé Mariton ou le maire de Vienne, Jacques Remiller, qui se trouvaient à un mètre devant lui.

 

 

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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