Environnement 

La centrale nucléaire du Bugey vulnérable aux inondations

actualisé le 29/04/2014 à 19h29

Avec trois incidents relevés en fin d’année 2012 et notamment une fuite de tritium on savait déjà la sécurité du site perfectible. On sait désormais qu’en cas d’inondation, certains bâtiments de la centrale nucléaire du Bugey ne sont pas suffisamment protégés.

Par Jérémy El Mlaka et Laurent Burlet

Le 19 février 2013, l’Autorité du sûreté nucléaire (ASN) a mis EDF en demeure de réaliser des travaux pour limiter le risque d’infiltration d’eau dans ses installations situées sur la commune de Saint-Vulbas (Ain). La proximité de plusieurs courts d’eau (le Rhône, l’Ain, le Fier) et de barrages anciens, renforçant les risques d’inondation.

C’est ce qu’à découvert il y a une dizaine de jours, Bernard Laponche, physicien et membre du parti Europe Ecologie/Les Verts (EELV), sur le site Internet de l’ASN. On peut lire :

« EDF est mise en demeure de réaliser d’ici au 15 mai 2013 les travaux permettant de protéger le bâtiment combustible du réacteur n°5 et le local diesel de la voie B du réacteur n°3 de la centrale nucléaire du Bugey vis-à-vis du risque d’inondation externe induite par un séisme ».

 

Des travaux qui devaient être effectués avant le 31 décembre

Ces travaux, EDF aurait dû les effectuer avant le 31 décembre 2012, déjà sur injonction de l’ASN, comme l’a expliqué au Dauphiné Libéré Grégoire Deyirmendjian, chef de la division régionale Rhône-Alpes de l’Autorité de sûreté nucléaire  :

« C’est la première fois qu’une échéance de prescription n’est pas respectée. Au lendemain du 15 mai, l’ASN sera sur place pour vérifier la réalisation des travaux ».

EDF dément faire de l’obstruction et assure avoir déposé un dossier à l’ASN pour effectuer ces travaux qui impliquent une modification de l’installation.

Lors de l’examen des centrales françaises, suite à l’accident nucléaire de Fukushima, l’ASN s’était déclarée favorable à la poursuite de l’exploitation du réacteur n°2 de la centrale pour 10 ans supplémentaires. Tout en assortissant cette poursuite de la réalisation de certains travaux destinés à améliorer la sécurité du site.

Dans un communiqué, le parti EELV a fait part de son indignation :

« La discrétion observée sur une information de cette importance montre une fois de plus la volonté d’EDF de tenir le public à l’écart des réels risques liés au nucléaire. (…) Or elle n’a toujours pas engagé les travaux de mise en sécurité indispensables dans ses centrales vieillissantes. »

 

Bugey : la deuxième plus vieille centrale française

Les réacteurs de la centrale nucléaire du Bugey sont en fonction depuis plus 30 ans, ce qui fait d’elle la 2ème plus vieille centrale française, juste après Fessenheim. Pour l’ONG Greenpeace, mobilisée pour une fermeture pure et simple de la centrale, les risques d’inondation ne sont pas négligeables et le barrage de Vouglans pose plus spécialement problème :

« Ces ouvrages ne permettent pas de protéger le site contre une crue millénale du Rhône majorée de 15% combinée à la rupture du barrage de Vouglans.

L’ASN ne mentionne aucune protection à l’ouest du site. Cette zone est pourtant clairement exposée à l’arrivée des eaux de l’Ain en cas de rupture de barrage. (…) En cas de rupture brusque et imprévue du barrage de Vouglans, la vague atteindrait le point kilométrique 10, situé au sud de la centrale, en 5 heures trente et la surélévation maximale du plan d’eau initial serait d’environ 9 mètres ».

Une commission locale d’information (CLI) est prévue pour le 12 avril. Ce sera sans doute l’occasion pour les élus et les associations de demander des comptes sur ces travaux que la direction de la centrale nucléaire est censée avoir démarrer.

 

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