Politique 

Primaire UMP à Lyon : les 5 candidats en 3 questions et un débat télévisé

Municipales 2014 / La bataille des primaires pour l’investiture UMP oppose Nora Berra, Georges Fenech, Emmanuel Hamelin, Michel Havard et Myriam Pleynard (dans l’ordre alphabétique). Si l’on en croit le dernier sondage du parti, aucun de ces candidats n’émerge : n’importe lequel portant l’étiquette UMP se ferait écraser par Gérard Collomb, actuel maire PS de la ville.

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Par Dalya Daoud et Laurent Burlet

Image de division auprès des militants et risque d’une guerre fratricide. Mauvais tempo car la vraie bataille municipale ne démarrera qu’en septembre. Coup dur pour les finances, ces primaires s’organisant sur le budget dédié à la campagne municipale. Pour ces raisons, plusieurs candidats s’accordent à dire que les primaires à Lyon, validées par le président de l’UMP Jean-François Copé, aurait dû être évitées.

Désormais, chacun des prétendants ne vise que le saint Graal de la « légitimité » espérant qu’il en sera auréolé au bout de la course, enfin soutenu par tous les autres. Calqué sur celui de Paris, le calendrier prévoit un premier tour le 2 juin et un second tour le 9 juin. Le scrutin est ouvert aux militants UMP et à tous les électeurs inscrits sur les listes électorales des neuf arrondissements de Lyon.

Rue89Lyon a interrogé les cinq candidats en trois questions qui se posent au démarrage de cette campagne interne :

  • Qu’est-ce qui peut faire du prétendant le gagnant de ces primaires et le leader de la droite à Lyon ?
  • Quelle thématique doit être placée en priorité dans la future campagne municipale ?
  • Comment découdre le plébiscite dont bénéficie aujourd’hui Gérard Collomb (selon le sondage UMP) ?

Un article du 29 mars 2013.

1. Nora Berra, cachottière : « je déclinerai de manière cohérente mon approche »

2. Georges Fenech, en sauveur : « je veux faire de Lyon la ville la plus sûre de France »

3. Emmanuel Hamelin, impatient : « ça ne fait jamais que 4 sondages qui me placent en tête… »

4. Michel Havard, sentimental : « je veux toucher le coeur des Lyonnais »

5. Myriam Pleynard, attachée au quotidien : « l’équipe de campagne, ce n’est pas l’urgence »

 

1. Nora Berra, cachottière : « je déclinerai de manière cohérente mon approche »

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Nora Berra – Crédit : Maxime Jegat / Maxppp

Député européen et conseillère municipale de Lyon, elle estime que sa casquette d’ancien ministre (de 2009-2012, secrétaire d’Etat à la Santé) est un atout. Elle a longtemps soutenu Michel Havard, le qualifiant de meilleur candidat pour Lyon, avant de lancer son micro-parti, Esprit neuf, annonciateur de sa volonté de plus en plus concrète d’être la candidate de l’UMP face à Collomb.

Au sein de son parti, Nora Berra avait hérissé les poils en accusant l’organisation de ne pas la choisir pour être la candidate aux législatives sur la 4e circonscription du Rhône, en raison de ses origines algériennes. Une accusation de discrimination qui a tendu les relations entre l’ancienne ministre et la fédération.

A la conquête de la ville

« C’est dans un esprit de conquête que je m’inscris dans ce processus démocratique pour l’élection municipale de 2014. Il me paraît en effet primordial d’enclencher une nouvelle dynamique afin de rénover le paysage et les pratiques politiques aujourd’hui à l’œuvre. Les récents sondages l’ont démontré : les Lyonnais considèrent que je suis la mieux placée pour relever ce défi.

Depuis plus de cinq ans, je suis engagée dans une opposition constructive et pugnace au sein du Conseil municipal lyonnais. Ma détermination a été totale durant trois ans au sein du gouvernement pour promouvoir et défendre les dossiers locaux afin d’améliorer le quotidien de milliers de Lyonnais. Je souhaite aujourd’hui mettre mon énergie, ma force et ma détermination au service de Lyon. »

Le pacte qu’il faut encore écrire

« Une seule idée ne peut résumer un projet à l’échelle d’une ville comme Lyon. Il s’agit de construire et de mettre en œuvre un pacte municipal novateur et dynamique s’appuyant sur les trois piliers du développement durable que sont l’économie, la politique sociale et la préservation de l’environnement.

Je déclinerai de manière cohérente cette approche pour le développement des activités économiques et de l’emploi, les transports, l’éducation, la sécurité, la qualité de vie, la culture… »

Collomb depuis 1977

« Les Lyonnais n’ont pas à subir un troisième mandat de Gérard Collomb. Il est élu municipal depuis 1977… Une alternance est nécessaire pour donner un nouveau souffle à la ville !

Monsieur Collomb n’est pas plébiscité par les Lyonnais, il bénéficie simplement d’une prime au sortant, comme tous les maires en place depuis longtemps. Ses scores sont même moins bons qu’en 2008, alors que la campagne électorale n’a pas encore -à proprement parler- commencé… »

 

2. Georges Fenech, en sauveur : « je veux faire de Lyon la ville la plus sûre de France »

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Georges Fenech. Crédit : Joël Philippon / Maxppp

Personnalité nationale qui s’est fait connaître en dirigeant la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Mivilud), Georges Fenech est député la 11e circonscription, celle de Givors. Une ville dont il vient de quitter le conseil municipal pour partir à la conquête d’une autre ville.

Il a hâte de ferrailler avec Collomb qu’il accuse de « tartufferie » car l’actuel maire socialiste de Lyon tient, dit-il, un double discours : soutien du gouvernement socialiste à Paris mais premier critique de ce même gouvernement à Lyon. Fenech promet un « positionnement clair à droite ». Cet ancien magistrat a hâte de coiffer la casquette de premier flic de Lyon.

Celui qui se pose « en recours » dans cette élection

« Je suis Lyonnais. J’ai fait mes études de droit à l’université Lyon III, puis j’ai été juge d’instruction, puis avocat général à Lyon. Elu du Rhône, j’y ai fait toute ma carrière politique. J’aime ma ville. J’ai la faiblesse de penser que je peux y jouer un rôle de premier plan. J’estime qu’il n’y a plus de leader pour la droite à Lyon. Je l’ai déjà dit, je me pose en recours dans cette élection. Je n’ai pas pu le faire plus tôt car en 2001, j’étais encore magistrat en exercice. En 2008, c’est Dominique Perben qui avait été investi.

Je constate que je suis le seul des cinq candidats aux primaires à avoir été élu directement par le peuple. Malheureusement, pour Michel Havard et Emmanuel Hamelin, ils ont enregistré successivement des défaites. Ce qui constitue un handicap réel. Nora Berra a été élue sur une liste aux Européennes et a été nommée au gouvernement. Quant à Myriam Pleynard, je ne crois pas qu’elle soit élue. Je suis même le membre de l’UMP le mieux élu de la région Rhône-Alpes avec 65% des voix. J’ai la confiance du peuple. C’est ça ma vraie légitimité. »

Lyon serait encore trop criminogène

« Je m’engage à faire de Lyon la ville la plus sûre de France. J’ai déjà un parcours professionnel qui parle pour moi. J’étais juge d’instruction à Lyon particulièrement chargé de la lutte contre le crime organisé. J’ai écrit un ouvrage « tolérance zéro » qui a inspiré Nicolas Sarkozy.

Même si Lyon n’est pas Marseille, la ville est encore trop criminogène. Je veux une police municipale rénovée. Elle doit être renforcée en effectif et par des brigades nocturnes. Les policiers municipaux doivent disposer de tasers pour intervenir. Il faut également développer davantage la vidéosurveillance à laquelle la police municipale doit avoir accès. »

Collomb ou le phénomène d’usure

« Le score du sondage UMP et son résultat annonçant Collomb gagnant n’est pas une surprise car il n’y a pas eu de campagne. Par contre, un autre sondage Opinion Way l’a récemment montré : 59% des Grand Lyonnais considèrent que deux mandats, c’est le maximum. Je partage cette idée.

Collomb veut entamer un troisième mandat alors que son alter-ego au conseil général, Michel Mercier (UDI, ndlr) a eu l’intelligence de se retirer. On le voit également avec le maire de Paris. Collomb est atteint d’un phénomène d’usure qui touche n’importe quel homme politique. »

 

3. Emmanuel Hamelin, impatient : « ça ne fait jamais que 4 sondages qui me placent en tête… »

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Emmanuel Hamelin. Crédit : Maxime Jegat / Maxppp

Ancien député de la Croix-Rousse, candidat évincé aux dernières élections législatives, il est conseiller municipal à Lyon. Emmanuel Hamelin n’a pas attendu l’ouverture des candidatures il y a un mois et demi pour sortir du bois, annonçant ses velléités pour la mairie de Lyon il y a deux ans.

Depuis, il a enchaîné les attaques contre Gérard Collomb puis, plus récemment, les conférences de presse thématiques, présentant quelques unes de ses idées programmatiques pour Lyon.

Seul en campagne

« Depuis que les quatre principaux candidats (en dehors de Myriam Pleynard, ndlr) se sont affichés publiquement, il n’y a pas eu trop de débordement alors que ça aurait pu déraper. Il ne faut pas non plus qu’on cède à la passivité, l’objectif n’étant pas seulement de désigner le candidat de la droite, mais de battre Gérard Collomb.

J’aborde sereinement ces primaires car il y a déjà eu trois sondages avant celui de l’UMP et j’ai toujours été en tête. Le dernier avant le sondage UMP, paru il y a six mois, est le seul à avoir posé la bonne question : quel est celui qui est le plus à même de battre Collomb ? J’étais à 6 points devant Nora Berra, et 7 points devant Michel Havard. Cela ne fera jamais que quatre sondages successifs qui me mettent en avant.

Depuis un mois et demi, le seul qui est en campagne, c’est moi. Le seul qui a fait un document de campagne, c’est moi, distribué à 50 000 exemplaires. Le seul à avoir montrer qu’il avait des équipes, nombreuses et mobilisées, sur le terrain, c’est moi. »

Un programme égrené

« J’ai déjà parlé de la Confluence et de la métropole, puis de la gouvernance, de la petite enfance, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il y en aura d’autres, et sur ces cinq thématiques-là, il n’y en a pas une plus importante que les autres puisqu’elles ont toutes des connotations différentes (une vision assez large et moderne ou des préoccupations de l’ordre du concret).

Mais les thématiques de la gouvernance et de la petite enfance ont marqué, ce sont celles dont on m’a le plus parlé. J’entends ce que dit Michel Havard, qui ne veut rien dévoiler parce qu’il ne veut pas qu’on lui pique ses idées, mais comment va-t-on faire pour justifier qu’on est le meilleur candidat ? On n’est pas là pour sortir tout le programme de campagne, mais les gens vont se baser sur quoi ? Sur les petites phrases ? La pire des choses. »

Choisir les bonnes attaques contre Collomb

« Quand on est dans un schéma à 60% de voix pour Collomb contre 40% pour son adversaire, c’est difficile. C’est le niveau auquel était Dominique Perben (campagne municipale de 2008, ndlr) au premier tour : il était à 30,5 %, moi je suis donné à 31 %.

Ce qui veut dire que la droite n’a pas avancé d’un iota. On a un maire avec une forte notoriété, qui sait mettre en avant les bonnes réalisations et occulter totalement les échecs.

Il a en face une droite avec quatre personnes en compétition, sans leader et assez inaudible, car les médias ne retiennent de nous que la compétition. Donc le 60/40, au vu de la situation aujourd’hui, n’est pas si mal ; c’est un rapport qui peut bouger dès lors qu’il y aura un candidat identifié, avec les bonnes attaques sur Collomb, le bon projet et la bonne dynamique. »

 

4. Michel Havard, sentimental : « je veux toucher le coeur des Lyonnais »

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Michel Havard. Crédit : Maxime Jegat / Maxppp

Conseiller municipal à Lyon, il s’est présenté depuis cinq ans comme le successeur de Dominique Perben, le candidat légitime qui ferraillerait contre Collomb en 2014. Le sondage UMP a montré que les Lyonnais le connaissaient mal ou peu. Il a par ailleurs perdu son mandat de député du Rhône lors des élections législatives de 2012.

Son objectif : se montrer toujours motivé malgré la dure remise en cause de sa pôle-position au sein de son propre parti, et malgré cette défaite au printemps dernier. Il réclame des primaires UMP à Lyon depuis plusieurs mois.

Être maire de Lyon, le choix d’une vie

« J’ai envie d’être le maire de Lyon. Je suis celui qui rassemble 19 élus sur 22, celui qui rassemble une grande majorité de militants et de sympathisants dans la ville. On va faire campagne de toutes nos forces, pour essayer de convaincre les électeurs d’aller voter d’une part, de voter pour moi d’autre part.

Moi je ne vais rien changer à mon discours, la candidature à la mairie de Lyon c’est le choix d’une vie, c’est une ambition pour la ville. Je sais que je vais pouvoir bénéficier de très nombreux soutiens, j’entre dans cette campagne avec beaucoup d’envie, de joie, c’est un moment passionnant que d’aller au contact des gens. »

Creuser un métro

« J’aime bien gérer mon calendrier, j’aurai des annonces à faire, il y a d’abord une première période d’organisation. Je peux quand même vous dire que le grand axe de ma campagne, c’est bâtir une métropole équilibrée. Il y a plein de sujets prioritaires : on atteint l’efficacité quand on arrive à faire fonctionner ensemble des choses qui jusque là fonctionnaient séparément.

Aujourd’hui la ville de Lyon a perdu toutes les compétitions auxquelles elle a participé, parce que les choses sont mal conduites. J’aurais cette priorité : mobiliser les bons potentiels sur les bonnes compétitions. Et il y a une chose qui me tient à coeur, c’est la ligne de métro entre Saint-Paul et Part-Dieu : je le ferai étudier dès que je serai maire. C’est prioritaire si on veut éviter l’asphyxie de cette ville. »

Tomber en amour

« Les électeurs de gauche sauront dénoncer les mensonges des précédentes campagnes socialistes et notamment celle de la présidentielle. Quant à moi je me concentre sur une seule chose : je veux donner envie de me choisir comme maire de Lyon. Je veux que ce soit un choix d’adhésion, par un choix de rejet de Gérard Collomb. Je veux toucher le coeur des Lyonnais. »

 

5. Myriam Pleynard, attachée au quotidien : « l’équipe de campagne, ce n’est pas l’urgence »

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Myriam Pleynard. Crédit : DR

Candidate surprise de cette conquête du leadership au sein de l’UMP local, Myriam Pleynard est relativement peu prise au sérieux par les autres candidats. Elle réclame un débat télévisé avec le maire de Lyon. Encartée à l’UMP depuis 2012, cette ancienne directrice des partenariats avec les entreprises, au sein de l’université Lyon-1, a cessé son activité professionnelle pour « se lancer en politique« . Elle aimerait devenir magistrate dans l’avenir.

La chance du débutant

« Mon point fort, c’est le caractère hors norme de ma candidature : je n’ai jamais exercé de mandat politique. J’imagine que les Lyonnais vont pouvoir se reconnaître dans ma candidature et dans ce que je représente en termes de valeurs et de convictions.

J’ai pu avoir 200 adhérents, j’ai ce vivier-là en plus du fait que les gens puissent se mobiliser spontanément pour moi. Je reçois des demandes pour m’aider à agir sur le terrain, à distribuer des tracts. Je suis assez surprise parce que beaucoup de personnes tapent à la porte. C’est un peu dur à gérer.

Mais dans l’immédiat, l’équipe de campagne, ce n’est pas l’urgence. Je suis contre la déperdition des actions sur le terrain dans tous les arrondissements de la ville. Mieux vaut choisir une seule bonne action. »

Une Lyonnaise à l’hôtel de ville

« Je souhaite offrir aux Lyonnais un véritable service par rapport à leurs attentes, améliorer leur quotidien. Donner à la ville l’image qu’elle mérite, renouer avec l’identité humaniste de notre ville, développer l’attractivité de notre territoire, en termes culturel et économique.

Replacer les Lyonnais au coeur de la cité. C’est ce qui m’anime depuis très longtemps. Les thèmes dont je veux parler : l’enfance ; la petite enfance ; le domaine social ; le domaine économique ; et l’attractivité du territoire. »

La pierre, pour marcher dessus, par pour investir

« Gérard Collomb devrait partir parce qu’il est en contradiction avec les attentes des Lyonnais. Quel est le bilan du candidat sortant ? Lyon, c’est une ville qui rayonne par ses investissements dans le domaine de la pierre. Mais qu’a-t-on fait en termes de services, d’amélioration du quotidien des Lyonnais ? Rien du tout. »

 

 >Article modifié le 10 mai avec les dates des scrutins.

 

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