Société 

Tapin, boutiques de luxe et gestes d’architectes : Confluence est l’étrange quartier de Lyon

actualisé le 11/02/2014 à 09h23

Annoncé comme LE projet phare du renouvellement urbain du XXIe siècle, le quartier de la Confluence à Lyon ambitionne de devenir une référence à la fois architecturale, environnementale et commerciale. A la hauteur des ambitions internationales de Gérard Collomb. Alors que la phase 2 du projet de reconquête de l’extrémité Sud de la Presqu’île avance, le quartier du futur est-il vivable ?

Par Dalya Daoud et Hugo Lautissier

Crédit : SPL Lyon Confluence-Thierry Bazin.

« Renaissance », « porte du XXIe siècle », « laboratoire du futur » : dans la presse régionale et nationale, les qualificatifs ne manquent pas pour vanter le projet pharaonique dans lequel s’est lancée la ville de Lyon il y a une dizaine d’années. Investissements publics et privés confondus, pas moins d’1,2 milliard d’euros ont été engagés pour transformer le quartier « au-delà des voûtes », à la confluence du Rhône et de la Saône, en extension du centre-ville.

Un an après l’installation des premiers habitants, un an après le lancement du centre commercial, voit-on ici se dessiner l’urbanité du futur ?

1. Vivre à Confluence, c’est quoi

2. Des départs de Confluence très médiatiques

3. Un centre commercial qui cherche ses marques

4. Carrefour : le vilain petit canard

5. L’économie à Confluence : des businessmen mais aussi des prostituées

6. Histoire naturelle et électro : le futur quartier de la culture lyonnaise?

7. Architecture : programme audacieux ou succession de gestes architecturaux

8. Accessibilité, stationnement, la droite fustige Gérard Collomb

9. Le quartier du 3ème mandat de Gérard Collomb ?

1. Vivre à Confluence, c’est quoi

Crédit : Hugo Lautissier/Rue89Lyon.

La promenade au cœur du quartier de la Confluence laisse souvent une impression bizarre. On hésite entre deux sentiments contradictoires : une fascination pour cette visible capacité à créer là où il n’y avait rien, et une sensation qu’il manque quelque chose à ce quartier. De la vie. Estelle se présente comme une « jeune active » et s’est installée l’été dernier à Confluence.

«Le quartier est agréable mais très calme. Il n’y a pas encore de vie de quartier qui se développe. Il y a trop peu de petits commerces. La boulangerie, par exemple, est fermée le dimanche.»

Un couple, installé depuis six mois, ajoute :

« C’est le côté écologique et moderne qui nous a attirés en premier lieu à la Confluence. S’il y avait un problème majeur à ce quartier, ce serait surtout l’accessibilité. »

Les habitants du quartier sont peu loquaces. Pour s’en convaincre, il faut s’adresser à Marcel Brevy, le président de l’association CIL sud Presqu’Ile.

« Il y a une déception pour une partie des habitants du quartier. Mais personne n’est prêt à avouer qu’il n’a pas fait le meilleur choix. Certaines habitations sont limites, les promoteurs ont tiré un maximum sur les surfaces et sur les prestations. Finitions en plastique, carreaux mal posés, vis-à-vis dérangeant, ce sont des problèmes récurrents. »

Pour Arnaud Malnuit, le responsable des commerçants du quartier (hors centre commercial), la Confluence, malgré sa quarantaine de shops, manque cruellement de dynamisme :

« On a pas mal de lieux vacants sur le cours Charlemagne, les commerçants hésitent à s’installer, ils ont peur de la concurrence du centre commercial. Les riverains sont pourtant demandeurs de commerces de proximité. La Confluence a besoin d’être dynamisée pour qu’une vie de quartier se développe. »

Les immeubles confiés à des architectes internationaux ont rapidement attiré une foule d’acheteurs, malgré un prix moyen au mètre carré de 4 500 €, contre 3 700 € en moyenne dans l’agglomération.

Pour Gérard Collomb, le quartier est une réussite totale. En décembre 2012, le maire de Lyon que l’on interrogeait sur le développement citoyen de la Confluence se réjouissait :

« Il doit rester deux appartements, qui ont été achetés par un promoteur mais qui ne sont pas loués. Tout est vendu sur plan. C’est un tabac incroyable. »

 

2. Des départs de Confluence très médiatiques

Pourtant, ces derniers mois, plusieurs figures emblématiques de Lyon et du quartier Confluence ont fait leurs valises. Que ce soit pour Shangaï ou pour la rue Auguste Comte, ces départs qui ne sont pas encore assez nombreux pour qu’on y voie une véritable défiance vis-à-vis de la Confluence, laissent entrevoir les difficultés d’un quartier qui peine à confirmer les promesses d’attractivité et de dynamisme qu’il s’était fixé.

Le départ de Nicolas Le Bec, le chef étoilé propriétaire de la brasserie chic du quartier Confluence, « La rue Le Bec » en est le premier exemple. Après seulement trois ans d’exercice, l’établissement avait été placé en liquidation judiciaire. Interrogé sur les raisons de cet échec, Nicolas Le Bec s’en était pri violemment au maire de Lyon dans les colonnes du Progrès :

« Il est peut-être vexé parce que je pars. Mais j’ai fait mon boulot et je peux me regarder dans ma glace. Je reviendrai peut-être à Lyon quand Gérard Collomb ne sera plus maire de Lyon. »

Plus récemment, Olivier Houg, l’un des pionniers de la Confluence et l’un des plus importants galeristes lyonnais a suivi le mouvement initié par Le Bec, en quittant à son tour le quai Rambaud pour retourner dans le centre-ville, rue Auguste Comte. Interrogé par Rue89Lyon, le galeriste refuse de cracher dans la soupe :

« Venir s’installer au Confluent était un pari, c’était vivre au rythme de la progression urbaine de Lyon, dans sa modernité. Ce quartier nous a beaucoup apporté en terme de visibilité et ma galerie a aussi participé à la visibilité du confluent.»

Pourtant, ce déménagement en dit long sur le manque d’attractivité de la Confluence. A loyer égal, la rue Auguste Comte reste un bien meilleur moyen d’obtenir plus de visibilité.

« Revenir dans le centre avec un local adapté à notre exigence de monstration a motivé notre dernier déplacement. La rue Auguste Comte, avec l’expérience me parait être la rue la plus sensible à la clientèle internationale sans oublier les Lyonnais qui viendront plus facilement.»

Ces départs successifs n’ont toutefois pas fait boule de neige.

 

3. Un centre commercial qui cherche ses marques

A la suite d’une série d’articles parus dans la presse locale, se désolant de la désertification du centre commercial, une conférence de presse s’est organisée en février dernier, au Zinc Zinc, le restaurant de Philippe Florentin au deuxième étage de ce même centre commercial. En présence de Christophe Roszak, directeur du réseau Centres Commerciaux France Unibail Rodamco, Jérémy Desprets, directeur du centre commercial Confluence, l’heure est à l’autocongratulation. Christophe Roszak est fier d’annoncer :

« En moins d’un an, 6 600 000 visiteurs sont venus dans le centre commercial, et 400 000 repas ont été servis depuis l’ouverture ».

Des chiffres impressionnants ? Pas tant que ça, lorsque l’on rapporte le nombre de repas aux 18 restaurants du centre, on arrive péniblement à 75 couverts par jours par établissements, presque moitié moins que le Zinc Zinc. Quant aux presque 7 millions de visiteurs en 1 an, le chiffre cache un premier mois record avec près d’un million de visiteurs.
Invité à la conférence, Guillaume Décitre de la librairie éponyme se montre confiant :

« On est sur nos objectifs en terme de chiffre d’affaires. Un peu en dessous en semaine, mais au-dessus le week-end. Le Décitre Confluence fait souvent jeu égal avec notre boutique de la Part-Dieu. De toute façon, on est au début d’un projet de longue haleine. »

Idem côté Zinc Zinc et son propriétaire Philippe Florentin, patron du groupe de restauration FLIC :

« Avec Unibail Radamco, j’ai découvert ce qu’était un vrai partenariat. Le groupe a réussi à mobiliser les commerçants entre eux. Il y a une vraie atmosphère de village dans le centre commercial. »

 

« Le week-end il y a du monde, mais la semaine, ça fait peur »

Mais dès que l’on s’éloigne des quelques grandes enseignes qui font la fierté d’Unibail Radamco, la situation est beaucoup moins évidente. Interrogé sur ce point, le directeur du pôle commercial Jérémy Desprests est visiblement moins à l’aise :

« C’est vrai que la situation est plus difficile pour les commerces indépendants que pour les grandes enseignes. Pour certains, il faudra plus de temps. »

De nombreux petits commerçants indépendants, qui constituent la majorité du centre commercial, sont dans une situation préoccupante. Au rez-de-chaussée, un vendeur de prêt-à-porter confie :

« Il fait trop froid dans le centre, on est obligé de mettre le chauffage à fond. Les gens rentrent plus dans le magasin pour se réchauffer que pour acheter. La période des soldes a été très mauvaise. On a surtout des touristes qui viennent voir à quoi ressemble le quartier, mas ils ne sont pas là pour acheter. »

Pour un autre commerçant, spécialisé dans la vente de repas à emporter, les débuts du centre commercial sont catastrophiques.

« Regardez autour de vous, il n’y a personne. Pourtant, l’endroit est magnifique, tout est là sauf le client, et en attendant, il y a un loyer à payer. »

« Le week-end il y a du monde, mais la semaine, ça fait peur, » ajoute le serveur d’un restaurant à proximité.
 Derrière les sourires de façade, le centre commercial de Confluence n’est pas encore le paradis familial de la consommation et du loisir qu’il ambitionne de devenir.

Unibail Radamco, le leader européen de l’immobilier commercial annonce qu’il investira prochainement 3 millions d’euros supplémentaires pour rendre les façades des restaurants du deuxième étage du centre plus attractives. « Le quartier et le centre commercial se cherchent autant que nous », conclut une commerçante.

 

4. Carrefour : le vilain petit canard

Côté Carrefour, censé être le navire amiral du centre commercial, les inquiétudes sont vives elles aussi. Pour Jean-Yves Chaussin, délégué FO de Carrefour, la situation incertaine du magasin est le reflet de ce qui se passe dans le quartier. D’après lui, l’enseigne serait à environ 40% en dessous des objectifs qu’elle s’était fixés en terme de chiffre d’affaires. En cause, l’accessibilité et le prix du loyer.

« Le Carrefour de Confluence est un pari sur le long terme, mais pour l’instant le succès n’est pas au rendez-vous. Les loyers dans le quartier sont exorbitants et l’accessibilité est un véritable problème qui pour l’instant n’a pas de solution sur le terrain. Les gens ne vont pas aller faire leurs courses à Carrefour en tram ! »

Face à ce manque de rentabilité, le magasin a dû revoir ses ambitions à la baisse, d’où un sentiment d’insécurité chez les salariés.

« Les rumeurs de fermeture du magasin sont complètement infondées. Pourtant, les effectifs se sont réduits comme une peau de chagrin. De 150 employés au lancement, on est passé à 100 aujourd’hui. Il y a eu plusieurs licenciements pour cause de vol, mais au moins cinq employés ont été licenciés de façon abusive ces derniers mois et devraient intenter un procès devant les prud’hommes. »

Contactée par la rédaction, la direction du Carrefour Confluence n’a pas souhaité répondre à nos questions. Au mois d’avril 2013, un nouveau directeur a été mis en place à la tête de l’hypermarché qui s’étend sur près de 4500 m2 et emploie 75 salariés.

 

5. L’économie à Confluence : des businessmen mais aussi des prostituées

Si Nicolas Le Bec, après son départ, a été taxé par, entre autres, Gérard Collomb de « mauvais gestionnaire », de nombreuses entreprises ont fait le choix de s’installer à Confluence, soit pour lancer leur activité, soit pour la poursuivre. Un choix et même « un pari sur l’avenir », rectifie Christian Marziac, reprenant les mots des habitants du quartier. Il est le président du CELC, club des entrepreneurs de Lyon Confluence Presqu’île, qui rassemble 50 sociétés du 2e arrondissement (dont plus de 80% sont implantées dans le Confluence qui comprend le nouveau quartier et le quartier historique de Perrache).

Des arrivées importantes dans le chantier encore boueux de la Confluence ont fait parler d’elles, celle du mastodonte de la presse locale, le Progrès, celle du siège de la Région Rhône-Alpes. GL Events s’y est aussi implanté.

Dans une récente enquête réalisée auprès des membres du CELC, les entrepreneurs ont pointé, comme les habitants et les vendeurs du centre commercial, le problème de l’accessibilité et du stationnement :

« Les chantiers, c’est bien, ça veut dire que ça bouge, mais ça peut décourager certaines personnes ».

Dans les principales préoccupations sont également apparues la « sécurité et le confort ». Une façon pudique d’évoquer la prostitution du quartier. Car se promener à Confluence, c’est aussi s’éloigner de la place nautique, du quai Rambaud ou du centre commercial. Sur le quai Perrache, on est toujours dans le même quartier, mais son visage est transformé. Jusqu’au terrain vague où s’installent le cirque Pinder ou le Luna Park, les prostituées tapinent, à pied, les unes à côté des autres.

Il suffit de s’écarter de quelques pas pour tomber sur une petite ruelle encore glauque, où l’on peut trouver quelques préservatifs. Il y a quelques semaines, Christian Marziac a rencontré au commissariat du 2e arrondissement les forces de police, pour les alerter de nouveau.

« Dans ce quartier, historiquement, il y a toujours eu de la prostitution, il fût une époque où on y a vu des centaines de camionnettes. Je n’ai rien contre ces jeunes femmes, il faut qu’elles vivent, elles sont là parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement… Mais il faut trouver une solution. Aujourd’hui, on cohabite, on ne va pas faire la police nous-mêmes, on est impuissants. »

Un message qui semble avoir été entendu, puisque Lyon connaît une chasse aux prostituées sans précédent. A Perrache, la police a notamment multiplié ces dernières semaines les procédures pour racolage passif.

 

6. Histoire naturelle et électro : le futur quartier de la culture lyonnaise ?

De certains bars et restaurants de Confluence, on a pu dire qu’il s’agissait des lieux où il faut voir et être vu. Mais en dehors des mondanités au champagne, Gérard Collomb a toujours déclaré que le lieu deviendrait un centre culturel fort. Notamment autour de la Sucrière, ancienne usine désaffectée qui a accueilli des soirées mémorables dans un décor post-industriel remarquable.

Réhabilité, le lieu a été confié à GL Events, société lyonnaise à laquelle Gérard Collomb a déjà attribué la gestion de la plupart des grands lieux dédiés aux événements de Lyon. Plusieurs événements culturels s’y sont tenus, des expos d’ampleur, le concert spécial du festival Nuits Sonores 2012 avec New Order.

C’est le toit de la Sucrière qui devrait faire entendre parler de lui bientôt, avec un club de musiques indépendantes, animé par Arty Farty, l’association organisatrice de Nuits Sonores. Une ouverture du « Sucre » serait prévue le 28 juin prochain. De quoi, peut-être, ramener un peu de monde dans la zone.

La Confluence essaye donc de s’imposer comme un haut lieu de la culture. Financé par le Département, le musée des Confluences devait lui aussi apporter sa part de culture avec un gros Q. Mais ce serpent de mer, chantier éternel, passe de plus en plus pour un gouffre financier inutile au regard d’un projet de moins en moins moderne, dans son architecture comme dans son propos.

 

7. Architecture : programme audacieux ou succession de gestes architecturaux

Le défi architectural  reste la grande victoire du quartier Confluence. Soutenue par une presse française spécialisée enthousiaste  et par la presse internationale dont le New York Times, le quartier séduit par son architecture innovante. Le cube orange notamment, dessiné par l’agence Jakob & Mcfarlane, envoûte le magazine Archistorme qui en a fait sa une dans un hors série.

« On ne peut pas résister à cet ouvrage, on le subit, car il agit subtilement sur l’utilisateur comme sur le voyeur. »

Crédit : Hugo Lautissier/Rue89Lyon.

Pourtant, le projet architecturale de la Confluence est loin de faire l’unanimité. Trop de couleurs, trop de « gestes » architecturaux, nuiraient à l’harmonie du quartier. Le magazine spécialisé « D’Architecture », consacrait en avril 2011 un dossier complet sur le projet architecturale de la Confluence.

« Les espaces intérieurs ne tiennent  pas la promesse faite d’une architecture d’exception, en se révélant au contraire d’une grande banalité. »

L’article ne s’arrête pas là :

« La visite du site et du bâtiment montre que la stratégie qui consiste à faire appel aux meilleurs concepteurs français et européens pour leur créativité et à promouvoir un parti pris architectural très contemporain est de courte vue. L’architecture, réduite dans le cas présent à un nuancier de matériaux tendance, est bien évidemment incapable de prendre le relais d’un urbanisme à bout de souffle. Tout invite ici à se rappeler le commentaire laconique d’un célèbre architecte qui remarquait que « notre monde est désormais dépourvu d’urbanisme ».

Lors d’un colloque sur la Ville de demain organisé à l’université Lyon 2, Gérard Collomb a défendu sa vision de l’éco-quartier, ou encore quartier durable. Pour autant, face à ces critiques, la seconde phase du projet (ZAC 2) a été confié à la prestigieuse agence suisse Herzog & de Meuron auteur, entre autres, du Tate Modern à Londres et qui a reçu la plus haute distinction en architecture, le prix Pritzker en 2001. Ce sont eux qui s’attaqueront au secteur du Marché Gare, avec la volonté de ramener plus de sobriété et d’unité de couleurs au quartier.

 

8. Accessibilité, stationnement, la droite fustige Gérard Collomb

A la veille des élections municipales, l’opposition se montre moins dithyrambique que le maire de Lyon sur l’éco-quartier de Confluence, et appuie notamment son contre-argumentaire sur l’épineuse question des transports.

Il y a plusieurs semaines, Michel Havard dénonçait sur le site lyonpoleimmo, « un coup de communication » de la part de Gérard Collomb. La Confluence étant, selon lui, « un cul de sac difficilement accessible », dans lequel le maire de Lyon aurait oublié « qu’il accueillera des habitants, des personnes qui travaillent ou tout simplement qui viendront profiter des commerces ». Imaginant gagner les prochaines élections municipales, il a promis qu’il ferait une étude de faisabilité dès qu’il serait maire.

Même son de cloche du côté du conseiller municipal UMP Emmanuel Hamelin, qui fustige la gestion du quartier de la Confluence par Gérard Collomb et qualifie l’absence de métro d’« erreur historique ».

Ce à quoi l’actuel maire de Lyon a répondu, à Rue89Lyon : la question budgétaire règle le problème, accusant des opposants de faire des « calculs au doigt mouillé ».

La situation d’enclave de la Confluence n’est pas nouvelle. Sébastien Gardon, chercheur au sein du groupe P2M Passé Présent Mobilité et blogueur à Rue89Lyon, rejoignait lui aussi en avril dernier ce constat :

« Un échec, le plus important sans doute, est le non prolongement du métro (ligne A), pourtant prévu dès sa construction. Comme la SNCF n’avait pas voulu que le métro passe sous les fondations de sa gare, le métro remonte légèrement avant le centre d’échange pour arriver au niveau du sol des voûtes de la gare.

Si le terminus définitif du métro avait été prévu à Perrache, le métro serait arrivé en souterrain au pied du centre d’échange, sans déformer la place Carnot déjà bien défigurée par la suppression du cours de Verdun. Le prolongement du métro au sud de Perrache aurait ensuite permis sans doute des connexions avec la Mulatière et Oullins, par delà la Saône. »

 

« Le Sytral devrait se bouger le cul »

Sur le terrain, en marge des querelles politiques, l’accessibilité du quartier et les transports en commun sont des problèmes auxquels les riverains et les visiteurs sont confrontés tous les jours.

Le prolongement de la ligne de tram T1 prévue pour 2014 est donc l’une des principales attentes. Elle doit relier Gerland au quartier de la Confluence, en passant par le futur pont Raymond Barre. En attendant, le cours Charlemagne est mis en sens unique sur une seule voie, un calvaire pour les riverains. Arnauld Malnuit, le responsable des commerçants du quartier est excédé :

« J’ai eu tous les interlocuteurs possibles pour faire avancer la situation du quartier au niveau de l’accessibilité et des indications. Le Sytral devrait se bouger le cul, le tram aurait du être fini avant même le lancement du centre commercial. Maintenant on a un cours Charlemagne complètement bouché. C’est insupportable pour les commerçants, les visiteurs et les riverains. »

Pour surmonter ce problème il faut fluidifier la circulation et dynamiser le commerce, selon Arnauld Malnuit. Vaste programme. Pour ce faire, plusieurs solutions sont en discussion. Le projet Ruelle vise par exemple à déverrouiller la gare de Perrache, ce bloc de béton qui coupe la presqu’île en deux, de façon à faciliter la circulation entre le centre-ville au nord et le quartier Confluence.

« A ce titre, la rue Victor Hugo a un rôle important à jouer. Au lieu de s’arrêter place Carnot, cette artère devrait se prolonger sur le cours Charlemagne, qui passerait alors en zone 20. Ainsi, Confluence deviendrait le poumon du centre-ville. »

 

9. Le quartier du 3ème mandat de Gérard Collomb ?

Bénéficiaire d’une subvention du programme européen Concerto, Lyon Confluence peut se vanter d’afficher un programme de maîtrise énergétique à la pointe de ce qui se fait en Europe. Le WWF, organisme de protection de l’environnement et partenaire de ce grand projet, a même estimé que Confluence était le « premier quartier durable français ».

Les énergies renouvelables sont utilisées de manière significative, notamment l’énergie solaire (panneaux photovoltaïques) et la biomasse (une chaufferie bois cogénération par îlot). 80% de la consommation de chauffage et d’eau chaude sanitaire des parties privatives provient ainsi de l’utilisation des énergies renouvelables dans les logements. La seconde phase du projet urbain (ZAC 2) devrait poursuivre cet effort écologique, 55% des besoins en électricité seront produits par de l’énergie solaire photovoltaïque.

Mais la Confluence ne correspond pas uniquement à la pointe de terre entre Rhône et Saône. L’ARALY (association des riverains de l’autoroute dans Lyon), collectif de riverains habitant sur le cours Verdun-Gensoul, donnant directement sur l’A6 pénétrant la ville, a suspendu à ses fenêtres des banderoles pour réclamer le déclassement de cette voie. « De l’air », réclament-ils, quand Confluence est présenté comme un quartier vert et respirable. Gérard Collomb a en effet prévu de déclasser l’autoroute, dans le cadre du projet du périphérique Ouest, autrement appelé TOP.

Crédit : SPL Lyon Confluence-JÇrìme Boucherat.

 

Le trophée urbain

La mixité sociale est l’un des autres paris remportés par le quartier Confluence. L’exemple de la ZAC 2 est édifiant : sur 2500 logements qui doivent être livrés, on trouvera 25 à 30% de logements sociaux et 20 à 25% de logements intermédiaires, permettant ainsi de développer un quartier largement ouvert à tous.

La reconversion des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph devrait aussi en grande partie reconfigurer la zone.

Et pour répondre aux critiques légitimes sur l’accessibilité du quartier, Gérard Collomb sacrifiera au projet de quartier environnemental parfait. Deux accès routiers devraient voir le jour d’ici 2015, passant sous les voies ferrées et reliant le quai Rambaud au cours Charlemagne.

En vue des élections municipales prochaines, course à laquelle il est déjà en tête, l’actuel maire imagine ainsi répondre aux critiques et complaintes, tout en continuant à brandir les projets de ce quartier nouveau, observé à la loupe et parfois pris en exemple au niveau européen, comme la preuve du succès de son modèle lyonnais.

 

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