Société 

Racolage passif, fourrière : une chasse sans précédent aux prostituées de Gerland

actualisé le 25/01/2014 à 10h40

Depuis un mois, la police multiplie les opérations contre les camionnettes des prostituées installées dans le quartier de Gerland, dans le 7e arrondissement de Lyon. Une « chasse sans précédent ».

 Image tirée du jeu vidéo GTA (Grand Theft Auto).

Cinq ans d’arrêtés municipaux, cinq ans que les prostituées de Gerland s’accrochent à leur pavé. En mai 2008, entrait en vigueur le premier arrêté municipal interdisant le stationnement des camionnettes de prostituées dans une partie des 7e et 8e arrondissement de Lyon.

Chassées de Perrache par la police, les prostituées avaient en effet installé leurs camionnettes dans les rues des zones industrielles de Gerland.

La Ville de Lyon avait immédiatement pris des arrêtés pour interdire ces camionnettes. Mais les filles sont restées. Ce mardi au cours d’une conférence de presse, Karen, la porte-parole du collectif des prostituées de Gerland, a réaffirmé qu’elles ne partiraient pas, malgré des opérations de police jugées « sans précédent » :

« On est obligées de rester. On n’a nulle part où aller. Quand on essaye de s’installer dans d’autres quartiers du Grand Lyon ou sur les routes nationales, on se fait immédiatement chasser par les forces de l’ordre ».

 

Des opérations de police musclées et un « seuil de tolérance dépassé »

Depuis le 19 mars, la police nationale appuyée par la police municipale bouclent trois à quatre fois dans la semaine le secteur où ces camionnettes sont interdites. L’objectif est toujours le même : faire appliquer l’arrêté municipal. Mais la méthode a changé.

  • Les opérations sont plus nombreuses et concernent tous les secteurs de Gerland.
  • La police aux frontières (PAF) intervient et arrête parfois des prostituées en situation irrégulière.
  • Les voitures qui circulent dans le secteur sont contrôlés. Ce qui a aussi tendance à décourager les clients des prostituées.

Contactée par Rue89Lyon, la direction de la sécurité de la Ville de Lyon justifie ces « opérations musclées » par un « seuil de tolérance qui a été dépassé » sur certains secteurs, notamment à proximité de l’entreprise Genzyme, filiale de Sanofi-Aventis. Mais elle précise ne pas rechercher « l’éradication de la prostitution » à Gerland.

Selon la mairie, les camionnettes seraient passées de 60/70 habituellement à 120/140 depuis le début de l’année 2013. La Ville de Lyon met également en avant un « afflux » de lettres de doléances de la part des entreprises du quartier.

 

A moitié abrogé, le délit de racolage passif fait son retour

La grande nouveauté de ces opérations de police reste l’utilisation du délit de racolage passif pour chasser les prostituées, alors que, ces dernières années, ce délit instauré par la loi de sécurité intérieure de mars 2003 était très peu utilisé par les policiers lyonnais. Interrogé par l’AFP (via le parisien.fr), Jean-Louis Touraine, député PS et premier adjoint en charge de la sécurité, a expliqué que les policiers continuent d’utiliser ce délit de racolage passif pour « identifier les réseaux de passeurs et de proxénètes ».

Cette justification a dû mal à passer du côté de Karen, qui se revendique « travailleuse du sexe ». Elle vient de connaître sa première procédure :

« Cela fait 20 ans que je fais ce métier, je n’avais jamais eu de délit de racolage, ni actif, ni passif ».

A titre d’exemple, la Direction départementale de la sécurité publique du Rhône a indiqué :

  • Le 19 mars, 29 procédures judiciaires pour racolage avaient été établies
  • Le 16 avril, 15 procédures établies

Dans le 2e arrondissement, là où des prostituées continuent de tapiner à pied, la police a indiqué lors d’une réunion publique (relayée par le Progrès) que 52 procédures avaient été établies depuis le début de l’année contre 19 sur l’ensemble de l’année 2013.

Ces procédures pour racolage passif ont d’autant plus de mal à être comprises que le Sénat a abrogé le 29 mars le délit en adoptant une proposition de loi écologiste en ce sens.

Laura Garby, médiatrice chez Cabiria, association de santé communautaire auprès des prostituées, pointe les incohérences d’une telle méthode :

« Certes, les députés doivent encore se prononcer, mais toutes les associations, qu’elles soient abolitionnistes ou défendant les travailleuses du sexe, considèrent que toutes les formes de répression mettent en danger les personnes ».

Cabiria demandent que cesse cette « répression » des prostituées. Comme solution, l’association de santé communautaire propose notamment une médiation entre les riverains et les prostituées.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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